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Que se passe t-il au Marché de gros de Saint-Pierre ?

Cela fait plusieurs semaines, voire des années, que le Marché de gros de Saint-Pierre est au cœur d'un système de concurrence déloyale. Fixées à 6h30 les lundis et jeudis de chaque semaine, les ventes de légumes et fruits frais restent soumises à des ventes illégales et hors-créneau horaire. Un vaste système vivement dénoncé par l'Association des vendeurs du marché de Gros et sur lequel s'exprime le président Guy Hoarau. Explications.

Ecrit par Ludovic Robert – le jeudi 07 octobre 2010 à 18H15

Guy Hoarau, vous êtes le président de l’Association des vendeurs du marché de gros de Saint-Pierre. On parle d’un vaste système de concurrence déloyale depuis plusieurs semaines au sein de la ZI n°3 de Saint-Pierre. Qu’en est-il ?

« Au niveau du marché de gros, il y a une enceinte, un parking, où vendeurs et acheteurs viennent deux fois par semaine vendre, acheter et échanger leurs produits. Le problème est qu’il y a des horaires et que ces horaires dérapent depuis toujours, depuis l’ouverture du marché de gros. Les acheteurs comme les vendeurs cherchent à vendre avant les horaires à l’extérieur de l’enceinte. A chaque fois, pour résoudre le problème, nous avons avancé les horaires mais le problème existe toujours. Le fait de venir vendre avant l’heure perturbe fortement l’activité du marché de gros. Certains font ça pour éviter de payer, pour rentrer à l’intérieur du marché ou tout simplement pour écouler leurs produits avant les collègues. »

Justement, quelle est l’origine de ce circuit de vente parallèle et délocalisé qui pénalise les vendeurs exerçant entre 6h30 et 11h00 ?

« Cela a toujours existé à l’île de la Réunion. Avant, il y avait le marché qui était ouvert en permanence, 24h/24. On a créé le marché de gros pour limiter les temps de vente des agriculteurs et des acheteurs aussi. Le fait de diminuer le temps de vente permet à l’agriculteur d’être plus présent sur son exploitation et d’être plus productif. Mais, revenir vingt ans en arrière, c’est impossible. On met des horaires en place. Quelque soit ces horaires, il faut les respecter. On a déjà changé plusieurs fois et maintenant nous en sommes à 6h30 le matin. Il faudrait respecter ça et non de venir à 3 heures, à 2 heures, à minuit ou même la veille. Désormais, les agriculteurs sont obligés de récolter leurs produits sur toute la journée de dimanche pour vendre leurs produits le lundi matin. Les légumes frais qui avaient une durée de conservation limitée, on les ramassait le matin et on vendait nos produits le soir. Le fait de mettre le marché le matin, cela ne permet plus ce circuit très court. »

Vous êtes en contact direct avec les agriculteurs et les vendeurs évoluant au sein du marché et dans le créneau horaire fixé, quelles sont les positions de vos collègues en la matière ?

« Ça ne se passe pas bien du tout. Il y a une grande majorité qui veut respecter les horaires mais il y a toujours une minorité qui vient avant l’heure et qui perturbe et entraîne les autres. Un agriculteur qui vient et qui voit que son collègue a vendu tout avant lui, celui là cherchera, une prochaine fois, à venir plus tôt et ainsi de suite et ainsi de suite. C’est un cercle infernal puisqu’il n’y a pas de contrôles réguliers. Mais c’est assez difficile aussi. La gendarmerie et la Police ont d’autres affaires bien plus importantes à gérer que de venir surveiller les agriculteurs et acheteurs faire correctement leur travail. »

 

Cela fait pas mal d’années que cette situation perdure. Qu’en est-il du rôle des forces de l’ordre et de la municipalité de Saint-Pierre sur le sujet ?

« La municipalité a fait un nouveau règlement pour limiter et empêcher les stationnements aux abords du Marché de gros. Résultat, ils ont commencé à venir verbaliser. C’est bien, mais ça a créé le malaise et a commencé à perturber les choses. Résultat, ces vendeurs qui viennent des quatre coins de l’île sont perturbés dans leur fonctionnement et ils rejettent la faute sur le Marché de gros. Mais, le Marché de gros est une SEM qui a ses horaires.« 

Du coup, ces vendeurs en parallèle viennent de plus en plus tôt, et ainsi de suite ?

« Si on fait respecter l’arrêté, certains viendront peut être plus tôt mais la grande majorité ne pourra plus venir. Mais il faut faire respecter ces horaires et mettre les moyens; évidemment, ils ne viendront plus hors du créneau fixé. »

Ce matin, nouvel épisode dans ces circuits de vente en parallèle. Que s’est-il exactement passé ?

« Ce matin, il y a eu des contrôles. Certains ont commencé à bloquer l’entrée du Marché de gros. Arrivés à l’heure officielle d’ouverture pour entrer, les agriculteurs ne pouvaient plus rentrer. Ça a fait monter la pression et les esprits se sont rapidement échauffés, provoquant un souk important dans la zone. (…). Je ne sais pas s’ils bossent au noir mais ils veulent arriver à vendre avant leur voisin mais ils ne respectent pas les horaires. Mais il y a toute une organisation à avoir. Le but du Marché de gros, c’est aussi de fidéliser ses clients et d’être régulier dans l’offre de ses produits. On trouve un acheteur, on le fidélise, etc… On prend contact, on donne un rendez-vous… Il y a d’autres moyens que de vendre avant son collègue. »

En tant que président de l’Association des vendeurs du Marché de gros de Saint-Pierre. Quelles sont le solutions concrètes qui permettraient de mettre fin à ce malaise ? Un malaise qui perdure depuis plus d’une décennie ?

« La solution, se sont des contrôles plus réguliers. Si ces vendeurs là savent qu’ils peuvent être contrôlés à tout moment de façon régulière, ça va limiter les ventes sur les routes et ils seront alors obligés de respecter ces horaires. Le problème est qu’ils paient un ticket. Mais, peut-être que le fait de vendre à l’extérieur leur permet d’économiser une place pour la journée. C’est comme au marché forain où tout le monde paie sa place. C’est le même principe. Après s’il veut faire ça, il n’économise pas grand chose. Je pense qu’il préfèrerait écouler facilement et plus rapidement ses produits frais. Le règlement, on le respecte ou c’est la porte ouverte à tout. J’espère que l’on arrivera à une solution. Jusqu’à maintenant, ce n’est pas une question d’horaire, car, ça toujours fini par déraper… Comme toujours.  »

 

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