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À propos de "mal parler" … en créole

Ecrit par zinfos974 – le lundi 21 janvier 2019 à 10H59

Jules Bénard sur Zinfos s’est fendu d’un billet stigmatisant ce qu’il appelle le « mal parlé ». Il débute son propos en relevant ce « Mi néna » entendu dans la bouche de beaucoup de jeunes. Contre toute attente (pour ma part), il a « dérivé », hélas, sur une vulgaire question de syntaxe en français, pour moi sans grand intérêt, ici.

Je pensais qu’il allait poursuivre dans la même veine du parler créole massacré, ou en tout cas bien loin de ce que le Créole, que je revendique d’être, a bien du mal à entendre de ses oreilles de P’tit blanc.

Certes je n’ignore pas que le « parler » créole connait des variantes au niveau de la prononciation (Cochon, cosson ; chien, cien ; chat, chatte, sat ; bulletin, billetin ; malheureux, maléré ; Jean, Zan ; Joseph, Zozef  ; cul, ki  ; bleu, blé  ; jordu, zordi… etc.). Du temps de mon enfance la première prononciation correspondait au milieu « p’tit blanc » par opposition à celui des « p’tits noirs » et autres, au dire de la famille. Il y a aussi le parler créole des Hauts, des Bas, de la campagne, de la ville.

Les défenseurs acharnés de la culture/kiltir créole tiennent absolument à imposer la seconde prononciation et l’ortographe/ortograf en conséquence, comme pour vouloir se démarquer à tout prix du français considéré comme l’ennemi. Pourtant, que l’on veuille ou non, le français reste le socle de base du créole, avec comme il se doit pour toute langue qui se respecte, ses idiomes, ses mots venus d’ailleurs, ses tournures imagées. Mais, « P’tit blanc » que je suis, j’avoue avoir du mal avec les Zan, Zozef, Rozé, cien, sat, billetin, maléré. Comme qui dirait en créole « Ça y (é)corche mon langue ». Mais bon, j’ai intégré cela dans mon environnement audio immédiat, et mes oreilles n’en souffrent pas vraiment. Je ne me sens pas moins créole pour autant.

Je n’ignore pas non plus que le créole, pour moi surtout un «  parler  », reste une langue (?) vivante susceptible d’évoluer dans le temps. Mais de grâce battons-nous pour faire respecter quelques règles de base pour lui conserver ses titres de noblesse. J’irai donc un peu plus loin que Jules Bénard, dans des règles de conjugaison en particulier. Je le remercie de me donner, ainsi, l’occasion de m’exprimer là-dessus. Cela me démangeait depuis longtemps.

Quand mi entend (band’ jeunes surtout) que l’est en train d’dire : « Mi l’est là », « Mi l’est parti », « Mi l’a dit », « Mi néna », ou bien « Mi l’est coma », alors là mes amis, mi dit à zot, les oreilles du vieux gramoun que mi devient (70 ans) y fait mal. «  Mwoin naurait gainye deux tapins ek mon momon si mi causait (kosé) comme ça !  » … (et non coma !)

Il y a manifestement une mauvaise utilisation des pronoms « mi » et « mwoin » de la part de nos jeunes.

Je veux souligner que « mi » (je) est utilisé au temps présent, imparfait, futur, conditionel… :

Mi veut, mi parle, mi sava (de s’en aller), mi dormait/dormé ?), mi voudrait/voudré, mi arrivera pas…

Le pronom moin/mwoin (je ou moi) est toujours utilisé en présence des auxiliaires avoir ou être, ou sous-entendus :

Mwoin l’est/lé parti ; mwoin l’a dit ; mwoin néna (avoir) ; mwoin l’est/lé bien ; mwoin l’avait raison…

Je précise, aussi, qu’en créole le verbe est toujours conjugué à la troisième personne du singulier :

Lu/li l’est malade ; nous l’est bien ; nu/ni arrive demain ; zot néna la chance ; zot l’était en train de manger ; zot y arrivera pas ; nu/ni sava ; zot n’a tort…

Pour ce qui est du « Mi l’est coma », par pitié, « Mwoin l’est comme ça ! y convient plus mieux à la langue créole ! ».

Je reste persuadé que les puristes du créole ne m’en voudront pas trop sur le fond de mon propos. Mais l’orthographe « francisée » pourrait ne pas leur plaire. Tant pis ! C’est ainsi que je tiens à m’exprimer. J’en appelle à la tolérance, moi qui ne suis pas linguiste pour un sou.

 

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