Procès en appel des viols de Mazan : Gisèle Pelicot face à son dernier agresseur

Le procès en appel des viols de Mazan s’est ouvert ce lundi 6 octobre à Nîmes. Gisèle Pelicot, figure de la lutte contre les violences sexuelles, affronte un ultime accusé, Husamettin D., seul à avoir maintenu son recours.
Le palais de justice de Nîmes accueille, ce lundi après-midi, l’ouverture du procès en appel de l’affaire des viols de Mazan. Un an après le retentissant procès d’Avignon, qui avait vu 51 hommes condamnés, un seul prévenu reste aujourd’hui face à la justice : Husamettin D., 44 ans, ex-ouvrier du bâtiment.
Condamné en première instance à neuf ans de réclusion criminelle pour viol aggravé sur Gisèle Pelicot, dans la nuit du 28 juin 2019, il risque jusqu’à vingt ans de prison. Contrairement aux 16 autres condamnés qui avaient initialement fait appel, Husamettin est le seul à avoir persisté. Il comparaît libre, son mandat de dépôt ayant été différé pour raisons de santé.
À la différence du premier procès, qui avait duré quatre mois, l’audience d’appel ne doit pas excéder trois jours et demi. Devant un jury populaire composé de neuf citoyens et trois magistrats, la cour d’assises du Gard doit réexaminer les faits. Dominique Pelicot, mari de Gisèle et principal instigateur des viols, comparaîtra comme simple témoin.
La défense plaide le malentendu
L’accusé nie toujours être un violeur. « Je ne suis pas un violeur, c’est un truc trop lourd à porter », déclarait-il déjà lors du premier procès. Son avocat, Maître Jean-Marc Darrigade, affirme qu’il pensait participer à une soirée libertine consentie, manipulé par Dominique Pelicot qui se faisait passer tour à tour pour mari et épouse dans les échanges en ligne.
Mais les images saisies par les enquêteurs, où l’on voit l’accusé pénétrer la victime endormie et inconsciente, pèsent lourdement dans le dossier. Dogan avait même demandé à Dominique Pelicot : « Elle est morte ta femme ? », en constatant l’état de Gisèle, avant de rester près d’une demi-heure dans la chambre.
Une mobilisation forte autour de Gisèle Pelicot
À l’extérieur du tribunal, des collectifs féministes et les « tricoteuses hystériques » se sont rassemblés pour soutenir Gisèle Pelicot, devenue une icône de la libération de la parole des victimes. Plus de 100 journalistes, venus du monde entier, sont accrédités pour suivre ce procès.
Pour Gisèle Pelicot, aujourd’hui âgée de 72 ans, cette audience représente « la condition pour vraiment tourner la page », selon son avocat Antoine Camus. La rescapée, qui avait refusé le huis clos à Avignon au nom de la transparence, rappelle inlassablement que « la honte doit changer de camp » et qu’« il n’y a pas de petit viol ».
Ce procès en appel constitue l’ultime séquence judiciaire d’une affaire devenue emblématique. Gisèle Pelicot publiera en février prochain ses mémoires intitulés Et la joie de vivre, une façon pour elle de reprendre la main sur son histoire, après avoir fait vaciller le silence autour des violences sexuelles.


