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Procès Billy Sinamoutou : entre regrets, contradictions et lourdes accusations

Ecrit par Lucas Candessoussens – le mercredi 22 avril 2026 à 06H28

Deuxième jour de procès pour Billy Sinamoutou, accusé d’avoir assassiné Alain Laravine en 2023 à Salazie. Interrogé toute la matinée, il a livré des détails sur la nuit du meurtre et, pour la première fois, a exprimé des regrets.

Nous sommes au deuxième jour du procès visant Billy Sinamoutou, accusé d’avoir tué Alain Laravine en octobre 2023 à Mare à Citrons. Ce mardi 21 avril, la cour d’assises s’est longuement appesantie sur l’interrogatoire du jeune homme.

Lire aussi : Aux assises, premier jour du procès sanglant de Mare à Citrons

En affichant un calme similaire, qui semble si bien le caractériser, le jeune Salazien a vu sa vie et sa psyché être décortiquées point par point face aux jurés.

Première rencontre entre la victime et l’accusé

Dans un premier temps, Billy Sinamoutou évoque sa première rencontre avec la victime : il est alors âgé de 12 ans et fréquente l’église d’Hell-Bourg. C’est à ce moment qu’il croise le chemin d’Alain Laravine.

Très tôt, l’accusé dit que l’homme, plus âgé que lui, montre pour lui un certain intérêt. Il parle « d’avances », de drague… Mais à la barre, il affirme avoir été touché par la victime.

Le président du tribunal lui demande pourquoi il ne s’est pas confié plus tôt sur ces faits, que l’on pourrait qualifier d’agression sexuelle. Réponse de Billy Sinamoutou : la fierté et l’égo l’ont empêché de se confier jusqu’à présent. « C’est une honte pour moi. »

L’accusé nie toute relation homosexuelle

La cour aborde ensuite une question qui reste en suspens pendant toute cette affaire : Billy Sinamoutou a-t-il une attirance homosexuelle ? La question est abordée car, d’après l’enquête établie, cela pourrait être l’une des motivations de son passage à l’acte.

Plusieurs éléments pointent dans cette direction : des vidéos de romances homosexuelles consultées à plusieurs reprises sur Telegram, une photo de pénis en érection retrouvée, des messages supprimés contenant des pièces jointes dans sa conversation avec Alain Laravine et surtout, des textos ainsi qu’un bornage téléphonique pouvant démontrer qu’il a passé une nuit, plusieurs jours avant le meurtre, chez la victime.

Or, quand on le confronte à ces éléments, Billy Sinamoutou nie fermement. Les vidéos et la photo sur son téléphone ? Il n’est pas au courant. Le bornage téléphonique près de chez Alain ? Une erreur technique… Le jeune homme reste catégorique : il n’est pas homosexuel.

Coup de colère ou préméditation ?

Ce qui est un peu paradoxal, au moment où l’on aborde la nuit du meurtre, c’est la « divergence » entre ses propos tenus jusqu’au procès. Dans toutes ses auditions, il admet avoir prémédité le meurtre d’Alain Laravine.

Or, ce mardi matin, le jeune homme explique qu’il a eu un coup de colère en voyant la victime agiter son sexe devant lui, alors que les deux hommes avaient rendez-vous à Mare à Citrons.

Un rendez-vous organisé par l’accusé, qui avait préparé un sac contenant une corde, des gants, un bidon vide et un couteau. Initialement, son but était de donner une « leçon » à Alain, mais il s’est emporté et l’a poignardé.

Une version qui interroge le président du tribunal. Mais surtout, pour la première fois, Billy Sinamoutou exprime des regrets. Des regrets d’avoir gâché sa vie et envers la fille d’Alain Laravine, partie civile dans ce dossier.

« Jouissance » pour passer à l’acte

Après l’interrogation de l’accusé, deux experts défilent à la barre : un psychologue et un psychiatre. Les deux s’accordent pour dire que Billy Sinamoutou est narcissique et égoïste. Une certaine forme de sadisme a pris le dessus lors du meurtre d’Alain Laravine, une « jouissance ».

Les experts expliquent au tribunal qu’il existe « une dangerosité criminologique » chez l’accusé et que, tôt ou tard, le passage à l’acte était inévitable. Telle une cocotte-minute prête à exploser. Si la piste de l’homophobie refoulée est évoquée, les différents experts ne parviennent pas à s’accorder.

Enfin, avec l’appui d’une contre-expertise psychologique, il est révélé que Billy Sinamoutou a une haine farouche contre les pédophiles. Lors du meurtre d’Alain Laravine, il avoue à la barre avoir insulté la victime de « gros pédophile ».

Lors de son ultime séance de questions-réponses avec la cour, Billy Sinamoutou s’est tourné vers la fille de la victime, lui présentant platement ses excuses.

« On a l’impression que c’est le procès d’Alain Laravine »

Les plaidoiries ont démarré en fin de journée. En préambule, l’avocate de la fille d’Alain Laravine revient sur les accusations de prédation sexuelle. Elle rappelle qu’aucune plainte ou dénonciation n’a été faite à l’encontre de la victime.

Arguant que, lors des premières auditions de la famille de l’accusé, sa mère avait indiqué que la victime et Billy Sinamoutou ne se connaissaient pas. Ce n’est que bien plus tard que la famille a évoqué des « avances » et, à l’audience, des « attouchements ».

La robe noire prend pour exemple le matériel informatique de la victime : aucune trace de pédopornographie n’y a été retrouvée. Seulement des conversations consenties avec d’autres hommes. Concernant le licenciement d’Alain Laravine de la Mission locale, l’avocate rappelle que les faits relèveraient davantage du harcèlement. Cependant, aucune plainte n’a été déposée contre lui. Elle rappelle également « qu’un mobile n’est pas une circonstance atténuante » en droit français.

D’après l’avocate, le meurtre pourrait être motivé par une homophobie de l’accusé, couplée à une curiosité pour les relations entre hommes. « Ce n’est pas le procès d’Alain Laravine », conclut-elle.

Demain se jouera le dernier jour du procès de Billy Sinamoutou, au cours duquel l’avocate générale doit prendre ses réquisitions, avant la plaidoirie de la défense.

Etiquettes : Assises | Salazie

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