Près de 150.000 personnes mal logées à La Réunion en 2025

Selon le dernier rapport de la Fondation pour le logement, près de 150.000 personnes souffraient l’an dernier de mal-logement à La Réunion, dont 55.000 étaient privées de leur propre habitation. L’île comptait environ 2.500 sans abri en 2025, contre 1.800 en 2019. La hausse du coût de la vie et des prix de l’immobilier, alliée au déficit de logements disponibles, produisent une forme d’effet ciseau qui conduit à une hausse des procédures d’expulsion.
Près de 500 personnes sont attendues ce jeudi 23 avril au Cinépalmes de Sainte-Marie, à l’occasion de la présentation du rapport annuel sur le mal-logement à La Réunion. Un document dont la synthèse, agrémentée d’infographies éclairantes et illustrée avec justesse par le photographe Morgan Fache, a été présenté à la presse par le directeur local de la Fondation pour le logement Matthieu Hoarau, accompagné par le directeur des études Manuel Domergue.
En quoi consiste le mal-logement ?
Parmi les critères définissant le mal-logement figure en premier lieu le sans-abrisme, qui concerne aussi les personnes ou ménages logés chez des tiers. Le mal-logement se reconnaît aussi par les difficultés d'accéder au logement ou à le conserver, aux mauvaises conditions d'habitat et au « sentiment d'assignation à résidence » qui touche les locataires dont les demandes de mobilité vers une habitation plus adaptée n’aboutissent pas.

Fin 2025, 51.422 ménages réunionnais étaient en attente d'un logement social, contre 29.763 en 2018. Soit une explosion des demandes de 72 % en 7 ans, un chiffre qui résume à lui seul la crise systémique qui broie le secteur du logement dans l’île.
Combien de Réunionnais sont concernés ?
Entre les personnes sans abri ou logées chez des tiers, celles vivant dans des habitations de fortune ou demeurant dans des logements surpeuplés et/ou non équipés de salle de bain ou de toilettes à l'intérieur, près de 150.000 Réunionnais sont considérés comme mal-logés par la Fondation pour le logement.

« C'est une situation qui est très préoccupante avec, au-delà du contexte économique et social, des décisions politiques qui contribuent de manière directe ou indirecte à alimenter ce mal-logement et, finalement, à renoncer au droit au logement », déplore Matthieu Hoarau.
2.000 places d’hébergement supplémentaires nécessaires
Selon les estimations de la Fondation pour le logement, La Réunion comptait au moins 2.500 sans abri en 2025, contre environ 1.800 en 2019. Face aux difficultés pour joindre un interlocuteur au téléphone et au faible nombre de places disponibles, de nombreuses personnes renoncent même à composer le 115. Evoquant un nombre de structures d’hébergement qui stagne autour de 500 places et des disponibilités dans les hôtels fluctuantes, la Fondation pour le logement avance le chiffre de 0,87 place d’hébergement pour 1.000 habitants à La Réunion, contre 3 places pour 1.000 dans l’Hexagone.
« Ce qui veut dire que, par une règle de trois, il nous manquerait 2.000 places d'hébergement à La Réunion de manière structurelle », cadre le directeur régional de la Fondation pour le logement. La Fondation relate pallier régulièrement les manquements des politiques publiques en payant des nuitées d’hôtel à des mères ou des pères avec enfants.
Des possibilités d’action pour les élus locaux
Alors que dans l’Hexagone des mobilisations citoyennes à Lyon, Rennes, Paris, Strasbourg ou Bordeaux conduisent à l’hébergement de familles sans-abri dans les écoles, certains maires engagent un bras de fer avec l’État en formant des recours indemnitaires au tribunal administratif. Il s'agit de faire condamner l’État à compenser les crédits engagés par les collectivités locales contraintes de pallier les manquements des politiques publiques de logement.

Ce jeudi 23 avril dans l’après-midi, la Fondation pour le logement s’apprête à faire signer à sept communes de l’île (la Possession, Saint-Denis, Petite-Île, Saint-Paul, le Tampon, Sainte-Marie, Le Port) une « déclaration des droits des sans abris » comportant 14 articles, dont l’article 6 confirmant « le droit de se déplacer et de s’installer dans l’espace public ».
Les expulsions en forte hausse à La Réunion
En 2024, pas moins de 376 expulsions avec concours de la force publique (CFP) ont été autorisées par la justice, pour 132 expulsions effectivement opérées. Des chiffres à comparer avec ceux de 2019, l’année précédant la crise Covid, au cours de laquelle 295 CFP avaient été notifiées, pour seulement 81 réalisées.
Le nombre d’expulsions est en réalité bien plus élevé, si l’on tient compte des personnes qui quittent leur logement avant l’obtention en justice par le propriétaire du concours de la force publique. Selon la Fondation pour le logement, les chiffres des CFP de 2025 devraient confirmer cette tendance.
Une politique contre les mal logés, plutôt que contre le mal-logement
Pour Manuel Domergue, les politiques gouvernementales successives, bien que parfois interrompues par les remaniements et les chutes de Premier ministre, suivent un agenda visant à « augmenter les expulsions locatives et rogner les droits des locataires », avec désormais l’objectif de placer un locataire en situation d’impayés de loyers au même rang qu’un squatteur.
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« Dans ce contexte, on a vraiment le sentiment aujourd'hui qu'on s'attaque davantage aux mal logés qu'au mal-logement », tance le directeur des études de la Fondation pour le logement, qui réclame davantage de travailleurs sociaux spécialisés pour accompagner les ménages, dès les premiers signalements de difficultés.
L’impact des locations touristiques
De même que les locations meublées « longue durée » de douze mois ont phagocyté le marché de l’immobilier locatif et contribué à une hausse générale des biens proposés, il y aurait aussi « un enjeu à réguler les locations touristiques saisonnières » selon Manuel Domergue.
Celui-ci souligne que des outils de régulation existent depuis le 1er janvier 2025 et qu’il incombe aux villes et aux intercommunalités de les mettre en place. « C'est très contraignant, cela bloque les nouveaux logements sur Airbnb ou d'autres plateformes, c'est assez efficace », relève-t-il, en qualifiant cependant d’« absurde » la niche fiscale, toujours généreuse, garantie aux propriétaires de meublés touristiques.


