Pourquoi Mélenchon est dangereux

Jean-Luc Mélenchon parle bien. Il a un discours bien rodé et le sens de la réplique : il est donc très à l’aise devant les micros des journalistes. Il sait aussi haranguer les foules avec une certaine efficacité, on l’a vu à La Réunion. Bref, à l’oral, il est presque aussi bon que Marine Le Pen, ce qui est tout dire ! Dans ce discours "mélenchonesque", il n’y a d’ailleurs pas que des bêtises. Quand il dénonce la mondialisation libérale, les effets nocifs de la finance internationale ou la politique malfaisante des bureaucrates de Bruxelles, il fait très souvent mouche. Quand il insiste sur le fait que notre île doive s’efforcer de développer son agriculture et conquérir l’autosuffisance alimentaire, il a bien évidemment raison. En fait sur toutes ces questions, ce qu’il dit ressemble beaucoup à ce que nous-mêmes nous disons… Il y a cependant dans le discours de Mélenchon, non seulement des inconséquences et des failles, mais aussi des aspects plus inquiétants qu’il est important de bien percevoir et de dénoncer. C’est ce que je me propose de faire succinctement ici.
Les différents sondages comme ceux que publie le Front de Gauche lui-même (http://www.gauchemip.org/prs/skin/bando.jpg) nous apprennent des choses très intéressantes sur la nature de son électorat. Alors que ce parti s’entoure de tout un décorum plus ou moins folklorique évoquant les traditions du mouvement ouvrier (drapeaux rouges, internationale, etc.) il n’attire en fait que très peu d’ouvriers (8%), bien moins en tout cas que Marine Le Pen (22%). Cet électorat est constitué majoritairement d’hommes, autour de la cinquantaine, fonctionnaires pour la plus part (14%), notamment des enseignants (j’en connais personnellement beaucoup !). Ce sont d’anciens électeurs du PS, des Verts ou de divers groupuscules d’extrême-gauche… Cette défiance des ouvriers à l’égard de Mélenchon, malgré le démagogique SMIC à 1700€, se comprendra facilement quand on considérera les propositions du candidat touchant à l’immigration. En ce domaine, ce soi-disant anti-libéral a une position aussi libérale que le MEDEF : non seulement il ne veut pas stopper les flots de l’immigration (actuellement 200 000 entrées par an), mais il va même jusqu’à demander la régularisation immédiate de ceux que l’on nomme pudiquement les « sans papiers » (c’est-à-dire les immigrés illégaux, en infraction avec la loi de la République) ! Tout cela ne peut que stimuler un peu plus encore l’actuel déferlement migratoire ! Tout cela bien sûr fait le jeu d’un certain patronat, lequel, en cette période de chômage massif, en profite pour licencier les ouvriers français ou pour faire pression à la baisse sur leurs salaires… Bref Mélenchon/Parisot même combat !
Sur la question des libertés Mélenchon nous envoie aussi des signaux inquiétants. Il ne se contente pas de faire un recours systématique et appuyé aux symboles révolutionnaires, ceux de la prise de la Bastille et de la sans-culotterie, mais n’hésite pas à se proclamer carrément l’héritier des terroristes de 1793, les sinistres Saint-Just et Robespierre, odieux « génocideurs » de la Vendée. Il se montre également d’une complaisance illimitée vis-à-vis du communisme, cette idéologie criminelle dont les méfaits ne sont heureusement aujourd’hui plus à démontrer, responsable, tout le monde le sait bien, de millions et de millions de tués, d’exploités et d’opprimés sans merci, cruellement torturés dans leur chair et dans leur âme. Voici ce qu’à son propos le philosophe Michel Onfray, un homme pourtant très à gauche, a déclaré (http://rutube.ru/tracks/5446146.html) lorsque l’animateur de télévision Ruquier lui a demandé pourquoi il avait renoncé à voter pour Jean-Luc Mélenchon : "Voilà cet homme qui nous dit que la Vème République est fabriquée par un fasciste qui s’appelait le Général de Gaulle mais qui trouve en même temps que Fidel Castro n’est pas un dictateur…" !
Mais, chez Mélenchon et ses partisans, il n’y a pas que les mots qui soient inquiétants. Les comportements le sont aussi. Les militants de son parti (il est vrai qu’aujourd’hui celui-ci draine et polarise, outre ce qui reste du vieux parti stalinien aujourd’hui bien décati, une grande partie des extrémistes de gauche qui ont momentanément délaissés leurs candidats trotskistes habituels) sont loin de se comporte en démocrates. C’est bien le Front de Gauche qui avait envoyé ses sbires vociférer à l’aéroport quand MLP est venue visiter La Réunion, qui, en partenariat avec certains militants du PCR (notamment le maire-voyou de Saint-Louis), se sont efforcé de perturber chaque moment de son séjour, jusqu’à celui de son départ. Qu’aurait-on dit si nous avions fait la même chose pour l’arrivée de Mélenchon à Gillot ? Certainement, nous aurait-on traités de fascistes… Alors ? Ce comportement intolérant n’est bien sûr pas limité à notre île, comme le montre l’exemple récent de Meaux (http://www.youtube.com/watch?v=oU0PHUK01IE&feature=related) où un commando de "mélanchonistes" éructant copieusement leur haine et braillant à tue-tête "résistance" (d’héroïques "résistants", qui n’ont décidément pas le sens du ridicule !) s’est employé à gâcher la visite de Marine sur le marché et à empêcher les habitants de discuter tranquillement avec elle. Est-ce que par hasard, dans leur conception de la démocratie, les partisans de Mélenchon se tiendraient pour les seuls à avoir le droit de faire campagne ?
Surtout ce prétendu révolutionnaire, qui se présente comme l’ennemi du système (il en a pourtant bien profité du système, lui qui s’est prélassé pendant 23 ans sur son moelleux fauteuil de sénateur !), s’apprête à faire élire l’un des deux candidats du système, François Hollande, dont il se propose d’être le marchepied électoral. Quelle escroquerie ! François Hollande qui lui aussi, dans ses meetings, dénonce les méfaits de la finance et puis aussitôt après file à Londres pour rassurer les banquiers de la City : "La gauche au pouvoir en France (sous Jospin) a libéralisé l’économie et ouvert les marchés à la finance et à la privatisation. Il n’y a pas de crainte à avoir" (The Guardian, le 13/02/2012.). Autrement dit : "Vous savez ce que je disais l’autre jour à Paris, c’était pour rigoler, pour amuser la galerie et abuser le bon peuple… Je n’ai aucunement l’intention de remettre en cause quoi que ce soit du système actuel !" Et Mélenchon, s’il ne se prive pas de critiquer Hollande et l’Europe de Bruxelles, ne remet nullement en question notre participation à l’euro dont tous les observateurs honnêtes sont obligés de constater, qu’il a été le facteur principal de la désindustrialisation accélérée de notre pays et de la terrifiante montée du chômage qui accable notre peuple.
Voilà pourquoi Mélenchon n’est qu’un démagogue dangereux, qui sous ses envolées de tribun, dissimule son vrai visage, celui de chien de garde du système et de rabatteur de voix d’extrême-gauche pour Hollande ! D’ailleurs, malgré ce que voudraient nous faire croire des sondages complaisants et une campagne de presse bien orchestrée, je suis prêt à parier que, lors du scrutin, il ne dépassera pas les 10% de voix (le score habituel de l’extrême-gauche) ! Le seul vote utile, c’est donc le vote pour Marine !
André Pouchet, le 31 mars 2012.


