Pour Gérald Darmanin, passage éclair et flop à la prison Domenjod sous un silence de plomb

Ce vendredi 20 février après-midi, la visite du ministre de la Justice au centre pénitentiaire de Domenjod a été marquée par un silence de plomb face aux médias. Une stratégie d’évitement sans aucun doute liée aux dysfonctionnements chroniques dont souffre l’univers carcéral à La Réunion et dont les syndicats se font régulièrement l’écho sans être entendus.
Surpopulation carcérale, sous-effectif du personnel pénitentiaire et promesses faites, mais pas encore tenues par l’Etat quant à la situation alarmante dans les prisons réunionnaises… La visite éclair de Gérald Darmanin au centre pénitentiaire de Domenjod cet après-midi, vendredi 20 février, intervient dans un contexte plutôt tendu. Raison pour laquelle la venue du ministre de la Justice à Domenjod a été préparée de façon millimétrée. Sérieusement verrouillée pour que les journalistes ne puissent pas assister au moindre émoi, concernant les sujets qui fâchent, de la part des organisations syndicales de la pénitentiaire ou du personnel présent sur site.
« On sent que tout doit être cadenassé »
« Il y a une volonté que les journalistes n’accompagnent pas le ministre à l’intérieur de l’établissement pénitentiaire. Ce qui n’avait pas été le cas il y a 4 ans avec la visite de Monsieur Dupond-Moretti. On sent que tout doit être cadenassé. Par exemple, les syndicats ne pourront pas être là pour accueillir le ministre à son arrivée à l’établissement de Domenjod. On sera au préalable avec un conseiller à 14h20 quand il arrivera à 14h30. Certes, il y aura un moment de rencontre à l’issue avec le personnel pénitentiaire, mais là encore sans la présence des journalistes », déplorait notamment Vincent Pardoux, responsable du syndicat Force Ouvrière (FO) justice pour La Réunion et Mayotte.

Pas le moindre interstice susceptible de le mettre dans l’embarras
Comme attendu, le dispositif mis en place ce jour par le staff de Gérald Darmanin a témoigné de sa volonté de ne pas laisser place au moindre interstice susceptible de le mettre dans l’embarras sous le regard des journalistes. Le garde des Sceaux s’est présenté aux portes du centre pénitentiaire de Domenjod à l’heure dite. Comme prévu, et comme à la cour d’appel ce matin, Gérald Darmanin n’a pas fait la moindre déclaration à l’attention des médias. Il a même feint de ne pas les voir alors qu’une forêt de micros, de caméras et d’appareils photos étaient braqués dans sa direction.
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Le ministre de la Justice, tout sourire, s’est presque aussitôt engouffré dans l’enceinte de la prison aux côtés de Julie Latou, directrice de l’établissement, et entouré de ses gardes du corps et de ses conseillers. Sur ses talons, la procureure de la République, Véronique Denizot, le procureur de Saint-Pierre, Olivier Clémençon, la présidente du tribunal judiciaire de Saint-Denis, Emmanuelle Wacongne, la sénatrice Audrey Bélim, le député Philippe Naillet, et d’autres personnalités encore.
« On attend des avancées sur la construction d’un établissement pénitentiaire dans le sud »
Dans la cour intérieure, Gérald Darmanin a salué toute une colonne de surveillants avant de vite disparaître dans les entrailles de la prison pour une courte visite. « Cela fait quatre ans que l’on n’a pas vu un ministre. On attend des avancées sur la construction d’un établissement pénitentiaire dans le sud et sur l’ensemble des vacances de postes car il en va de la sécurité du personnel », nous a encore confié en amont Vincent Pardoux.
A ce propos, il faut bien avouer que la visite ministérielle de ce vendredi 20 février a été une fois encore un coup d'épée dans l'eau. Les représentants syndicaux ont simplement été reçus par le conseiller de l'Outre-mer du ministre de la Justice.
"L'administration qui gère les constructions n'a pas de dossier en cours pour La Réunion"
Certes, l'homme a été parfaitement cordial et a semblé à leur écoute, mais "il n'y a eu aucune réponse concrète de sa part", nous a indiqué à l'issue Vincent Pardoux. Pire même, celui-ci a "semblé surpris qu'il y avait une demande pressante pour la construction d'un nouvel établissement dans le sud de l'île". Personne ne lui aurait fait remonter l'information qui est pourtant un secret de polichinelle.
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"L'administration qui gère les constructions n'a pas de dossier en cours pour La Réunion", poursuit Vincent Pardoux. Autant dire que le projet tant attendu a du plomb dans l'aile. Sur les vacances de postes, le conseiller en a pris bonne note, mais là encore sans rien promettre de façon concrète. Restent les fameuses 76 places de prison en modulaire attendus par le centre de détention du Port. Mais là encore, le projet est toujours dans les cartons. Les responsables syndicaux ont dû se contenter d'échanger trois mots avec leur ministre de tutelle entre deux rafraîchissements dans la cour intérieure. On comprend mieux dans ces conditions pourquoi les médias ont été tenus à l'écart de tout et finalement de presque rien.
« On rajoute un isolement social pour le personnel qui passe trop de temps sur son lieu de travail »
Justement, concernant les promesses faites par le passé, Vincent Pardoux souligne qu’il y a toujours eu un manque d’effectivité. « Nous sommes toujours en attente d’annonces qui ont été faites par les différents conseillers qui nous ont reçus sur les vacances de postes. Par exemple, il manque 20 agents pénitentiaires pour fonctionner normalement à Domenjod. C’est la même chose au centre de détention du Port. Résultat : on rappelle les collègues sur leurs jours de repos. Ce qui rajoute un isolement social pour le personnel qui passe trop de temps sur son lieu de travail. »
« Cette violence s’est malheureusement exportée à l’extérieur »
A Saint-Pierre, le problème se pose essentiellement en termes de vétusté de l’établissement. « Sur ce point aussi, nous ne sommes pas entendus. Déjà au temps de Nicolas Sarkozy, des annonces avaient été faites pour la construction d’un nouvel établissement, mais c’est resté lettre morte. Clairement, La Réunion n’a pas été la priorité des différents gouvernements sur l’administration pénitentiaire comme sur les Dom en général », reproche Vincent Pardoux.
Comme tout un chacun le sait déjà, le manque de moyens en personnel et en termes d’infrastructure dans les prisons réunionnaises ne datent pas d’hier et la liste des doléances du personnel pénitentiaire dans l’île ne cessent de s’allonger à mesure que la situation carcérale se dégrade. « Les prisons sont clairement sous tension depuis plusieurs années, mais nous sommes montés d’un cran récemment avec des violences faites au personnel pénitentiaire au sein des établissements. Cette violence s’est malheureusement exportée à l’extérieur comme on l’a vu la semaine dernière au domicile d’un collègue », souligne Vincent Pardoux.
« 940 détenus pour 575 places à Domenjod »
D’une manière générale, les tensions affectent les trois établissements de l’île, Saint-Pierre, Le Port et Domenjod à Saint-Denis. Pour le représentant syndical, les chiffres d’une surpopulation carcérale galopante sont grandement à l’origine de ce climat délétère que les sous-effectifs en personnel n’arrangent en rien. Il rappelle que « le centre pénitentiaire de Domenjod accueille aujourd’hui 940 détenus pour 575 places ».
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Idem pour la prison de la Cayenne à Saint-Pierre « avec 200 détenus pour 114 places et un système de dortoirs de 16 détenus auquel on rajoute parfois des matelas à même le sol ». Sans oublier le centre de détention du Port, seul établissement accueillant les longues peines, où les effectifs sont triplés. « Ce qui génère de la violence contre le personnel pénitentiaire, mais également entre détenus », souligne Vincent Pardoux. A titre d’illustration, il indique que le week-end passé « le personnel pénitentiaire de Domenjod a découvert à l’occasion d’une fouille des armes artisanales qui deviennent légion, comme les téléphones portables ».
74 femmes pour 28 places
Concernant le quartier des femmes de Domenjod, qui est le seul des trois établissements de l’île à recevoir des détenus féminins, Vincent Pardoux rappelle qu’elles sont au nombre de 74 pour 28 places. « Une situation en grande partie liée au narcotrafic, c’est-à-dire à ces mules qui sont arrêtées de manière régulière à l’aéroport Roland Garros. »
Et le représentant FO Justice de préciser : « Elles représentent environ 50% de l’effectif. Ce qui oblige l’administration à les entasser dans des cellules où elles sont parfois jusqu’à six détenues. » Ceci étant dit, l’annonce par le préfet d’un renforcement de la lutte contre le trafic de produits stupéfiants, problématique qui inquiète à raison les autorités, laisse supposer que les prisons ne vont pas désemplir en 2026.


