Police de l’eau : des moyens jugés insuffisants à La Réunion pour protéger une ressource de plus en plus sous tension

Alors que La Réunion sort d’une saison des pluies historiquement déficitaire et que les tensions autour de la ressource en eau se multiplient, la Cour des comptes estime que la police de l’eau ne dispose pas des moyens suffisants pour répondre aux enjeux. Dans un rapport publié en mai 2026, les magistrats dressent le constat d’un système jugé trop faible face à la dégradation continue des masses d’eau.
La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme. Dans son rapport thématique consacré à la police environnementale de l’eau, l’institution estime que la France ne parvient plus à protéger efficacement une ressource pourtant qualifiée de “patrimoine commun de la Nation”. Un constat national qui trouve un écho particulier à La Réunion, où la question de l’eau revient régulièrement dans l’actualité entre sécheresse, pollution, tensions sur les captages et qualité de la ressource.
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Les magistrats rappellent que moins de la moitié des masses d’eau françaises sont aujourd’hui dans un bon état écologique. “La stratégie de préservation des masses d’eau ne réussit pas à enrayer leur dégradation”, écrivent-ils dans leur synthèse.
Pollutions d’origine agricole, pesticides, nitrates, changement climatique, sécheresse...
Le rapport pointe notamment les pollutions diffuses d’origine agricole, les pesticides, les nitrates, mais aussi les conséquences du changement climatique, avec des sécheresses plus fréquentes et des phénomènes extrêmes qui accentuent la pression sur la ressource. Un contexte qui fait directement écho à La Réunion, où la saison des pluies 2025-2026 s’est achevée avec un déficit historique de près de 45 % selon Météo-France.
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Dans ce contexte, la Cour estime que les moyens humains consacrés à la police de l’eau restent largement insuffisants. Au niveau national, environ 1 560 équivalents temps plein sont affectés à ces missions de contrôle et d’instruction. “La relative faiblesse des moyens humains est d’autant plus dommageable qu’elle conduit souvent à limiter le temps consacré aux contrôles des non-conformités ou au suivi des infractions commises”, souligne le rapport.
Pas assez d'agents à La Réunion
La situation réunionnaise illustre cette tension. Selon les données compilées par la Cour, La Réunion compte un peu plus de dix équivalents temps plein dédiés à la police de l’eau, soit un ratio particulièrement faible rapporté à la population et aux enjeux locaux. À Mayotte, la situation apparaît encore plus critique.
Les magistrats pointent aussi une difficulté politique et sociale autour de ces contrôles environnementaux. “La police de l’eau, mal acceptée et en pratique absente des priorités de l’action publique, n’est pas exercée d’une manière satisfaisante”, estime la Cour des comptes.
Le rapport évoque notamment des règles jugées trop complexes, des contrôles parfois rares et des sanctions administratives très peu utilisées. En dehors de la Bretagne, la Cour note qu’on compte en moyenne moins de quatre mises en demeure par an et par département malgré des dizaines de contrôles non conformes.
Autre élément relevé par les magistrats, le coût croissant de la dégradation de l’eau pour les ménages. “Ces coûts sont largement supportés par les ménages, qui ne sont pourtant pas à l’origine de l’essentiel des pollutions ni des consommations”, souligne la Cour.
La juridiction financière appelle désormais l’État à renforcer les contrôles, simplifier certaines règles et mieux coordonner les politiques agricoles et environnementales. “Le droit doit ainsi être plus et mieux appliqué, dans l’intérêt collectif”, conclut-elle.


