Planqué dans l’armoire de la salle-de-bains : Notre grand homme est-il un lâche ?

Je vais vous raconter une chose incroyable, une histoire qui me tient à cœur depuis des décennies. Elle m’a été racontée par ma mère, Justy. Cela s’est passé avant 1955 et est révélateur de la vraie personnalité d’un grand homme.
A cette époque, mon père, "ti Jules", était 1er adjoint au maire de Saint-Louis, Valère Clément. Et également adjoint spécial de La Rivière et conseiller général de Cilaos. La bagarre électorale était à son comble.
Un soir, le parti adverse de celui de papa tenait meeting à 200 mètres de chez nous, route Hubert-Delisle, devant la boutique Ah-Ton. D’un coup, les galets ont commencé à pleuvoir à partir des champs de cannes environnants. Dans le même temps, des hommes armés ont surgi de nulle part, sabre au clair, nettement décidés à faire la peau au gars qui tenait le haut-parleur.
Ce dernier n’a fait ni une ni deux. Lâchant son haut-parleur, il a planté là ses partisans médusés, les laissant subir seuls la vindicte des autres. Il a fui. Li la court culotte dans la main et la crie l’assassin, le boug’ !
Justy attendait le retour de ti-Jules, ce dernier tenant meeting au Ouaki, loin de chez lui. Elle entend frapper à la porte de derrière, des coups violents, répétés, insistants. Elle se précipite et qui voilà ! Son ancien condisciple du lycée Leconte de Lisle (étant la seule fille de terminale à suivre la classe de math-élèm, elle n’était pas à Juliette-Dodu).
"Il m’a dit que des gens cherchaient à le tuer et m’a suppliée de le sauver. A cause de l’odeur, je pense qu’il avait dû faire dans sa culotte. Je l’ai enfermé dans l’armoire de la salle-de-bains, juste à temps…"
Ses poursuivants sont arrivés dans la minute suivante. Justy leur a expliqué, la main sur le cœur, qu’elle n’avait vu personne et ils sont repartis ventre à terre.
Le courageux fuyard est resté planqué plus d’une heure dans son armoire puis, jugeant le danger écarté, est reparti comme une ombre.
Lorsque mon père revint, bien plus tard dans la nuit, elle lui raconta toute l’affaire. Il n’était évidemment pas au courant de la tentative et lui dit simplement :
"Tu as bien fait !"
Il s’agissait pourtant d’un de ses plus féroces adversaires.
Ti-Jules nous a quittés en 1955. Il y a douze ans que Justy est partie. Je lui avais bien promis de ne jamais raconter cette sordide histoire. Si je brise aujourd’hui mon serment, c’est parce que je suis las, fatigué, écoeuré à gerber par les agissements de ce lâche. Dégoûté par ses compromissions, ses mensonges, ses trahisons, ses bassesses.
Il se reconnaîtra aisément. Mais je l’avertis charitablement : s’il continue à trahir et corrompre tout ce qu’il approche, je n’hésiterai pas une seconde à le nommer publiquement. Quitte à aller au tribunal.
Te voilà prévenu, mec !
Jules Bénard


