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Pierrot Dupuy : "Pourquoi la désignation d'Huguette Bello comme Première ministre est peu probable"

Suite à l'annonce de la candidature d'Huguette Bello au poste de Première ministre par le Parti communiste français, la sphère médiatique nationale s'est rapidement emballée autour de la présidente de la Région Réunion. Pierrot Dupuy explique pourquoi cette candidature a peu de chances d'aboutir, tant en raison des enjeux de la Gauche au niveau national que des dynamiques locales.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le samedi 13 juillet 2024 à 16H50

Depuis que Zinfos a révélé hier après-midi la présentation d'Huguette Bello au poste de Premier ministre par le Parti communiste français, les choses s'emballent. La nouvelle fait la une de tous les journaux nationaux et chaque heure apporte son lot de commentaires d'hommes et de femmes de premier plan. Généralement positifs d'ailleurs, à l'exception notable du Parti socialiste. Mais ça, c'était prévisible vu les relations détestables qu'entretiennent localement la présidente de Région et la maire de Saint-Denis, par ailleurs Première secrétaire fédérale locale du PS. Et accessoirement ancienne ministre elle-même.

Pourtant, cette désignation est à mon avis hautement improbable pour qui connait un peu le fonctionnement des partis parisiens et les coulisses de la vie politique locale et celles de la Pyramide inversée.

Commençons par la situation nationale.

C'est Fabien Roussel, le patron du Parti communiste français, qui a proposé le nom d'Huguette Bello pour sortir, dit-il, de la situation de blocage qui perdurait, alors même que les responsables du Nouveau Front Populaire s'étaient engagés à trouver une issue aux négociations avant la fin de la semaine. La date butoir se rapprochait inexorablement sans qu'aucune solution n'émerge, les discussions bloquant sur la volonté forcenée de Jean-Luc Mélenchon d'être désigné.

Les rumeurs colportées par des journalistes nationaux bien informés disent que cette proposition de Fabien Roussel était tout sauf désintéressée. Les députés communistes ne sont qu'une dizaine, et donc pas suffisamment nombreux pour constituer un groupe de 15 élus à l'Assemblée. Les mauvaises langues disent que le deal avec Huguette Bello aurait donc été de soutenir sa candidature, en échange de l'apport des députés ultramarins.

LFI, qui représente le plus gros bataillon de députés au sein du NFP poussait dans les négociations son leader, tandis que les Socialistes s'y opposaient férocement et soutenaient de leur côté leur Premier secrétaire Olivier Faure.

Sur le papier, la solution Huguette Bello a tout de la bonne idée. Ancienne communiste, dont on dit qu'elle a régulièrement le président Macron au téléphone qui l'apprécierait beaucoup, elle est restée très proche du PCF où elle conserve énormément d'amis. Preuve en est que c'est le PCF qui a suggéré son nom.

Elle est aussi très proche de Jean-Luc Mélenchon. Elle figurait encore en position inéligible sur la liste LFI aux Européennes.

Même les Verts se sont déclarés favorables à sa désignation. En apparence, tous les voyants étaient au vert. En apparence seulement.

C'était oublier que la décision doit être prise à l'unanimité et que le PS, la quatrième composante du NFP, a déclaré qu'il était contre. Olivier Faure espérait faire barrage aux ambitions de Jean-Luc Mélenchon au sein du Nouveau Front Populaire en s'appuyant sur le soutien des Verts et du PCF avec lesquels il partage la même détestation du leader de La France Insoumise. L'irruption de l'hypothèse Bello vient contrecarrer tous ces plans et rebattre les cartes en suggérant une candidate qui ne permettrait plus de bâtir une digue autour du leader de LFI.

Autre raison pour le PS de s'opposer, l'inimitié, pour ne pas dire la haine, qui oppose à La Réunion Huguette Bello et Ericka Bareigts.

Or la maire de Saint-Denis n'est pas n'importe qui au PS. Ancienne ministre, ce qui n'est pas rien, elle est aussi Première secrétaire du parti à La Réunion. Même si elle s'est bien gardée de s'exprimer publiquement sur le sujet, on peut facilement deviner dans quel sens elle a œuvré en coulisses.

Olivier Faure a une autre raison de se méfier. Jusqu'à maintenant, le rapport de forces lui était favorable au sein du NFP. L'irruption de la carte Bello vient  faire bouger les lignes en sa défaveur. Et il a tout lieu de penser qu'il s'agit d'un piège.

Pour Marine Le Pen, Olivier Faure et Jean-Luc Mélenchon, les législatives et les péripéties qui vont avec ne sont que des épiphénomènes sur la longue route de 2027. Quiconque a un peu côtoyé les responsables politiques nationaux sait que la présidentielle est la reine des batailles, celle qui conditionne tout le reste de la vie politique.

Jean-Luc Mélenchon est un trop vieux routier de la politique pour ne pas être conscient qu'un gouvernement dirigé par Huguette Bello aurait une espérance de vie guère supérieure à quelques jours, voire quelques semaines.

Tous les autres partis se ligueraient contre elle et elle tomberait à la première motion de censure.

Quel intérêt alors de soutenir sa candidature ? Comme au billard, il s'agit d'un coup à au moins deux bandes.

Le leader de LFI, on l'a dit, était minoritaire au sein du NFP. Le soutien à Huguette Bello du PCF et des Verts fait basculer la majorité en sa faveur, d'autant que la présidente de la Région est probablement plus proche de lui que du PCF et des Verts. Il ne faut pas oublier que Youmous Omarjee, le député européen, très proche d'Huguette Bello et qui n'est autre que le frère d'Idriss, le très puissant directeur de cabinet de la Région, est dans les faits l'un des dirigeants les plus importants de LFI derrière Jean-Luc Mélenchon.

Mais surtout, de façon beaucoup plus machiavélique, persister à soutenir la candidature d'Huguette Bello pourrait pousser le PS à quitter le Nouveau Front Populaire et à l'inciter soit à entrer dans une coalition avec les Macronistes et Les Républicains, soit signer un engagement à ne pas voter de motion de censure en échange de certaines concessions, comme une augmentation du SMIC et le retrait de celle sur les retraites.

De quoi le carboniser en vue des présidentielles, Mélenchon et les autres ayant beau jeu de le présenter comme un "social traitre", celui qui pactise avec le diable, en l'occurrence Emmanuel Macron.

Au niveau local également, la candidature d'Huguette Bello pose problème.

Ce n'est pas lui faire injure que de rappeler que la présidente de Région fêtera ses 74 ans dans quelques semaines. De l'avis unanime de ceux qui font partie de son premier cercle, c'est une grosse travailleuse et elle assume à la perfection son rôle de présidente de Région.

Mais comparer l'emploi du temps d'une présidente de Région et celui d'un Premier ministre revient à comparer l'entrainement d'un footballeur amateur avec celui d'un pro de 1ère division.

Être Premier ministre, c'est travailler entre 15 et 18 heures par jour, être régulièrement réveillé la nuit, voyager énormément, un rythme difficile à supporter pour quelqu'un dont il se dit qu'elle n'aime pas trop les voyages.

Dans l'histoire de la Vème République, le Premier ministre le plus âgé avait été Pierre Bérégovoy qui avait été désigné à 66 ans.

Mais surtout, quand on nomme un ministre, et a fortiori un Premier ministre, on scrute attentivement son passé pour s'assurer qu'il ne cache pas quelques casseroles susceptibles d'exploser une fois désigné.

Or, si Huguette Bello n'est certes pour le moment inculpée dans aucune affaire, il est de notoriété publique qu'elle risque d'être mise en examen à courte ou moyenne échéance dans l'affaire des emplois familiaux de la Région.

Suite au tir de barrage de Jacques Tillier dans ses éditos tous les samedis matins où il apportait hebdomadairement les preuves des embauches de complaisance, au lendemain de l'élection de juin 2021 d'une centaine de militants proches du PLR et d'élus de la Région comme Céline Sitouze, Patrick Lebreton, Alex Vienne ou encore Frédéric Maillot.

Beaucoup plus grave, le patron du JIR a révélé que parmi ces nouvelles embauches, plusieurs heureux bénéficiaires se trouvaient être des membres des familles de ces élus. Et Huguette Bello elle-même aurait fait embaucher au moins un neveu.

Une enquête judiciaire a été ouverte, les personnes licenciées "comme des chiens" pour reprendre leur expression, ont porté plainte et ont déjà été entendues. Et la Justice leur a déjà donné raison au tribunal administratif. Un premier pas avant que le pouvoir judiciaire ne se prononce avec probablement la mise en examen de toutes les personnes concernées et un passage devant le tribunal correctionnel.

Difficile dans ces conditions d'imaginer cette bombe exploser alors qu'Huguette Bello siègerait à Matignon.

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