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Philippe Alexandre Rebboah : « On nous parle de jouer collectif, mais encore faut-il que tout le monde soit autour de la table »

Ecrit par Julien Delarue – le lundi 8 décembre 2025 à 08H50
Philippe-Alexandre Rebboah.

Dans un entretien sans concession, le président du Syndicat de l’importation et du commerce de La Réunion (SICR) alerte sur la fragilité du modèle économique local. Face à une transition énergétique mal préparée, à un marché automobile en repli et à un dialogue patronal qu’il juge incomplet, il appelle à une approche plus collective et réaliste des enjeux du territoire.

Philippe Alexandre Rebboah n’a pas pour habitude de mâcher ses mots. Président du SICR et dirigeant de Leal Réunion, il défend une parole directe, fondée sur les réalités du terrain. « Quand on parle économie, on parle de la même chose. Si on veut vraiment une union patronale, il faut arrêter les déclarations d’intention et être présents quand les sujets concrets arrivent sur la table », dit-il calmement. Pour lui, les discours sur la cohésion ne suffisent plus : « On se gargarise de robustesse économique, mais dès qu’il faut agir collectivement, il n’y a plus personne. »

Le constat s’est renforcé après la réunion du SOCLE avec la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, fin novembre. Le collectif, qui regroupe plusieurs organisations patronales locales, a obtenu la confirmation du maintien de la LODEOM sociale et fiscale en 2026, et évoqué la perspective d’un futur projet de loi d’orientation pour les Outre-mer. Mais le président du SICR regrette que ces échanges n’aient pas intégré certaines problématiques majeures pour les importateurs. « On parle de défiscalisation, de relance du BTP ou de tourisme, c’est très bien, mais on oublie les leviers qui soutiennent directement le pouvoir d’achat et la circulation des biens. L’importation, le fret, ou encore le malus automobile font partie des sujets essentiels et structurants. »

« Nos territoires ne sont pas prêts à cette transition énergétique »

C’est justement sur ce dernier point qu’il alerte. L’amendement qu’il a porté avec la FEDOM et Mobilians, visant à exonérer les départements d’Outre-mer du malus écologique, a été rejeté par le Sénat. « Nos territoires ne sont pas prêts à cette transition énergétique. On nous applique les mêmes règles qu’en métropole, alors qu’ici, nous n’avons ni nucléaire, ni réseau suffisant de bornes, ni filière pour recycler les batteries », explique-t-il. Il rappelle que seules 534 bornes de recharge sont actuellement fonctionnelles sur l’île, pour près de 900.000 habitants, alors que le plan initial prévoyait 1.700 installations d’ici 2025 – désormais reportées à 2028.

Les obstacles techniques s’ajoutent aux contraintes logistiques. « Les batteries au lithium-ion ne sont pas traitées localement, et les compagnies maritimes refusent de les transporter. Nous avons dû investir dans des conteneurs ignifugés pour les stocker. C’est un coût et un risque supplémentaires que personne ne prend vraiment en compte », souligne-t-il. Conséquence directe : un marché automobile en difficulté. « En novembre, les ventes ont reculé de plus de 10 %. Les stocks sont lourds, les trésoreries sous pression et les véhicules électriques d’occasion se revendent difficilement. »

Pour le président du SICR, ces signaux doivent inciter à une réflexion plus globale sur le modèle économique réunionnais. « Lutter contre la vie chère, c’est un objectif partagé. Mais il faut savoir ce que cela signifie concrètement, avec quels outils et quelles conséquences. À La Réunion, on ne peut pas dissocier la production locale, la distribution et l’importation : ce sont les trois piliers d’un même ensemble. Si l’un d’eux s’affaiblit, tout l’équilibre s’en ressent. »

« L’importation représente près de 7,1 milliards d'euros soit 30% du PIB local : on ne peut pas la réduire à un rôle secondaire »

La question de la cohésion patronale reste, pour lui, au cœur du débat. « On nous parle de jouer collectif, mais encore faut-il que tout le monde soit autour de la table. L’importation représente près de 7,1 milliards d'euros soit 30% du PIB local : on ne peut pas la réduire à un rôle secondaire. » Il estime que certaines revendications, comme l’adaptation des politiques énergétiques ou fiscales à la réalité des territoires,« n’ont pas la visibilité qu’elles méritent ». « Il n’y a pas d’économie forte sans vision partagée. Et si la LODEOM est essentielle, elle doit s’inscrire dans une réflexion plus large sur les besoins structurels de nos entreprises », insiste-t-il.

Le dirigeant défend enfin une approche pragmatique des prochaines réformes, notamment celle de l’octroi de mer. « La suppression n’est pas souhaitable, mais la concertation est nécessaire. L’automobile, l’alimentaire et les spiritueux représentent près de 60 % des recettes de cet impôt. C’est une donnée économique, pas une revendication. »

Philippe Alexandre Rebboah veut croire à la possibilité d’un sursaut collectif. « La Réunion a tout pour réussir sa transition. Mais il faut du temps, de la méthode et une volonté partagée. On a les compétences et les acteurs. Ce qui manque, c’est une ligne commune. »

Et de conclure : « Ce n’est pas une question de rivalités ou de structures. Ce n’est pas Rebboah qu’on affaiblit, c’est La Réunion. Si on veut vraiment avancer ensemble, alors faisons-le pour de bon. »

Etiquettes : SICR

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