"On se venge sur nos enfants" : des parents désabusés à la suite de la radiation de leurs enfants à Sainte-Marguerite

Stupeur pour des parents d'élèves qui, pendant ces dernières vacances scolaires, ont reçu un courrier de radiation pour leurs enfants scolarisés à Sainte-Marguerite. Pour rappel, un agent de l'établissement est visé par plusieurs plaintes, soupçonné d'avoir agressé sexuellement de jeunes enfants.
Sophie ne s'attendait pas à cela. Durant les vacances scolaires de février à mars, un courriel et un recommandé lui parviennent : ceux-ci lui notifient la radiation de sa petite fille, scolarisée dans l'école Sainte-Marguerite à Saint-Benoît.
Pour comprendre, il est essentiel de remonter le fil de l'histoire. Fin novembre 2025, nous révélions que plusieurs plaintes avaient été déposées par des parents d'élèves à l'encontre d'un agent de l'établissement. Cela faisait suite à des faits supposés d'attouchements sur des enfants.
L'agent visé s'est mis en arrêt maladie jusqu'en février 2026. Peu avant sa reprise de fonction, un courriel avait été adressé aux familles pour leur expliquer la situation. Une levée de boucliers s'était alors produite et un collectif de parents s'était constitué. Parmi eux, Sophie, qui a créé une pétition en accord avec les parents d'élèves.
Vengeance de l'établissement ?
C'est, à l'entendre, pour cela que son enfant, scolarisé en moyenne section, se serait retrouvé radié du jour au lendemain. Elle nous confie soupçonner l'établissement de lui avoir fait payer son soutien aux enfants supposément victimes. En février dernier, lorsque l'école a communiqué sur la réintégration de l'agent, Sophie s'était engagée dans le collectif.
" Cela m'a paru très dangereux ", détaille-t-elle concernant la réintégration dudit agent. Pour inciter les parents d'élèves à venir signer la pétition, elle colle 3 affiches avec le titre et le QR code pour la consulter. Dans son témoignage, la mère de famille précise que le directeur de l'OGEC (Organisme de gestion de l'Enseignement catholique), Jean-Claude Toisin, l'aurait menacée de radier son enfant et de porter plainte.
Lire aussi : Sainte-Marguerite : la direction prend la parole devant les médias et assure prioriser la sécurité des enfants
Car, entre-temps, des incivilités ont été observées au sein de l'établissement. Pneus crevés, menaces... Des faits pour lesquels Sophie se dit étrangère. "Je ne suis pas une personne qui insulte, qui menace ou qui dégrade", précise-t-elle.
Les tensions semblent s'apaiser lorsque l'école organise une réunion avec les parents pour leur indiquer que l'agent ne sera finalement pas réintégré. Sophie profite de cette réunion pour s'excuser auprès de la directrice. Le climat est alors "apaisé et serein", selon elle.
Lire aussi : Sainte-Marguerite : l'établissement rétropédale, l'agent ne va pas réintégrer l'école pour le moment
Une radiation qui tombe comme un couperet
Le 2 mars, pendant les vacances, Sophie reçoit la fameuse lettre de l'établissement, qui explique que son enfant est radié. Un choc pour elle et son compagnon, et surtout, une source d'anxiété pour son enfant. "L'école se venge sur les enfants", peste la mère de famille, qui, en urgence, doit trouver une solution.
Selon elle, l'établissement lui fait payer son soutien au collectif des parents d'élèves. Une décision qui tombe en pleine vacances scolaires, sans préavis, ce qui rend plus difficile son changement d'établissement. Au final, elle a pu trouver une solution et a scolarisé sa fille dans une autre école.

Si elle a pu trouver une solution, ce n'est pas le cas pour Véronique. Comme l'ont révélé nos confrères d'Imazpress, trois familles sont concernées par cette radiation. "L'établissement n'a jamais fait allusion à quoi que ce soit, car je n'ai jamais eu de convocation ou d'entretien préalable. Encore aujourd'hui, j'ai demandé, j'attends ! " déplore la mère.
Une "rupture de confiance"
Pour l'enfant de Véronique, qui a reçu le mail elle aussi à la date du 3 mars, aucune solution n'a été trouvée pour le moment. Ce n'est pas faute d'avoir tenté une communication avec l'établissement.
Dans un courrier adressé à l'école, et qui, pour l'heure, n'a reçu aucune suite, Véronique et son conjoint déplorent cette décision et cherchent à établir un dialogue avec la direction. "À ce jour, je n’ai fait l’objet d’aucune convocation, ni d’aucune proposition de dialogue ou de médiation de la part de l’établissement avant cette décision particulièrement lourde de conséquences pour la scolarité de mon enfant. Une telle mesure, qui affecte directement l’intérêt et la stabilité d’un élève, mériterait pourtant d’être précédée d’un échange constructif avec la famille concernée", écrivent-ils dans un courrier.
Son enfant, scolarisé en CM1, accuse le coup et a joint une lettre faite à la main où elle écrit qu'elle est "très très triste" de quitter l'école et ses amis.
À ce jour, l'établissement n'a pas donné suite aux sollicitations des parents. Nous avons joint l'école privée Sainte-Marguerite, qui nous a répondu qu'aucune communication ne sera faite à ce sujet. L'établissement a simplement écrit aux parents que cette radiation est la conséquence d'une "rupture de confiance".
Une "rupture de confiance" qui interroge les parents d'élèves : selon eux, le règlement intérieur de l'établissement ne fait aucune mention de cette justification pour la radiation d'un enfant.

Le diocèse répond
Contacté, le diocèse n'a pas donné suite à nos sollicitations, mais a publié un communiqué sur ses réseaux sociaux sur cette nouvelle affaire. Il est notamment fait référence à plusieurs actes de vandalisme, menaces, fausses informations et dégradations envers le personnel et dans l'établissement. Une plainte a été déposée.
Les membres du diocèse mettent en lien ces comportements avec la radiation des trois familles. Il est à noter que ces dernières contestent d'ailleurs vivement ces faits. C'est ainsi que le diocèse motive sa décision et celle de l'établissement. Le communiqué rappelle que les familles radiées ne sont pas concernées par les faits supposés d'agressions sexuelles. "Cette décision n'a pas été prise à la légère ; elle est le reflet de notre responsabilité envers le personnel comme envers les élèves".


