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Lettre ouverte aux biens pensants - Recrutement d’une nantaise sur le poste de Sudel Fuma 

Michel Latchoumanin répond à l’université de Nantes.
Ecrit par zinfos974 – le lundi 30 mai 2016 à 10H11

Monsieur le directeur de l’UFR d’histoire et cher collègue

Professeur des universités, vice président du Crefom Réunion et ancien doyen de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’université de La Réunion de 1997 à 2007, je suis profondément attristé par la liberté que vous vous êtes octroyée d’interférer dans une décision relevant du conseil d’administration de notre université. Le ton et le contenu de votre lettre au président Rochdi témoignent d’une pratique que je me garderai bien de qualifier. Je préfère consacrer l’expression de mon ressenti au mobile hypothétique à l’origine de votre intrusion dans cette affaire. En effet, à moins de considérer votre prise de position comme un soutien indéfectible à une candidate originaire de Nantes, ce qui vous placerait  sur le même plan que le Crefom , accusé de soutenir une candidature réunionnaise au nom de la préférence régionale, je ne vois vraiment pas ce qui aurait pu la motiver.

Que je sache, il ne s’agit pas d’une enseignante de votre université candidate à une mutation, mais bien d’une personne engagée à titre personnel et en toute indépendance dans un concours, comme c’est le cas pour les postulants locaux au poste de Sudel Fuma.
Je ne crois pas non plus avoir lu dans les courriers du CREFOM à destination du président de l’université de La Réunion, des élus et de la presse une quelconque allusion à l’université de Nantes.

En quoi donc le fait de déclarer qu’une candidate nantaise au dossier scientifique moins étoffé, disent les historiens de l’université, que celui d’un Réunionnais de surcroit titulaire du CAPES et de l’agrégation  également candidat sur le poste mis au concours, porterait-il atteinte à l’image de l’université et de la ville de Nantes jusqu’à nous valoir une leçon de morale d’une agressivité déconcertante?

Serait-ce  un aveu concernant l’éventuel  soutien qu’aurait bénéficié la candidate de l’université et de la ville de Nantes ?
En revanche, vous seriez en droit de me faire remarquer que le CREFOM n’aurait  pas plus de légitimité à faire ce qui vous est reproché en termes, sous entendus, d’ingérence ?

Certes, mais à cette différence près que Sudel Fuma, l’historien disparu qui occupait le poste à pourvoir, jouissait d’une immense popularité  dans le contexte local et régional due non seulement à ses travaux d’universitaire mais également à sa proximité avec le monde associatif sur les thématiques (engagisme et esclavage) au cœur de ses actions partenariales sur le terrain que les historiens ont d’ailleurs fait figurer dans la définition du profil du poste mis au concours?

Dès lors, personne, hormis vous, sans doute, ne devrait s’étonner que la société civile exprime ses inquiétudes en souhaitant que son œuvre trouve une continuité avec une garantie que seul pourrait apporter un chercheur réunionnais du même laboratoire que Sudel, bien au fait de ses travaux et dont la compétence ne souffre d’aucune contestation.

Partant de ce constat le CREFOM Réunion a cru devoir en informer les Réunionnais avant d’évoquer les dysfonctionnements qui auraient entaché le déroulement du concours de l’avis des spécialistes de la discipline présents à  l’université de La Réunion.
Nous n’en citerons qu’un qui trouvera un écho certain chez le directeur de l’UFR d’Histoire, spécialiste, j’en déduis, de la discipline. Comment expliqueriez-vous le choix du président de l’université de La Réunion de ne retenir que 6 des 8 collègues proposés par le département et le centre de recherche en histoire (propositions validées par le conseil de la Faculté des Lettes et des Sciences Humaines) pour constituer un comité de sélection à 12 membres? (Pour mémoire sachez qu’il en a nommé 6 dont le président qui dispose d’une voix prépondérante).

Si vous trouvez injurieux les propos du CREFOM concernant un problème propre au contexte réunionnais jusqu’à les considérer comme une mise en cause de l’intégrité de votre université, de ses personnels et de la qualité de vos formations que devrait-on dire de l’université de La Réunion, de la qualité de ses formations et de son personnel quand des docteurs sortis de nos laboratoires, qualifiés par le CNU, sont systématiquement écartés des postes à pourvoir dans de nombreuses disciplines et, depuis deux ans, en histoire à La Réunion.

Si vous trouvez injurieux la position du Crefom vis-à-vis de la candidate pour laquelle vous ne manquez pas de qualificatifs dithyrambiques et exemplaires de " l’objectivité " dont vous vous réclamez par ailleurs, je vous cite " richesse du dossier scientifique ", " expertise reconnue sur le plan national et international ", " remarquable investissement pédagogique ", " investissement enthousiaste dans l’animation et l’administration de la recherche " etc., on ne peut que s’étonner que vous ne l’ayez pas recrutée depuis 2010 qu’elle candidate sans succès.

Que dire encore de l’université de La Réunion qui se permet de publier un poste de professeur trois années consécutives pour favoriser la mutation d’un enseignant de votre université  en sciences de l’éducation ? " Clientélisme ou réflexe identitaire " : pour encore puiser dans  vos propos  grandiloquents ?

Et pour en finir, alors que le Crefom convoque deux expressions fortes (insulte et provocation) pour exprimer le sentiment de la société civile, sans vouloir porter atteinte à la personne de la candidate concernée, comme vous l’insinuez,  vous en faites une surenchère étayée de commentaires ahurissants, que les réunionnais devraient considérer, non pas comme insultants mais, venant de votre autorité supérieure par essence, comme élogieux à leur égard, je vous cite :  " intéressement mesquin ", " médiocrité argumentative ", " bassesse argumentative ", " vocifération ", " réflexe identitaire " …

Il ressort de tout cela, d’un point de vue qui n’engage que moi, que de tels agissements sont, tout simplement, indignes de la déontologie professionnelle propre au milieu universitaire. Je vous avoue avoir de plus en plus de mal à reconnaitre dans ces pratiques le devoir de servir, que j’ai hérité de mes professeurs, les vrais que j’ai connus dans les amphis surchargés de l’UER de psychologie de l’université d’Aix-en-Provence, et que j’ai mis un point d’honneur à appliquer au cours de mes deux mandats successifs à la direction de la FLSH dans une université alors en plein essor qui faisait la fierté d’une communauté universitaire unie et de La Réunion.

Il est vrai que j’ai eu le privilège de fréquenter cette école de pensée qui avait depuis longtemps renoncer à une science sans conscience présentée comme vérité universelle qui, à une époque douloureuse de notre histoire, justifiait le devoir de civilisation que s’est imposé l’occident pour étendre au monde un impérialisme économique et culturel dont les conséquences se mesurent aujourd’hui à l’anomie généralisée qui caractérise aussi bien les anciennes colonies que les sociétés post esclavagistes.

" Savoir que l’on ne sait pas est le début de la connaissance " disait Confucius. Conscient de l’immensité de mon ignorance j’en suis encore au stade du questionnement dans les modestes contributions que j’ai  plaisir à partager avec quelques rares collègues qui font de la perplexité et de l’humilité les remparts de leurs activités de recherche.

Je ne saurais clore ce propos sans dire un mot de mon engagement dans le combat que même aujourd’hui le Crefom dans un département affecté par un chômage chronique qui hypothèque gravement l’avenir des jeunes. Plus de 60% des 16-25 ans sont au chômage et désespèrent de pouvoir s’insérer surtout lorsque des emplois existent pour lesquels ils sont qualifiés mais qui, pour des raisons inavouables, leur passent sous le nez.

Entendre dire par ailleurs que le Crefom prône une préférence régionale assimilable au racisme est une accusation sans fondement dont usent ceux qui tirent parti et profitent d’une situation que leur aveuglement ne cesse d’aggraver. " A compétence égale, il devient urgent de faire une place aux réunionnais " : c’est le discours auquel j’adhère et que chacun en toute honnêteté devrait partager au nom de la solidarité et du respect qui ont permis à la France de devenir une grande nation et au monde de construire l’humanité.

Michel Latchoumanin
Le 30 mai 2016

 

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