L’esprit de domination chez les oiseaux

Courrier des lecteurs.
Fable animalière
L'esprit de domination chez les oiseaux, pas très éloigné de celui des humains.
Mais, dans la Nature, on ne tue personne, sauf pour survivre.
J'ai souvent dit que plus de quatre milliards d'années d'évolution de la vie sur notre planète avaient abouti à un ensemble vivant cohérent et magistralement harmonieux (à l'exception de l'espèce humaine, bien évidemment).
Ce qui est amusant, si l'on peut dire, c'est que, paradoxalement, il n'y a que certains membres de cette espèce maudite, qui font le rapprochement entre leur invention la plus stupide que je connaisse (le paradis céleste) totalement imaginaire, et le paradis terrestre, sous leurs pieds, mais qu'ils piétinent et saccagent, sans vergogne. On a l'habitude de dire que connaitre c'est aimer. Il faut croire que les humains connaissent mal leur planète, pour l'aimer si peu.
J'ai toujours été très curieux des choses de la vie. Aussi, à mon grand âge, je commence à en connaitre un morceau. Mais, comme dises les vrais scientifiques, « Plus j'avance dans la connaissance, plus je réalise l'immensité de ce qui me reste à découvrir ». Dieu ou son remplaçant, a pris son temps et n'a pas lésiné sur les moyens mis en œuvre. De l'infiniment petit à l'infiniment grand, il a vraiment dû épuiser tout ce qui existe dans l'Univers pour construire la Terre, probablement, la plus belle planète de l'Univers. Aussi, malgré mon grand âge, ma curiosité n'est toujours, ni comblée, ni satisfaite. Et je continue à m'extasier devant ce que, tous les jours, je découvre encore.
Au fond de mon petit jardin, à la cité Lacroix de Piton Ste Rose, et en bordure de forêt, j'ai installé une mangeoire que j'alimente tous les matins de multiples graines dont raffolent la plupart des oiseaux de La Réunion. Au début de mon expérience, ce fut le petit oiseau rouge, le Cardinal qui inaugura le ballet des volatiles qui allait suivre. Avait-il son nid à proximité, je ne sais. Une chose est certaine, cependant, c'est qu'il se sentait chez lui et gare aux coups de bec, si un autre oiseau de sa taille, s'approchait de sa mangeoire. Moineaux et autres petits Béliers firent mille tentatives, mais sans succès. J'ai alors baptisé mon Cardinal : « le roitelet Macron ».
Mais les choses allaient vite changer. J'ai entendu dire quelque part, que la vie n'était pas un long fleuve tranquille. Un beau matin, une escadrille nombreuse de Béliers avec pères, mères et une cinquantaine de petits, s'abattît sur la mangeoire. Le roitelet ne dût son salut qu'à une fuite éperdue.
Cerise sur le gâteau, quelques jours plus tard, au petit matin, une autre escouade de volatiles plus corpulents, des pigeons ramiers, se mirent en embuscade tout au fond du jardin, et mine de rien, tout en faisant semblant de picorer les brins d'herbe, s'avancent nonchalamment en se dandinant, vers la mangeoire. Il faut croire que, dans la forêt voisine, le téléphone arabe fonctionne à merveille et se moque bien des races. Pas si simple, car les choses se compliquent un peu plus. On ne sait trop pourquoi, l'un des pigeons s'installe au sommet de l'estrade sur laquelle se trouve la mangeoire, et commence, seul, à picorer, tout en observant à droite et à gauche, ce qui se passe. Le Cardinal et quelques moineaux s'aventurent à picorer de plus en plus près de la mangeoire sous l'œil bon enfant du pigeon ramier. Mais, ça ne dure pas. Il suffit que le pigeon s'approche des petits volatiles et ces derniers, impressionnés par la taille de l'animal, décampent rapidement. Puis les choses se compliquent : « Non mais, mon copain pigeon, pensent les autre Ramiers vous n'allez pas vous goberger tout seul « !!! Et on grimpe chacun à son tour sur la mangeoire. Erreur fatale, il y en a un qui se prend vraiment pour le Roi, que dis-je, un vrai dictateur. Et voilà que le Roi des pigeons que j'ai vite baptisé Trump, se met à courser et à agresser tous les Ramiers qui s'approchent un peu trop près de la mangeoire. Ils sont pourtant nombreux, que diable, ces courtisans. Mais non, inlassablement le roi les course et les agresse, l'un après l'autre. Malgré leurs gesticulations, pas un ne résiste longtemps. Ils sont bien une cinquantaine à se soumettre. C'est à n'y rien comprendre. Le Roi est sur son trésor et gare à celui qui s'en approche de trop près.
Je continue tous les matins à verser une barquette entière de riz et de maïs cassé, et tous les matins, le même scénario se répète.
Vous noterez, au passage, que chez les animaux, il peut arriver que l'on se chamaille, mais on meurt rarement, sauf chez les carnivores. Là aussi, on peut noter qu'ils tuent de temps en temps, mais c'est uniquement pour survivre, pas pour je ne sais quel désir absurde de puissance.
Avis aux amateurs de reportages animaliers, ma porte est ouverte. En effet, vous avez là, en live, un spectacle animalier fort intéressant. Et, il y a là des leçons à tirer si, comme l'a si bien fait Lafontaine, on compare les comportements de la Nature avec ceux des humains.
En cas d'intérêt, appelez-moi.
François-Michel MAUGIS


