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Les infirmiers libéraux craignent une dérive vers un système de santé à l’américaine

Ce matin, le syndicat majoritaire des infirmiers libéraux de la Réunion, la FNI (Fédération nationale des infirmiers), a alerté la population sur un possible changement du système de santé français avec une dérive vers un système à l'américaine. Une crainte fondée par les actuelles discussions autour du Pacte Territoriale de Santé, menées par la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et la volonté de créer des maisons de santé.

Ecrit par zinfos974 – le mardi 02 avril 2013 à 11H55

« Il y a un double langage aujourd’hui« , dénonce Emmanuel Adain, président de la FNI Réunion. Ce « double langage » consiste à entretenir le thème du « désert médical » pour réorganiser le système de santé en France et à la Réunion, et tendre vers de nouveaux modes de rémunérations en salariant les professionnels de santé au sein de maisons de santé, selon la FNI. « On veut réorganiser le système de santé pour basculer vers un système à l’américaine. Les maisons de santé seront dirigées par des firmes de santé« , ajoute le syndicaliste.

Pour appuyer leurs dires, les membres de la FNI suggèrent de modifier la mesure retenue pour chiffrer l’accessibilité aux soins – actuellement définie selon le nombre de médecins par rapport à une population donnée – en se basant sur l’APL (accessibilité potentielle localisée). « On ne se baserait plus sur le nombre de médecins, mais sur le nombre d’actes délivrés« , précise Emmanuel Adain. Selon lui, le spectre des déserts médicaux agité par le gouvernement n’aurait plus le même sens avec ce nouvel outil de mesure. « Avec l’APL, on se rend compte que l’accès pour une population à un médecin se trouve juste derrière le coiffeur et devant le boulanger« , ajoute-t-il.

Même si les infirmiers libéraux ne sont pas contre les « regroupements » entre professionnels de santé, les nouvelles maisons de santé voulues dans le cadre du Pacte Territoire Santé, vont à l’encontre de leur statut libéral. « On a peur de perdre notre autonomie, notre indépendance. Aujourd’hui nous sommes libres de choisir notre temps de soin. Si nous devenons salariés au sein de ces structures nous ne pourrons plus développer les mêmes techniques de soin, ni notre relationnel avec nos patients« , explique pour sa part Odile Lhuillier, trésorière de la FNI Réunion.

« Les Français sont-ils prêts à d’abord solliciter leur assurance par téléphone ? »

Selon la FNI, seulement 2% des infirmiers libéraux se disent intéressés par le salariat comme mode d’exercice de leur profession. « Au-delà du salariat des infirmières, c’est bien toute une évolution vers la mise en place de réseaux de soins qui est en marche et dans laquelle les usagers seront pris en charge via des réseaux gérés par des organismes d’assurance chargés de négocier les tarifs, mais aussi d’exclure certaines pratiques de soins jugées inefficaces ou encore trop coûteuses. Avant d’avoir recours à un médecin, les Français sont-ils prêts à d’abord solliciter leur assurance par téléphone ?« , s’interroge la FNI Réunion.

Aujourd’hui les infirmiers libéraux peuvent travailler 365 jours par an 24 heures sur 24. Si une politique salariale est mise en place, « les infirmiers ne seront plus décisionnaires« , craint la FNI. « On pourrait se retrouver comme aux Etats-Unis où il n’y a plus d’infirmiers en ville. On vous donnera vos pansements et vous devrez les faire tout seul chez vous« , lâche Emmanuel Adain.

Aujourd’hui à la Réunion, on compte 1.400 infirmiers libéraux, soit un ratio de 140 infirmiers pour 100.000 habitants (contre 110 pour 100.000 habitants en métropole). Un infirmier peut voir jusqu’à 40 à 50 malades par jour. « La population est contente de l’organisation actuelle des infirmiers libéraux et demande de plus en plus à être soignée à domicile« , conclut Odile Lhuillier.

La FNI souhaite que tous les acteurs aient connaissance des conséquences des choix qui engagent leur avenir. D’autres voies sont possibles et elle a publié, l’an dernier, un livre blanc qui recueille des préconisations compatibles avec le maintien d’un service public territorial de santé.

 

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