Les associations de La Réunion, au bord de la rupture, manifestent samedi devant la préfecture

Répondant à un appel national à la mobilisation, plusieurs associations réunionnaises se rassemblent samedi 11 octobre (10h) devant la préfecture pour alerter sur la dégradation financière de leurs structures à forte vocation sociale, dont certaines seraient menacées de disparition.
Au mot d'ordre de mobilisation nationale «Ça ne tient plus ! », les structures associatives réunionnaises ont préféré la version créole « La kord sa pété ». Ce samedi 11 octobre à 10h, le Mouvement associatif de La Réunion et ses partenaires (Crajep, Fédération des acteurs de la solidarité, Solidarnum, MDA de Saint-Benoît et Fédération des centres sociaux) rejoignent le mouvement de sauvetage d'un modèle associatif mis à mal par les difficultés d'accès aux subventions (avec leur corollaire, les retards de versement), les baisses des crédits et les atermoiements des derniers gouvernements, à l'image des reculs sur le service civique ou le pass Culture.
« On est au bord de la rupture. Notre crainte, c'est qu'on diminue encore nos budgets. Toutes les associations envisagent de réduire leurs activités, si elles n'ont pas déjà été obligées de le faire », martèle Frédéric Salvan, président du Mouvement associatif de La Réunion, avant d'assurer que « tous les jours, des associations disparaissent dans le plus grand silence ».

Selon le Mouvement associatif de La Réunion, les 15.000 associations de l'île mobilisent près de 137.000 bénévoles et emploient plus de 21.500 personnes. Soit 11% de l'emploi privé, dans les domaines de l'accompagnement des personnes en situation de handicap, de la petite enfance, des personnes âgées ou encore de la lutte contre les violences intrafamiliales.
« Un quart des associations de solidarité menacé de disparition d'ici fin 2025 »
Des associations qui créent ou renforcent des liens humains, sociaux et intergénérationnels dans les clubs de sport, les salles culturelles ou les centres sociaux. « On voudrait sensibiliser les usagers à ce qui disparaîtrait si nos associations n'existaient plus. On demande aux pouvoirs publics et aux collectivités de tout faire pour débloquer des marges de manœuvre qui pourraient donner une bouffée d'oxygène », expose Frédéric Salvan.
Selon un état des lieux des associations réunionnaises portant sur 120 structures interrogées, 37% des associations disposeraient de moins de trois mois de trésorerie (70% déclarent avoir moins de six mois de trésorerie). Les retards de versement des subventions, qui peuvent atteindre sept à neuf mois, mettent en péril la survie de nombreuses structures, au point « qu'un quart des associations de solidarité est menacé de disparition d'ici la fin 2025 ».
Fortement dépendantes des aides des collectivités locales, les associations prônent la création d'un Observatoire régional de la vie associative, qui recenserait notamment les aides versées, et se disent favorables à des plans pluriannuels d'aide.
Les associations veulent peser dans le débat politique
Directeur de la Maison des associations de Saint-Benoît, la commune de 20.000 habitants la plus pauvre de France, Jimmy Bègue indique que la fenêtre de dépôt de demande de subvention pour l'année 2026 n'a toujours pas été ouverte par la mairie. Alors même que des élections municipales auront lieu en mars et que tout sera gelé durant cette phase transitoire.
« Les premières décisions de subvention ne tomberont pas avant juillet, d'ici-là des associations de Saint-Benoît vont fermer », prévient Jimmy Bègue. Certains présidents et dirigeants d'association ont le désagréable sentiment de devoir justifier de leurs résultats « selon les critères du monde marchand », alors même que leurs actions tendent à aider à s'en sortir les laissés-pour-compte du système.
« En juin, Bercy a coupé 15.000 missions de service civique, en plein milieu d'année, alors que les campagnes de recrutement étaient déjà lancées. Le dialogue avec l'État est rompu depuis longtemps, on subit des décisions purement budgétaires sans prise en compte de l'impact sur le territoire », déplore Audrey Bacal, administratrice du Crajep (Coordination régionale des associations de jeunesse et d'éducation populaire).
Le mouvement associatif ne cache pas sa volonté de peser sur les prochaines élections municipales, voire sur des législatives anticipées, en plaçant le sujet du modèle associatif dans le débat public à La Réunion. Cela commence ce samedi 11 octobre à 10h avec la rassemblement « La kord sa pété » au jardin de la Liberté à Saint-Denis, au pied de la résidence du préfet Patrice Latron, avec lequel les organisateurs aimeraient pouvoir s'entretenir.


