[L'édito de Pierrot Dupuy] Volcan : Un petit tour et puis s’en va

Notre bon Piton de la Fournaise a repris du service mardi matin, vers 6 heures et en fin de journée, il rendait déjà l’âme.
Ce ne devrait être que partie remise, sachant que l’on a droit à deux ou trois éruptions par an en moyenne.
Pourquoi est-ce que je vous parle de lui ce matin ? Tout simplement parce que, nous Réunionnais, nous avons tellement l’habitude des sautes d’humeur de notre volcan que nous n’avons plus du tout conscience de l’atout extraordinaire que nous avons la chance d’avoir pour notre tourisme.
En déplacement à l’étranger il y a quelques jours, j’ai pu voir les yeux de mes interlocuteurs briller dès qu’on leur a évoqué une éruption qu’on annonçait déjà comme imminente.
Or, au lieu de le valoriser, j’ai le sentiment que l’on régresse. Sans vouloir jouer les anciens combattants, je ne peux m’empêcher de me remémorer ces longues files de Réunionnais qui serpentaient dans l’enclos pour aller jusqu’au pied des cratères qui venaient d’émerger du sol.
Tous les soirs, c’étaient des milliers de Réunionnais qui allaient comme ça à quelques mètres de la lave en fusion, jusqu’à la limite de ce que la température le leur permettait.
Qui ne se souvient, parmi les plus anciens d’entre nous, de ces cendriers qu’on confectionnait en trempant une branche d’arbre dans la lave ?
Et tout cela sans véritable drame. Jusqu’à cet accident fatal à un étudiant qui a vu le sol se dérober sous ses pieds en août 2003 et qui est à moitié tombé dans la lave en fusion.
C’est là que tout a basculé. De ce jour, les préfets qui se sont succédé ont tous ouvert le parapluie, interdisant aux Réunionnais –et aux touristes- d’accéder à l’enclos dès que l’éruption se faisait imminente.
Il s’agit ni plus ni moins que d’une confiscation inacceptable d’un patrimoine essentiel de la Réunion.
Pendant ce temps-là, les mêmes hauts fonctionnaires –et les touristes qui en ont les moyens- ne se privent pas d’aller admirer les éruptions au plus près, en hélicoptère. Creusant du même coup le fossé entre tourisme de riches et tourisme de pauvres…
Je sais que l’IRT travaille sur des solutions. Mais ça fait des années qu’on en parle et comme sœur Anne, on ne voit toujours rien venir. Au moment où l’on parle d’un développement du tourisme dans l’ile, il est essentiel que tous les acteurs, et surtout l’Etat, mettent en place des initiatives qui permettent aux Réunionnais de se réapproprier leur volcan.


