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Le problème budgétaire de l'université interpelle l'ensemble des Réunionnais, les politiques au premier rang

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 12 avril 2013 à 10H57

5,4 millions font défaut au budget de notre université. Son président rameute le ban et l’arrière-ban de ses amis, pour manifester contre le gouvernement, « mauvais payeur », pour qu’il abonde sa dotation de ce montant. Elus, étudiants, syndicats se mobilisent.

Ce trou de 5,4 millions serait le résultat d’une dotation insuffisante de l’Etat pour payer les salaires. Cette insuffisance, dans une manifestation du Tampon, est devenue une diminution. Il n’y a pas eu de diminution de la dotation de l’Etat. Ladite dotation a couvert la masse salariale prise en charge en 2012. Et elle a augmenté de 1, 2 million en 2013. Mais entre temps, le président a pas mal recruté (dans des conditions contestables bien souvent),  augmentant ainsi l’enveloppe de la charge de l’établissement sous cette rubrique. Dans le cadre de l’autonomie qu’il a réclamée, du RCE, il a procédé à cette augmentation de la masse salariale sous sa propre responsabilité. Mais cela, semble-t-il n’expliquerait pas tout.

Ce trou de 5,4 millions, par contre, ne peut pas venir de l’augmentation des charges de formation (ce qui est une des fonctions essentielles de l’université, avec la recherche). En effet, Madame Annie Duffaud, dans un « courrier des lecteurs » paru dans « Le Quotidien » écrit que «  l’offre de formation de notre établissement n’a connu aucune évolution significative depuis dix ans, en atteste un effectif stagnant à environ 12000 étudiants depuis 2005, et que dans le même temps de nombreux diplômes et l’IUFM ont disparu de l’Université ».

Si l’on ne peut pas sacrifier les salaires, il faudra continuer à diminuer l’offre de formation. Aujourd’hui, par exemple, l’Université n’assure plus des formations d’enseignants  dans des matières qu’elle proposait naguère. En conséquence, des jeunes Réunionnais qui auraient pu concourir ici ne peuvent plus le faire. Du coup, il faut faire appel à des enseignants venus de l’extérieur. Il en est de même pour d’autres filières de formation. Dans ces conditions, « la créolisation » devient plus difficile1.

L’autonomie voulue par l’actuel président, lui a donné des pouvoirs dont il fait un usage très personnel. C’est l’outil université de notre développement qui en pâtit. La qualité, les critères, les origines du recrutement échappent à tout contrôle. L’offre de formation se réduit au point que l’université risque de ne plus être le moteur d’émergence d’une élite intellectuelle et professionnelle locale, actrice, motivée, de l’évolution de l’île à la manière réunionnaise, vers plus de progrès, plus de modernité, plus de prospérité, plus d’ouverture. La diminution du recrutement réunionnais, fait encore que le rayonnement de notre île dans la communauté des peuples de la science, de la culture, de la recherche, ne sera plus réunionnais. Dans la grande tradition historique, l’université permet aux grandes intelligences internationales d’apporter leurs lumières partout à travers le monde. Et c’est bien volontiers que notre université doit accueillir de tels esprits. Mais rien ne l’empêche, si elle s’épanouit, de produire une de ces grandes intelligences internationales. L’esprit souffle où il veut, l’esprit n’a pas de frontières. Nous avons d’autant plus le droit à cette ambition, que l’Indianocéanie, dans le domaine des sciences dures, de l’anthropologie, de l’art, ont des richesses particulières à offrir et à partager. Je ne trouve pas judicieuse cette opposition d’une université régionale à une université nationale ; l’opposition d’une université réunionnaise à une université française. J’ai toujours pensé que l’université est un ascenseur pour les peuples qui en possèdent, pour contribuer à les élever au niveau international, avec toutes les retombées locales qui en résultent. Je n’ai jamais pensé que l’université à La Réunion devait nous renfermer sur nous-mêmes. Je n’ai pas fait le peu que j’ai fait pour  sa naissance et sa promotion, pour cela.

Notre communauté universitaire nourrit-elle ces ambitions ? N’est-elle pas encore dans l’attitude trop répandue de la dépendance, de la demande, du mimétisme, du complexe de « la goyave de France » ? L’affaire du budget semblerait le confirmer. Voilà un président qui vide son établissement de toute substance réunionnaise pour être « une université nationale » ; et qui demande au gouvernement central de combler le déficit qu’il a créé, pour cette besogne. Comment des étudiants, des enseignants, des personnels de l’administration peuvent-ils se mobiliser pour soutenir celle-ci ? Comment ces membres de la communauté universitaire peuvent-ils dire qu’il y a eu diminution de la dotation, alors que cette dotation a augmenté de 1, 2 million ? comment peuvent-ils soutenir une politique d’augmentation des dépenses par un recrutement d’éléments extérieurs au détriment de Réunionnais souvent plus qualifiés ? Comment peuvent-ils soutenir la politique de diminution des formations qui tarit à la source de plus grandes possibilités de recruter des Réunionnais pour l’université ? Comment peuvent-ils soutenir une politique qui demande 5,4 millions à l’Etat, et qui, dans le même temps refuse toute contribution de la Région ? Comment peuvent-ils soutenir une politique suicidaire d’une université réunionnaise ouverte sur le monde ?

Et nos politiques ? nourrissent-ils l’ambition que j’ai dite pour notre université ? Ils sont encore dans les querelles politiciennes de mainmise partisane. Certains en sont encore à se solidariser avec le président de l’université, l’auteur d’une politique désastreuse, par solidarité avec le parti qui le soutient à Paris. Plutôt que de défendre et de promouvoir la cause des Réunionnais auprès de la direction parisienne de leur parti, ils préfèrent soutenir les choix et les directives de la direction parisienne qui ne peut pas connaître la situation locale, à dix milles kilomètres. Comment, par ailleurs, la Région peut-elle accepter que l’université, par caprice de son président, refuse de collaborer avec elle, sans réagir, sans donner des explications ?  L’université est libre, sans doute, mais où est la recherche du service de l’intérêt général ? Voilà un président qui mobilise tout le monde parce que l’Etat ne couvre pas le déficit qu’il a créé ; mais qui refuse tout subside en provenance de la Région.
Et les électeurs-souverains, où sont-ils ? Malgré les enjeux importants dont nous avons pointé quelques-uns seulement, les électeurs-souverains sont dans l’indifférence totale. Ils ne sont pas là avec ça. Mais c’est ainsi que n’importe qui venant de n’importe où peut faire ici n’importe quoi.

Journal de Paul Hoarau

 

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