Le Port : petit trafic de cannabis et de cocaïne en famille

Un couple et deux frères écopent de peines de prison avec sursis pour avoir dealé de la résine de cannabis et de la cocaïne au Port.
Le 19 janvier dernier, plusieurs jeunes gens tuent le temps en consommant de l'alcool au coin d'une rue de la cité portuaire. Une patrouille de police décide de les contrôler. C'est ainsi qu'ils interpellent Gildas C-B, 25 ans. En possession d'une boulette d'herbe, de quelques grammes de poudre et de 1.500 euros en cash, il se retrouve en garde à vue. Une perquisition menée à son domicile mène à l'arrestation de sa compagne avec la découverte d'un sac contenant de l'herbe, d'olives de cannabis et de 9 pochons de cocaïne.
La jeune femme de 24 ans reconnaît sans difficulté qu'elle lui donne la main pour confectionner les doses de résine de cannabis et les pochons de cocaïne d'un demi gramme, respectivement revendus au prix de 20 et 75 euros pièce. Selon elle, leur petit trafic dure depuis le mois de juin dernier et leur aurait rapporté environ 4.000 euros. Le couple a ainsi financé une partie d'un récent voyage organisé en Asie. Gildas C-B. rechigne à se mettre à table avant de valider peu ou prou les aveux de sa compagne.
“Je l'ai fait par amour”
Le couple livre au passage le nom de leur fournisseur. Les policiers déboulent au domicile de Gianny H. Il n'est pas là mais son frère Florent H. est bien présent. Manque de chance pour ce dernier, il est porteur de 13 bonbonnes de cocaïne. Au domicile des frères, ils mettent la main sur des balances de précision et des cartouches de calibre 12. En garde à vue, le jeune homme se justifie en parlant d'une consommation personnelle de 6 grammes par semaine en moyenne, financée par ses ventes auprès de 20 à 30 clients.
Son frère Florent finit par se livrer. Lui aussi évoque “une consommation personnelle”. Par contre, il réfute toute implication dans le trafic même si les autres le mettent en cause. Y compris son propre frère.
A la barre du tribunal, la compagne de Gildas C-B. confirme ses aveux au moyen d'un petit oui. Le président Dufour cherche à savoir pourquoi elle l'a aidé. “Je l'ai fait parce qu'il me l'a demandé.” “En dépit de la peine encourue...”, insiste le magistrat. “Je l'ai fait par amour”, lâche-t-elle.
“C'était pour faire plaisir aux clients qui semblaient heureux”
Alors que le président l'interroge sur l'argent que le trafic a rapporté, Gildas C-B. prend les devants en minimisant le coût des vacances en Malaisie, parlant “de chambres d'hôtel à 10 ou 20 euros”. “On s'est privé sur notre ARE (Aide au retour à l'emploi)”, indique-t-il. Et de préciser : “Je ne ressentais pas ça comme un trafic. C'était pour faire plaisir aux clients qui semblaient heureux…”
Comme pour se dédouaner, Gildas C-B. indique qu'il coupait et recoupait la cocaïne. “A force de recouper, il n'y avait presque plus de drogue dedans”, précise-t-il. Ainsi, il revendait parfois moins cher, jusqu'à 50 euros le demi gramme. Peu convaincu par leurs explications, la substitut du procureur requiert deux ans de prison dont un avec sursis probatoire à l'encontre de Gildas C-B. et 18 mois de sursis simple pour sa compagne. Elle envisage la même peine pour les frères H. Soit trois ans de prison dont dix-huit mois avec sursis probatoire.
“Comme tout le monde au Port… Ils trafiquent”
Une avocate met les pieds dans le plat en soutenant que “les grossistes sont des Mahorais du Port qui sont eux-mêmes des intermédiaires”. Une manière de relativiser la place des prévenus dans le trafic. Me Nicolas Normand note “la faiblesse des quantités de drogue saisies”. Il demande ainsi aux juges de “leur éviter d'aller à Domenjod”.
Me Catherine Moissonnier, pour le couple, fait des comptes d'apothicaire, égrenant les quantités saisies au gramme près. Et puis elle minimise leur implication en prenant un étonnant raccourci. “Ce sont des gens qui font un peu comme tout le monde au Port… Ils trafiquent”, lâche-t-elle. Tous espèrent finalement de simples peines avec un sursis probatoire.
Après en avoir délibéré, le tribunal condamne les quatre prévenus à dix-huit mois de prison avec sursis probatoire pendant deux ans pour les hommes qui devront recevoir des soins et trouver un travail. Seule la femme écope d'un sursis simple.


