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Le livreur de zamal de Bertrand De Boisvilliers reste en liberté

Ecrit par Eric Lainé – le mercredi 28 mai 2025 à 15H47
Les trafiquants avaient été pris en flagrant délit au port de Sainte-Marie (Photo d'illustration : © Pierre Marchal - Anakao Press)

Ce mercredi 28 mai, la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Saint-Denis a confirmé le maintien sous contrôle judiciaire du livreur de zamal de Bertrand De Boisvilliers, toujours incarcéré quant à lui à Domenjod. Le parquet a donc fait appel en vain de la décision des juges de ne pas placer ce second couteau en détention provisoire comme requis au moment de son déferrement, le 6 mai dernier.

Il a fait partie d'une deuxième vague d'interpellations après la mise en examen et le placement en détention provisoire de Bertrand De Boisvilliers, pris en flagrant délit d'exportation de produits stupéfiants à destination de l'île Maurice au début du mois d'avril. Le 6 mai dernier, Saïd M. était mis en examen et placé sous contrôle judiciaire, lui aussi impliqué dans le vaste trafic de zamal démantelé par les gendarmes de l'OFAST et de la SR de Saint-Denis.

L'homme, chauffeur-livreur de profession, est soupçonné d'avoir acheminé les 15 sacs contenant 147 kilos de zamal et 300 grammes de résine de cannabis pour les remettre à Bertrand De Boisvilliers, ex-directeur de cabinet du maire de Sainte-Suzanne. Pour prix de ses efforts et du risque encouru, Saïd M. aurait dû recevoir 2 000 euros. Une somme rondelette destinée à arrondir les fins de mois difficiles du smicard et dont il n'a pas vu la couleur, selon ses dires.

Pour quelques centaines d'euros

Dans la soirée du jeudi 4 avril, la précieuse cargaison, estimée à environ 4 millions d'euros à la revente, avait pris le chemin du port de Sainte-Marie où le bateau du directeur de cabinet de Maurice Gironcel était amarré de manière habituelle. Bertrand De Boisvilliers et un complice de 26 ans, Yann H., avaient alors entrepris de charger la drogue à bord de l'Abyss pour rejoindre un speedboat mauricien en mer afin de procéder au transfert. Mais les deux hommes n'en avaient pas eu le loisir puisque les gendarmes les avaient interceptés à quai.

L'enquête ouverte depuis des mois mettait ainsi fin à un juteux trafic de belle ampleur entre les deux îles, entamé dans le courant de l'année 2023. Les protagonistes de l'affaire n'en étaient pas à leur coup d'essai. Saïd le livreur a d'ailleurs admis avoir effectué d'autres livraisons pour le compte du propriétaire de l'Abyss après avoir été mis en relation début 2024 par Laurent M., un autre maillon essentiel du réseau. Il aurait touché à l'occasion de chacune de ses livraisons quelques centaines d'euros. Pas plus de 300 euros, selon ses dires.

Un tuyau des Mauriciens

L'entrée de Bertrand De Boisvilliers dans ce trafic déjà existant remonte à la fin de l'année 2023. Il est sollicité par un membre du réseau pour exfiltrer des mauriciens qui se sont échoués à La Réunion dans le courant de l'hiver austral. Le directeur de cabinet de Maurice Gironcel ne se contente pas d'aider les naufragés, il accepte de convoyer du zamal par la même occasion. Mais il ne se retrouve dans les radars des gendarmes réunionnais qu'en novembre 2024, à la suite d'un tuyau fourni par les autorités mauriciennes. A l'époque, les forces de l'ordre de l'île soeur viennent d'intercepter un speedboat transportant 96 kilos de zamal mais aussi des armes en provenance de La Réunion.

Le lien est fait localement avec Bertrand de Boisvilliers et son bateau. Planques, téléphonie, filatures… Plusieurs complices sont identifiés au prix “de surveillances fines” puisque les trafiquants ont recours à des messageries cryptées pour éviter de laisser des traces. Parmi eux : Laurent M., agent de sécurité incendie au GHER de Saint-Benoît, et Guito L., employé à la Région Réunion., et Yann H., le porteur de sacs arrêté sur le port en compagnie du directeur de cabinet. Tous sont en prison aujourd'hui mais pas le livreur.

“Un rôle ponctuel et résiduel”

Le juge des libertés et de la détention avait décidé de le laisser libre sous contrôle judiciaire à l'issue de sa mise en examen pour exportation en bande organisée de produits stupéfiants et participation à une association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un crime. Le parquet ayant finalement fait appel de la décision, le livreur s'est retrouvé à la barre de la chambre de l'instruction. Il a manifesté des regrets après que son avocate a souligné son “rôle ponctuel et résiduel de simple transporteur”. Les magistrats ont finalement confirmé son placement sous contrôle judiciaire, estimant sans doute que la demande d'incarcération de ce second couteau arrivait un peu tard.

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