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Le forcené de Saint-Leu avait menacé sa femme « de lui envoyer des amis tchétchènes »

Le procès en comparution immédiate du forcené de Saint-Leu s’est déroulé hier au tribunal de Saint-Pierre. Le procès a permis de comprendre comment le trentenaire en est arrivé à ce passage à l’acte. Loin du portrait qui était fait de lui, ce procès symbolise avant tout la descente aux enfers où peut mener l’alcoolisme. Il a été condamné à deux ans de prison avec sursis.

Ecrit par G.D. – le mardi 19 juillet 2022 à 11H12

Pratiquement toujours protagoniste, mais jamais condamné, l’alcool était de nouveau présent à la barre du tribunal de Saint-Pierre. Cette fois, c’est Julien* qui s’est retrouvé guidé au palais de justice par son addiction pour des faits qui auraient pu engendrer une autre procédure. Comme souvent, l’homme de 37 ans pensait arriver à gérer sa consommation, alors qu’il avait déjà perdu le contrôle.

Il y a quelques années, alors que sa femme et lui attendaient l’arrivée d’une fille, une fausse-couche à quelques semaines du terme va faire passer le couple du bonheur à la détresse. Sans aucun accompagnement psychologique, Julien va lentement tomber en dépression et se retrouver aspiré dans la spirale négative de la bouteille. Malgré la naissance de leur fils, le mal-être ne va pas quitter Julien qui se retrouve en arrêt maladie longue durée.

Face à cette situation et bien décidée à faire changer les choses, la femme de Julien va le pousser à rentrer en cure de désintoxication. Après 15 jours de cure, il ressort le 8 juillet dernier. Il ne faudra que quelques jours avant qu’il reprenne un verre, mais cette fois associé à son traitement contre son addiction. Au total, il prend 4 médicaments aux effets potentiellement psychotropes, auxquels il va rajouter un peu de zamal.

La menace de séparation le fait vriller

Le découvrant saoul seulement cinq jours après sa sortie de l’hôpital, sa femme va quitter le domicile en prenant leur enfant. Dans un état second, il va alors la menacer, notamment « de lui envoyer des amis tchétchènes » s’il ne voit pas son fils. Des menaces qu’il va répéter le lendemain, poussant sa femme à déposer plainte dans l’espoir de provoquer un électrochoc. Malheureusement, ce n’est pas l’effet attendu qui s’est produit.

Samedi dernier, Julien est encore alcoolisé en début d’après-midi. Face à la situation, sa femme décide d’appeler les ambulanciers pour l’amener à l’hôpital. Voyant les soignants débarquer chez lui au Plate Saint-Leu, le trentenaire va d’abord se munir de gants de boxe et de protège-tibias pour en découdre. Face aux refus des deux ambulanciers de partir, il va alors se saisir d’un arc et tirer une flèche depuis la fenêtre. Celle-ci ira s’encastrer dans le débarras de sa voisine.

Les ambulanciers vont alors appeler les gendarmes pendant que le père de famille va s’enfermer chez lui en menaçant tout le monde. Une cinquantaine de personnes va être mobilisée pour l’intervention, dont le GIGN. Finalement, il finira par se rendre au bout de plusieurs heures.

« Je me sentais agressé qu’on vienne me chercher chez moi. Je voulais qu’ils partent. Je voulais leur faire peur pour qu’ils partent. Je regrette. Je suis désolé, » assure Julien en pleurs à la barre du tribunal. Entre phases de somnolence et trou de mémoire, il explique avoir des souvenirs flous des évènements. « Les évènements de ces derniers jours m’ont fait un électrochoc », jure-t-il à la barre.

Venue le soutenir, son épouse s’est également exprimée face aux juges. Elle regrette que son séjour à l’hôpital n’ait traité que l’addiction physique. « En cure, il n’y a eu aucun suivi psychologique. C’est de ça que mon mari a besoin », soutient-elle avant de promettre de continuer à être là pour lui.

Une problématique psychiatrique

Des promesses du couple qui n’attendrissent pas la procureure, qui ne croit pas que le prévenu réalise le mal qu’il a fait autour de lui. « Il tourne le dossier comme il l’entend. Il est tellement tourné sur lui-même. Il s’est excusé mais il n’est pas en capacité de comprendre la gravité des faits sur les autres, du choc psychologique pour les ambulanciers« , souligne la parquetière avant de requérir 2 ans de prison avec sursis.

De son côté, Me Nicolas Dyall regrette que les ambulanciers n’aient pas compris le signal lorsque son client s’est montré devant eux avec ses gants de boxe.

« Si je vois quelqu’un arriver avec ses gants de boxe et me menacer, je n’insiste pas« , argumente-t-il. Surtout, l’avocat va axer sa plaidoirie sur l’aspect psychiatrique du dossier.

« Nous sommes sur une problématique psychiatrique. Il a un suivi médical où il prend un traitement de 4 médicaments, dont on ne sait pas s’ils sont compatibles. Normalement, on aurait dû avoir l’intervention d’un expert. Lorsqu’il a perdu son enfant, il n’a pas réalisé qu’il avait besoin d’aide et a lentement glissé dans son addiction. Il a avant tout besoin d’un traitement« , plaide la défense.

Le tribunal va suivre les réquisitions du ministère public et le condamner à deux ans de prison avec sursis. Il a également une obligation de soins pour addiction à l’alcool, doit rembourser les sommes dues au Trésor public. Enfin, il a interdiction de détenir et de porter une arme pendant deux ans. Les dédommagements pour les victimes seront décidés lors d’une audience sur intérêts civils qui se déroulera ultérieurement.

*Prénom d’emprunt

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