Le billet d'humeur Mohamed Aït-Aarab : "Les ministres m’ont tuer"

Mes jours sont comptés. Je sais que je n’en ai plus pour longtemps et je ne voulais pas partir sans vous dire ce que j’avais sur le cœur.
Je vais disparaître, non pas victime de mon grand âge, mais parce que, depuis plusieurs décennies, je suis étranglé, lentement mais sûrement, lentement et méticuleusement par des bourreaux dont vous connaissez tous les noms. Comme dans les romans policiers d’Agatha Christie, il n’y a pas UN mais PLUSIEURS coupables : Jean-François Mattéi, Philippe Douste Blazy, Xavier Bertrand, Roselyne Bachelot, Marisol Touraine, Agnès Buzyn et Olivier Véran.
Vous me direz qu’ils et elles ne sont que les exécutants d’ordres venus d’ailleurs. Certes, mais ils ont accepté de faire le sale boulot.
Le « numerus clausus » m’a privé des forces vives qui me permettaient d’agir au jour le jour. Si j’en crois la Fédération Hospitalière de France qui veille sur mon état de santé, il faudrait aujourd’hui, immédiatement, sur le champ, embaucher 25.000 soignants rien que pour combler les postes vacants.
La T2A (tarification à l’acte instaurée en 2004) a vidé mon porte-monnaie. Je crie famine dès le début de chaque mois.
Déserts médicaux, fermeture d’hôpitaux, manque de personnel à tous les niveaux, salaires dérisoires en comparaison du travail demandé et des sacrifices consentis, etc. J’agonise dans l’indifférence générale. Car le constat que je viens de dresser est connu de tous nos gouvernants. Depuis des lustres. Et rien n’a été fait !
Le ”Ségur de la Santé” ? Vaste entreprise de communication et d’enfumage.
Pourtant, face à cette crise protéiforme (perte de sens, anémie financière, perturbation managériale, structurelle, organisationnelle), des solutions existent. En 2019, l’Académie Nationale de Médecine présidée par le professeur Francis Michot avait, dans un rapport, listé les solutions de bon sens à mettre en œuvre pour mettre fin au dévoiement de la mission fondamentale de l’hôpital public qui est (dois-je le rappeler ?) : soigner le patient. Avant de songer à la gestion purement comptable.
Pour cela, l’Académie de Médecine préconisait
- des augmentations substantielles de salaires (et non pas des primes en trompe-l’oeil ;
- des recrutements conséquents d’infirmiers, de médecins, d’aides-soignants ;
- une direction bicéphale (un directeur médical et un directeur administratif) dans les hôpitaux et un triumvirat dans les C.H.U. (aux deux déjà mentionnés s’ajouterait un directeur en charge de la recherche)
Ces recommandations ont le mérite de redonner aux soignants la place qui doit être la leur dans des lieux où la prise en charge et le soin de l’autre sont les piliers de l’action quotidienne. Conformément au serment d’Hippocrate.
Mais le désire-t-on en haut lieu ?
La crise COVID m’enlève mes dernières forces. Loin d’être la cause de ma disparition, elle n’en est que le révélateur. La fin n’est plus très loin.
Adieu mes amis !
L’hôpital public


