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Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab

Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le lundi 23 février 2026 à 10H50

Avez-vous remarqué que, depuis le 20 janvier 2025, nous sommes fascinés – au sens étymologique du mot, c'est-à-dire soumis à une domination – par la parole performative d’un homme. Il monopolise quotidiennement la médiasphère internationale, passant d’une chaîne d’information continue à un réseau social, multipliant les prises de parole, accaparant l’attention.

Comme le serpent Kaa du Livre de la jungle, il nous hypnotise. Et nous attendons chaque matin une nouvelle déclaration à l’emporte-pièce, une apostrophe brutale ou de nouveaux propos plus nauséabonds que ceux de la veille. Car nous n’avons qu’une question en tête : qu’a-t-il dit ? qu’a-t-il annoncé ? que va-t-il faire ?

Cette stratégie lui permet d’occuper le terrain médiatique, de ne pas nous laisser reprendre nos esprits, de bloquer toute réflexion. Le temps long nécessaire à la délibération, à l’émergence d’une pensée critique, est systématiquement kidnappé par une nouvelle déclaration qui écrase, fait disparaître la précédente avant même que nous ayons eu le temps de la moindre analyse.

Cette stratégie habile, voire machiavélique, Donald Trump (puisque c’est de lui qu’il s’agit) ne l’a pas inventée. Il l’a empruntée à Steve Bannon qui fut son éphémère conseiller stratégique de janvier à août 2017.

Vérités alternatives

Bannon avait échafaudée la théorie dite « Flood the zone » (inonder la zone). Certains commentateurs politiques ont une formule plus triviale (où il est question de “shit”) que je vous épargnerai. « Inonder la zone », cela signifie très concrètement déverser sur les médias et réseaux sociaux un flot ininterrompu de décisions, d’informations, de commentaires… afin d’empêcher notamment la vérification des faits. Se met ainsi en place le règne des vérités dites alternatives dont nous savons, depuis George Orwell, l’usage qu’en font les dictatures.

Mais « inonder la zone » participe également d’une certaine philosophie de l’histoire. En bon idéologue nourri des écrits de René Guénon et de Samuel Huntington, Steve Banon est partisan d’une guerre des civilisations. Contre l’Islam. Contre la Chine. Contre l’Union européenne. Et cette guerre est déjà présente, par les mots et les images. Quotidiennement, elle nous harcèle par l’intermédiaire des multiples écrans qui nous entourent. Chaque mot entendu, chaque image vue pèse sur notre inconscient et nous sortons épuisés, lessivés par ce torrent de violence ininterrompue.

Que faire ?        

L’humanité connaît le remède depuis au moins 1450.

Alors ce week-end, n’hésitez pas. Éteignez vos écrans anxiogènes. Prenez rendez-vous avec Axel Gauvin ou Victor Hugo, Jean-François Samlong ou Gustave Flaubert, Daniel Honoré ou Birago Diop, Patrice Treuthardt ou Jacques Roumain.

« Une heure de lecture est le souverain remède contre les dégoûts de la vie. » (Montesquieu)

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

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