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L'affaire Moussajee

Ecrit par zinfos974 – le lundi 17 septembre 2012 à 09H48

Deux jeunes frères, Salim et Yassine MOUSSAJEE, encouragés par les politiques et aidés par des dispositifs de création d’entreprises, se lancent dans une affaire d’importation et de vente de pneus, batteries et huiles, avec 800 FF (huit cents) en poche, en 1999.
En 2006, ils sont gérants de cinq sociétés en développement rapide, la MDOI, Propneu Plus, Distriprom, Monsieur Pneu, PSA . Ils occupent la deuxième place dans la filière, avec 20% de part de marché et emploient 45 salariés.

Les cinq sociétés dégagent ensemble un excédent brut d’exploitation de 596 000 €. Elles sont officiellement reconnues VIABLES par le Tribunal arbitral dans sa  séance du 30 décembre 2008. Ils ont de plus en plus de commandes de clients de plus en plus importants. Ils bénéficient de la garantie de 50% accordée par la SOFARIS sur tous les emprunts qu’ils contractent. Mais ils limitent les appels à la banque, travaillent beaucoup en autofinancement. Pour plus de 6 millions de chiffre d’affaires, ils bénéficient d’une autorisation de découvert de 10 000 €.

Bref, les frères MOUSSAJEE ont le vent en poupe, leurs affaires vont bien. Ils sont peut-être en passe de devenir leader dans leur secteur. Ils ont 31 ans.

Mais l’autofinancement a des limites. Ils ont autofinancé plus d’un millions d’euros. Et ils commencent à éprouver des difficultés de trésoreries. La rançon du succès ? Ils décident alors de mettre en place plusieurs emprunts. Ils ont du répondant, ils bénéficient de la garantie de la SOFARIS qui couvre 50% des risques. Ils peuvent apporter des cautions sûres. La banque leur refuse les crédits et décide d’expulser toutes les sociétés. Le 3 juillet 2006, elle leur donne un délai de 60 jours pour couvrir un découvert de 276 000 €, et pour quitter la banque. C’est la stupéfaction, l’incrédulité, l’incompréhension.

C’est alors qu’intervient un « sauveur », le patron d’une grosse entreprise du secteur de l’automobile, concernée par le marché des pneus, des batteries et des huiles.

Après plusieurs propositions - nous passerons sur les détails - pour renouer des relations avec la banque, sans succès,  les frères MOUSSAJEE  proposent, en désespoir de cause, le rachat de 70% de l’ensemble de leurs sociétés par leur sauveur. La banque accepte alors de prolonger le délai de son ultimatum au 25 octobre, et des contacts sont pris avec « le sauveur »

Le 23 octobre, deux jours avant l’échéance, ils ont rendez-vous pour signer le contrat de vente de leurs sociétés. Découvrant les documents pour la première fois, ils demandent à leurs interlocuteurs de les leur communiquer pour qu’ils puissent les examiner et consulter leur conseil. Il leur est répondu que cela n’est pas possible, qu’ils doivent signer sur-le-champ : «  c’est à prendre ou à laisser. Ou vous signez maintenant, ou notre offre ne tient plus. » Le couteau sous la gorge, les frères MOUSSAJEE signent.

Ils n’auront un exemplaire du contrat entre leurs mains, que le 26 décembre 2006, pour découvrir qu’ils avaient signé l’autorisation à leur « sauveur » de faire ce qu’il voulait dans leurs entreprises, les comptes, les stocks, les magasins, sans leur participation. Il serait trop long de développer ce qui s’est passé, dans le détail. Le prix des sociétés est dévalué. Les 70% de la valeur (même dévaluée) des sociétés, le prix d’un terrain mis en vente, ne sont pas réglés aux frères MOUSSAJEE, mais à la MDOI que le sauveur envisage d’acheter. Les MOUSSAJEE ne toucheront pas un seul centime en mains propres. Enfin, une clause de non concurrence sur la zone sud de l’Océan indien, pour une durée de quatre ans, leur est infligée. Ils sont ruinés, chômeurs et finissent par émarger au RMI. Ils doivent, en outre, entamer des procès pour essayer de récupérer leur dû. Ils s’agitent, tentent d’alerter l’opinion.

Ils organisent une campagne active contre ceux qui les ont piégés. Personnellement, je leur demande de ne pas user de termes violents, comme ils le font, contre leurs interlocuteurs. Je n’approuve pas, mais je comprends, qu’à la violence des coups qu’ils reçoivent, ils répondent par une violence verbale. Ils écopent de procès en diffamation.

Les sentences des tribunaux qui leur sont favorables ne sont pas exécutées ou sont remises en cause par les parties adverses. Les procès au pénal qu’ils ont introduits, n’avancent pas. Ils sont paralysés dans un maillage de procédures qui n’en finissent pas.

Tout à fait légitimement, ils reprennent des activités, ouvrent de nouveaux magasins, créent douze emplois. Le succès est au rendez-vous. Ils retrouvent des clients. C’est le moyen qu’ils ont trouvé de faire face aux dépenses engagées qu’entraînent les procès. Mais ils se heurtent de nouveau à de nouveaux barrages.

Le monde des affaires n’est pas tendre. Mais il faut quand même respecter des règles et ne pas dépasser certaines limites. Sans règles et sans limites, nous ne sommes plus dans une société civilisée.

La Réunion qui se pose en modèle du « vivre ensemble », doit faire comprendre à ceux qu’elle accueille volontiers, qu’en retour, ils doivent respecter l’esprit et la pratique de ce « vivre ensemble » de son peuple.

S’il est avéré que ces deux jeunes entrepreneurs sont honnêtes, dynamiques, scrupuleux dans leur gestion ; qu’ils ont réussi, et que leurs entreprises étaient viables, ils méritent le soutien de notre société tout entière. Il est inutile de vanter les mérites et les avantages des PME, si au moindre assaut  contre l’une d’entre elles, nous l’abandonnons à la rapacité de prédateurs.

Les choses seraient différentes si les frères MOUSSAJEE et les entreprises qu’ils ont créées, ne réunissaient pas les qualités que je viens d’énumérer ; ou s’ils avaient conclu avec leur « sauveur », volontairement, un contrat d’association honnête et respectable. Mais cela n’apparaît nulle part dans le dossier.

La judiciarisation de cette affaire, avec ses procédures formelles, longues et coûteuses, est un moyen de démolir les MOUSSAJEE en s’attaquant au porte-monnaie. Les asphyxier en coulant les nouvelles entreprises qu’ils ont ouvertes fait partie de cette stratégie.

Ceci étant dit, et à moins de faits nouveaux qui démontreraient que les frères MOUSSAJEE sont des escrocs et des incapables, nous assistons à une tentative de mise à mort en règle, d’une entreprise viable, par des puissants qui non seulement ne jouent pas le jeu de la concurrence loyale, mais qui, en plus, ne supportent pas de concurrents.

Les banques, les juges, les organisations professionnelles, les communautés religieuses et les sociétés philosophiques, chaque Réunionnaise et chaque Réunionnais doivent empêcher la mise à mort de ces deux jeunes entrepreneurs de chez nous, qui ne le méritent pas. Leurs droits doivent être reconnus et leur dû , acquitté ; leurs entreprises doivent être soutenues.

Le droit étant appliqué au service de la justice, les antagonistes s’affrontant en se respectant réciproquement, les imprécations vaines cesseront, les instincts primaires de domination mortifère seront maîtrisés et les peurs qui se parent des vertus de la prudence s’évanouiront.
Nous devons laisser de côté ce qui a été dit et fait en dehors de l’essentiel. Nous devons concentrer nos réflexions et nos énergies sur cet essentiel : rétablir les droits des frères MOUSSAJEE, régler ce qui leur est dû, et les appuyer dans leur remontée qui ne manque pas de courage, ni de panache.  

La peine de mort n’est pas seulement un cou tranché, mais aussi une vie brisée ; elle est intolérable.

Paul Hoarau

 

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