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La parole des Réunionnais "bâillonnée" judiciairement

Ecrit par zinfos974 – le jeudi 21 février 2019 à 18H50

Nous soussignés, acteurs de la société civile,

Citoyens réunionnais, membres de LAPLL (Lantant Pou Lanplwa Lokal) protestons contre la mise en examen de nos camarades Eric NAMINZO, porte-parole de LAPLL, Ghislaine BESSIERE, Présidente de l’association Rasine KAF, Philippe BESSIERE , Historien, membre de l’association Rasine KAF signataires du courrier, nommé « Halte à la tyrannie », en date du 17 octobre 2016 ainsi que Jean CLAIN, signataire d’un autre courrier adressé à la presse intitulé « lettre ouverte à Virginie  Chaillou-Atrous -« la Nantaise » le 14 octobre 2016…. Il est reproché à nos camarades d’avoir tenu dans ces courriers des « propos qui tombent sous le coup de la loi ».

C’est dans le cadre du remplacement de Sudel Fuma à l’Université de La Réunion que diverses associations se sont exprimées sur la question du recrutement et des vices de procédure dudit recrutement. Vices de procédure d’ailleurs condamnés par le Tribunal administratif de La Réunion qui n’a pu que constater l’irrégularité de la procédure de la tentative de son recrutement par ses amis de l’Université.
 
Ces mises en examen ciblées, sur plainte de Mme CHAILLOU-ATROUS, candidate au poste à l’université de La Réunion nous questionnent sur la place que nous membres de la société civile avons dans les débats qui secouent et vont secouer la société réunionnaise. Cela nous questionne sur la place laissée aux opinions divergentes, à la prise de parole,  à la liberté d’expression. Quoi ?  «  Charlie »  ne serait-il pas Réunionnais ?
 
On tenterait de nous dire que Le mot « zorèy » est une insulte. Le langage des Réunionnais, notre créole est-t-il condamnable ? Car c'est bien notre expression qui aujourd’hui vaut à certains d’entre nous une mise en examen. Il y aura-t-il mise en accusation bientôt de l’île entière ?

Loin de la position de victimisation, nous prenons le parti de la demande solennelle et de l’interpellation :
 
Que nous restera-t-il à nous, société civile réunionnaise, si avoir une opinion devient un délit ? Que nous restera-t-il, à nous citoyens, si le pouvoir de dire non est conditionné ? Si la critique  trop véhémente devient judiciarisé ? Que nous restera-t-il si nos bouches prêtes à dire notre indignité sont forcées au silence comme par le passé ?
 
Nous prenons très au sérieux et condamnons les propos à caractère raciste, les appels à la haine, nous prenons au sérieux la diffamation, l’invective.

Nos engagements faisant foi, nous nous sommes toujours  élevés contre la barbarie d’où qu’elle vienne.  Nous nous sommes battus contre la haine de l’autre, car nos mémoires sont pleines du sang versé de nos ancêtres qui ont eu à la subir. Mais il est un trésor que nous chérissons plus que tout : la liberté, et son expression, nous chérissons le droit d’avoir tort, pourvu que la contradiction soit autorisée.
 
En ces temps troubles de lutte, ces mises en examen ciblant certains membres de nos diverses associations pour un courrier collectif nous questionnent voire nous révoltent. La judiciarisation d’un droit de réponse nous interpelle.

Essayerait-t-on de nous imposer le silence ? De décrédibiliser notre mouvement ?
Car sans être complotistes, nous sommes forcés de constater que le droit au débat, à la lutte, se retrouve d’une certaine façon étranglé dans le pays ; (ainsi avec la  loi anti-casseur, le préfet pourra décider de qui manifeste ou pas ). Ces mises en examen de nos camarades ne tendraient-elle pas à montrer l’instauration d’une liberté d’expression à géométrie variable ?
 
Alors que le président de la république court les territoires en quête de débat, en quête de la parole du peuple, nous citoyens réunionnais, demandons solennellement : qui tiendra nos bouches pour qu’en sorte une parole convenable et acceptable ?
 
Devons-nous nous attendre à un procès politique ? C'est une question très grave que nous posons et c'est avec frayeur que nous envisageons ce qu’elle implique pour nous et pour la démocratie que nous chérissons.
 
Pourvu que nous ayons tort.

 

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