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La fin des 35h ?

Combien de temps va tenir le gouvernement de Michel Barnier ? Environ un an, disent nombre de politologues.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 3 octobre 2024 à 18H23

 

Il est vrai qu’ils ont des arguments. Selon eux, Michel Barnier ne restera à Matignon que tant que Marine Le Pen le décidera. La patronne du Rassemblement national sait que si, au lieu de s’abstenir comme elle envisage de le faire, elle se décidait de joindre ses voix à celles de la Gauche, le gouvernement tomberait immédiatement. Ce qui fait dire aux observateurs qu’elle détient un pouvoir de vie ou de mort sur le gouvernement de Michel Barnier.

Heureusement pour le Premier ministre, elle estime, pour le moment, que sa priorité va à la réorganisation de son parti et qu’elle a besoin de temps pour cela. Environ un an.

Les dernières élections législatives ont montré que nombre de ses candidats n’avaient pas vraiment le niveau ou, pire encore, qu’ils trainaient derrière eux de vilaines casseroles. Comme par exemple des batteries de propos antisémites publiés sur X, anciennement Twitter. Ou de vilaines condamnations, savamment dissimulées. Il lui faut donc du temps pour trouver des remplaçants crédibles, dans l’hypothèse d’élections anticipées.

Or, ça tombe, bien, la Constitution interdit au président de la République de dissoudre une deuxième fois dans le délai d’un an. Tout allait donc pour le mieux pour le RN. Et la chute de Michel Barnier pouvait attendre jusque-là.

Sauf que les choses pourraient s’accélérer et le mal, cette fois, pourrait venir de l’intérieur même de la coalition réunie autour du Premier ministre.

Hier, Stella Dupont, représentante de "l'aile gauche" d’Ensemble Pour la République, le parti d’Emmanuel Macron, a annoncé sa démission et est partie rejoindre les non-inscrits. Pour se justifier, elle souligne ses "désaccords avec la ligne droitière du gouvernement" et "l'ambiguïté que le Premier ministre entretient avec le RN". Mais elle ne s’arrête pas en si bon chemin et annonce qu’elle est également prête à censurer le gouvernement. Au Parisien, elle pointe également un "désaccord avec EPR sur la question du partage de l’effort", à savoir le refus de la Macronie de voter toute "augmentation des impôts", en contradiction avec sa volonté de voir instaurer une meilleure justice fiscale et sociale.

Voilà donc le groupe présidé par Gabriel Attal réduit à 95 membres. Car avant Stella Dupont, il y avait eu au cours des trois derniers mois quatre autres départs, ceux de Sacha Houlié, Charlotte Parmentier-Lecoq, Xavier Roseren et Sophie Errante.

Mais, beaucoup plus grave, les désaccords se multiplient entre les députés macronistes et le gouvernement.

Dernier exemple en date, et pas le moindre, Gérald Darmanin a annoncé ce matin sur France Info qu’il ne voterait pas le budget en l’état car il est "inacceptable".

Rappelons pour mémoire que, sous la Vème République, fait partie de l’opposition tout député qui ne vote pas le budget. Ce geste n’est donc pas anodin.

Dans sa déclaration de politique générale à l’Assemblée, il y a deux jours, Michel Barnier avait annoncé son intention de ramener le déficit public à 5% en 2025 et à 3% à l'horizon 2029, après un dérapage attendu à 6,1% cette année. Pour y parvenir, il compte trouver 60 milliards d'euros dès l'année prochaine grâce notamment à une augmentation des impôts pour les ménages les plus aisés. Cela concernerait 0,3 % des ménages, ceux qui, sans enfant, touchent des revenus d’à peu près 500.000 euros par an. Une infime minorité, donc.

Il envisage également de taxer 300 multinationales dont le chiffre d'affaires égale ou dépasse un milliard d’euros. Le taux de leur impôt sur les sociétés serait rehaussé de 25% à 33,5%, son niveau d’avant 2017, pendant une durée d’un an.

Cette augmentation permettrait de récupérer huit milliards d’euros. Par ailleurs, l'impôt sur les rentes des énergéticiens va être reconduit et renforcé, avec trois milliards d'euros de recettes à la clef. Enfin, Michel Barnier envisage de taxer les rachats par les entreprises de leurs propres actions.

Ces annonces ont fait bondir Gérald Darmanin. "Je ne voterai pas d'augmentation d'impôts", a-t-il déclaré ce matin. L’ancien ministre de l’Intérieur y voit "un retour en arrière vers François Hollande". "Ça va créer le chômage de demain", prévient celui qui a aussi été ministre des Comptes publics dans le gouvernement d’Edouard Philippe. Et il dit craindre que la surtaxe sur les sociétés ne devienne "pérenne parce qu'on ne peut pas tenir la trajectoire évoquée par le Premier ministre sans une augmentation pérenne d'impôts".

Pour compenser ces recettes en moins, Gérald Darmanin est favorable à "travailler davantage", par exemple en remettant "en cause les 35h".

Il compte sur d’éventuels amendements lors du vote du budget à l’Assemblée nationale pour modifier en profondeur les propositions de Michel Barnier. Et il menace, laissant entendre qu’il ne serait pas seul à penser de la sorte.

Avec des alliés comme ça, le gouvernement Barnier n’a plus besoin d’opposition...

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