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"La cocaïne pénètre toutes les couches de la société réunionnaise" : un groupe d’amis gravitant autour d’un restaurant de Saint-Gilles condamné pour usage et trafic

Ecrit par Sébastien Gignoux – le vendredi 29 mai 2026 à 18H38

Enquêtant sur un trafic de cocaïne autour d’un restaurant saint-gillois, les gendarmes ont confondu un cercle de consommateurs-revendeurs bien insérés, illustrant la « banalisation » de la poudre blanche dans la société réunionnaise.

Tout est parti d’un tuyau anonyme dénonçant un trafic de cocaïne au sein d’un restaurant de spécialités italiennes à Saint-Gilles. Pendant des semaines, les gendarmes vont écouter les conversations téléphoniques des personnes gravitant autour de l’établissement.

Et les conversations laissent vite comprendre que la poudre blanche circule en effet de façon quotidienne dans un cercle d’amis évoluant entre Saint-Paul et Saint-Denis. Fin avril, huit personnes sont interpellées et placées en garde à vue.

De bons pères de famille

Des pères de famille trentenaires qui travaillent dans la restauration, la vente d’automobile ou la banque, et qui confessent pour certains se retrouver à aller « sniffer » dans le chemin le soir, en cachette des enfants…

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« Que des gens bien insérés socialement et professionnellement », note le procureur à l’audience correctionnelle vendredi 29 mai, alors que six suspects ont déjà été jugés selon la procédure de plaider-coupable, et que les deux autres comparaissent devant le tribunal pour trafic de stupéfiants et association de malfaiteurs.

"Un mal pour un bien"

Tous ont reconnu les faits, expliquant avoir procédé à « des achats groupés » pour diminuer les coûts, se dépannant un coup l’un, un coup l’autre, en fonction des « plans » trouvés. « J’étais à 15 g par semaine » reconnait Jonathan, qui travaille dans la canne à sucre. « Mais je n’ai jamais acheté plus de 10 g en une seule fois. »

Alexandre, le seul à avoir été placé en détention provisoire car désigné comme celui qui pourvoyait le plus souvent les autres, exprime ses regrets. « Ces cinq semaines de détention sont un mal pour un bien. Je me suis rendu compte que je pouvais me passer de cocaïne, et je n’ai aucune intention de revenir en prison », assure-t-il.

"Un vrai sujet de société"

« Ce dossier est celui de la banalisation de la cocaïne, qui montre à quel point elle a pénétré toutes les couches de la société réunionnaise », souligne le procureur Antoine Tur dans ses réquisitions. « C’est pour ça qu’on sanctionne durement les mules qui importent ce produit qui fait dérailler même des gens insérés, avec un travail, des enfants, et qui dérivent vers le trafic. C’est un vrai sujet de société, un fléau qui inonde toutes les strates, jusqu’aux collégiens », soutient-il.

Rappelant qu’on a trouvé en perquisitionnant chez les prévenus un « téléphone de guerre », une balance de précision ou encore du lactose pour couper la drogue, le magistrat réclame trois et deux ans de prison partiellement assortis d’un sursis probatoire.

"Pas une association de malfaiteurs"

« On est sur un groupe de consommateurs addicts, et pas une association de malfaiteurs… On n’a d’ailleurs retrouvé ni stock de produit ni argent liquide », tempère Me Roberto Ova en défense.

« Il n’y a rien dans ce dossier que des aveux. Mon client a tout reconnu avec honnêteté, et sans doute plus que ce qu’il a vraiment fait », plaide Me Marie Briot pour le prévenu détenu. « Il n’a fait ni plus ni moins que les autres pour financer sa consommation, et ce serait une injustice criante qu’il soit traité différemment », affirme-t-elle.

Au final, les deux prévenus seront relaxés pour l'association de malfaiteurs mais écoperont pour le trafic, comme leurs camarades, de deux ans de prison dont un avec sursis probatoire aménageables sous bracelet électronique, et 500 euros d'amende. « Malgré l'importance du travail d'enquête avec près de 2.000 pages de procédure, on n'a pas eu l'impression que vous étiez de dangereux trafiquants », a justifié le président.

Etiquettes : Cocaïne | Drogue | Saint-Gilles

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