Kozman kaf

Le mois de décembre est celui d’une date phare pour le peuple réunionnais: celui de l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage, le 20 décembre. L’occasion pour le département de langues, cultures et sociétés de l’Océan Indien de l’Université de La Réunion et l’association Rasine Kaf d’organiser une conférence, étalée sur deux journées, intitulée "Kozman kaf, du déni à la réhabilitation". L’idée étant de montrer pourquoi le 20 décembre doit rester la fête kaf et ne pas devenir "la fête réunionnaise de la liberté".
On cherche tous à savoir d’où l’on vient, qui l’on est. Pendant trop longtemps, les descendants d’esclaves croyaient ne pas avoir d’histoire.
Aujourd’hui, un certain nombre de "kaf" mais pas seulement, des spécialistes, sociologues, membres d’associations souhaitent mettre des mots sur les maux.
A l’occasion de cette conférence, nous avons rencontré l’anthropologue Sheila Walker. Cette américaine est aujourd’hui directrice de la diaspora africaine. Elle a voyagé partout dans le monde, étudié sur cette "Afrique éparpillée".
Par exemple, Sheila Walker a souvent démontré la composante forte afro présente dans la société des jeunes nations d’Amérique Latine et des caraïbes. Les noms de certaines danses dites nationales ont été crées en Afrique centrale. C’est le cas de la "samba" brésilienne, de la "rumba" cubaine et de la "bomba" portoricaine.
Pour Sheila Walker, "il faut reconnaître la multiculturalité de notre héritage. Un processus de valorisation et de compréhension plus objectif de notre passé permettrait d’affronter plus aisément les défis de la réalité, parmi lesquels dans le monde entier on retrouve le racisme institutionnalisé, la marginalisation politique et l’exclusion sociale".
Lors de cette conférence, le sociologue Laurent Médéa a posé le constat que 80 % des personnes en milieu carcéral réunionnais sont "kaf", beaucoup sont également touchés par les addictions ou encore par le chômage. Laurent Médéa a fait un travail minutieux de généalogie pour chacun d’entre eux, montrant pour la plupart, que leur noms sont des noms de descendants d’esclaves.


