Jules Bénard : Cilaos, deux priorités fermes : culture et lecture avant tout !

L’instruction, l’éducation, la fréquentation massive des bibliothèques communales sont au programme du maire, Jacques Técher. Après tout, il connaît la valeur de l’instruction, cet homme-là ; il n’est pas ingénieur agronome pour rien. Voici peu, il a décidé de confronter quelques-uns des petits gars du cirque à un écrivain. Et c’est votre serviteur qui a eu l’honneur (et le plaisir) d’inaugurer la série.
Je vous le dis tout net, une telle invitation ne se refuse pas ! Quatre jours, chauffeur, nourri, logé… vous auriez dit non, vous ? Surtout que Cilaos est, avec ma Rivière, mon second lieu d’adoption.
Je n’y avais pas mis les pieds depuis quelque temps et c’est mon pote Sully Fontaine qui me fit découvrir les récents changements. A commencer par la nouvelle route de Bras-Sec qui, à partir du Bras-de-Benjouin, dispense les habitants de cet écart d’avoir à accomplir d’interminables trajets avant de descendre vers Saint-Louis. Il est à noter que cette route a été réalisée en régie communale, très bien réalisée au demeurant, avec plusieurs points de vue sur les gorges et le cirque. Ça prouve quoi ? Que nos petits gars, souvent sans formation particulière, ne sont pas, et de loin, plus mauvais que des ouvriers spécialisés.
Un coin « oublié » ?
Bras-Sec, loin du coin « où on allait faute de mieux », est devenu pôle d’attraction. Il n’y avait là, auparavant, que cultivateurs, viticulteurs, instituteurs, point. C’est devenu tout autre chose et je n’ai pas reconnu l’endroit : plein de belles petites maisons construites avec un goût très sûr.
Quant au village de Cilaos, il n’est plus uniquement le charmant petit hameau thermal et de villégiature, qu’il est d’ailleurs resté ; nous voici devant une vraie "« "petite ville à la campagne" »" avec tous ses centres d’intérêt que l’on connaît : Maison de la broderie, Thermes, Office de tourisme où la concurrence du sourire entre hôtesses est rude, boulangerie « chez Ti-Louis » (ah ! le vrai macatia de Ti-Louis !)… Les boutiques artisanales se sont multipliées, comme les restaurants, tous excellents, croyez-moi sur parole !
Tout au long de ces trop courtes quatre journées, j’ai été entre les mains de Sully Fontaine, responsable des bibliothèques publiques. Un homme qui sait de quoi il parle, lui qui fut directeur du FRAC (Fonds Régional d'Arts Contemporains de La Réunion). Il a son bureau à la Bibliothèque centrale, juste accolée à la Maison de la Broderie. J’ai eu plaisir d’y retrouver mon ami Sully Damour, autre féru de littérature, diplômé en moucatages tous azimuts. Cette bibliothèque centrale ne ressemble plus du tout à ce qu’elle fut : la diversité et l’intérêt des ouvrages proposés est plus que surprenante. On ne sait plus où donner de la tête !
Le premier jour, je fus conduit jusqu’à la bibliothèque communale de Bras-Sec (nous y revoilà !) où m’attendaient, les yeux pétillants, les élèves de l’école primaire attenante.
Une rencontre rafraîchissante quoiqu’épuisante car je n’eus pas assez de temps pour répondre à toutes leurs questions. Pensez donc, un écrivain, voilà qui change des inspecteurs primaires ou du sous-Préfet… même s’il fait des vers.
Comment écrit-on un livre ? Comment a-t-on l’idée d’écrire ? Comment choisit-on le sujet d’un livre ? Combien de temps passe-t-on à écrire un livre ?…
Ils furent bien surpris lorsque je leur dis que j’avais passé plus de vingt ans à écrire mon recueil de nouvelles « Le diable au bord du chemin ».
Et « LA » question : « Combien ça rapporte ? »
A moi de leur expliquer qu’il y a peu, très peu d’auteurs ne vivant que de leur plume. Nous gardons tous notre boulot car il faut bien vivre. Même de très grands auteurs comme Pennac ou Picouly sont restés enseignants. Par plaisir. Je n’étais pas obligé de leur dire que si mes deux éditeurs réunionnais m’avaient effectivement reversé mes droits d’auteur, je n’aurais pas eu si souvent la tête dans le cul !
Je n’eus aucune peine à leur expliquer qu’il n’y avait pas vraiment d’incompatibilité entre livre en ligne et livre-papier. La preuve, toutes les histoires de mes trois tommes des « Souvenirs » sont d’abord parues sur Zinfos974 avant qu’un éditeur ne les prenne en charge, ce qui a d’ailleurs facilité leur succès en librairie. C’est le monde à l’envers, la lecture en ligne au secours du papier.
Leurs institutrices étaient là, les yeux plus pétillants de malice que leurs ouailles. Certains de ces derniers avaient en main un des tomes des « Souvenirs d’une enfance créole ». Autographe obligatoire, cela va de soi. J’en ai été bêtement ému !
Il pleuvait lorsque fut mis fin à la séance. Mais pleuvait-il vraiment dans mes yeux ?
20 ans de passion
Le lendemain, je fus conduit par mon pote Sully à l’école primaire d’Îlet-à-Cordes. Surprise de taille, nous fûmes reçus par Audrey Gabriel, la directrice, qui exerce ici depuis 20 ans ! Elle habite à Cilaos et se tape la route tous les jours. Faut aimer ! Manifestement elle aime.
Les questions de ses jeunes têtes (pas forcément blondes) furent sensiblement les mêmes que celles de leurs comparses de Bras-Sec et le temps, là aussi, passa à une vitesse folle. Si, au début, ils hésitaient, très vite l’amusement de la situation prit le pas et des engueulades furent évitées de justesse : « Non ! À mon tour esteur ! Ou la fine causer ! »
Jacques Técher peut être pleinement rassuré. Son programme de fréquentation des bibliothèques publiques est pleinement assuré et il peut être certain que l’argent municipal n’a pas été gaspillé.
D’autres écrivains réunionnais sont prévus au programme, très bientôt. Je ne peux que souhaiter une chose : que les autres municipalités de chez nous embrayent le mouvement !


