Joseph Mondon, un "humaniste" dans les coulisses de l'histoire de La Réunion

Alain Junot et Raoul Lucas publient « Joseph Mondon - Une vie d’engagements » aux éditions ARS Terres Créoles / APPA. Le duo a puisé dans les souvenirs de Joseph Mondon et ses archives foisonnantes qui pourraient d'ailleurs devenir le terrain d'exploration de futurs doctorants pour enrichir la collection Les Carnets de l’Amitié.
L'ancien journaliste et l’universitaire ont grandement puisé dans la malle aux archives de celui qui allait devenir leur sujet d’étude au cours des deux années passées. Au fil des entretiens avec Joseph Mondon, le tandem met en perspective des événements marquants de La Réunion à travers son parcours.
Cinq grands chapitres ont ainsi été retenus pour guider le lecteur vers les choix opérés par Joseph Mondon, de son plus jeune âge déjà au sein du Syndicat national des instituteurs jusqu’à 1974 où il a été choisi par le candidat Mitterrand pour le représenter localement.
Page après page, engament syndical après engagement politique, les auteurs rendent compte d’un personnage "refusant les dogmes" et les destins "binaires" proposés par les autonomistes d'un côté et les nationaux de l'autre. Une question qui tourmentera profondément La Réunion des années 60 et 70.
Né en 1930 aux Avirons, Joseph Mondon a fait partie des rares adolescents de l’époque à fréquenter le seul établissement à dispenser un cursus secondaire complet, à savoir le prestigieux lycée Leconte de Lisle ouvert surtout à « l’élite » locale.
Point de chute incontournable des étudiants réunionnais ayant la chance de saut’ la mer, l’université de Montpellier a donc été la destination évidente pour Joseph Mondon. Tenté par la médecine puis la prêtrise, il renonce finalement à ces deux chemins et devient répétiteur au Foyer Levavasseur puis professeur de lettres au Collège d'enseignement général aux Avirons. Avant d'épouser cette carrière et sa femme, c’est lors de ses années de formation religieuse au Séminaire des vocations tardives à Toulouse puis au Séminaire des colonies à Paris qu’il crée le Bulletin des étudiants réunionnais, véritable passage de témoin entre étudiants à une époque où les conseillers d'orientation n'existent pas...
Sa quête d’élévation spirituelle et d’engagement social s’affirment tour à tour au sein du syndicat national des instituteurs en 1955, au sein de la loge L’Amitié à Saint-Denis en 1957 et en politique dix ans plus tard. Candidat aux cantonales, Joseph Mondon couche sur papier une profession de foi qui illustre la noble politique qu'il souhaite mener. Cette profession de foi est reproduite dans l’ouvrage d’Alain Junot et de Raoul Lucas. Le moins que l’on puisse dire c’est qu’elle tranche avec le catalogue de promesses intenables que les électeurs ont l'habitude de découvrir à chaque élection.
« Je ne vous fais aucune promesse et je n’envisage aucune réalisation démagogique.
Les campagnes électorales du type folklorique (boissons — musiques appropriées — conditionnement des masses — insultes – calomnies – mouchardages — violences — tapages nocturnes — défilés tumultueux, ...) ont fait leurs preuves : elles servent à traumatiser les citoyens, à les endormir, à faire naître ou à survolter des passions.
Voilà pourquoi je vous invite à une campagne électorale basée sur un examen de conscience, sur la réflexion, sur la non- violence, sur le choix dans la liberté.
Électrices, Électeurs, je ne viens pas vous tromper. »
Une franchise qui ne payera pas sur le plan électoral mais dont l’Avironnais, qui deviendra conseiller municipal dans les années 80, ne se départira jamais en prônant une "éducation émancipatrice tout au long de la vie, avec des citoyens auteurs, acteurs concepteurs de leur vie et de la vie publique, dans une démocratie délibérative" avant toute autre considération électoraliste. Ainsi, écrivent Alain Junot et Raoul Lucas, "jamais il ne déviera de la ligne qu’il s’est fixée, à savoir une intelligence au service d’une humanité meilleure et plus éclairée."
C’est dans cet esprit qu’il devient membre de la Fédération départementale du Parti socialiste au sein de laquelle il défend l’idée d’une Réunion jouant la même partition que l’Hexagone, se méfiant des envies d’autonomie des communistes.
En 1974, il est choisi par François Mitterrand pour le représenter localement. Un choix évident en raison des "engagements de Joseph Mondon pour une émancipation républicaine et humaniste dans le cadre de la République". Le mandataire départemental du candidat socialiste à la présidentielle fait néanmoins face à une famille socialiste tiraillée entre le PSR, la Fédération départementale et la Fédération des mouvements socialistes régionalistes (FMSR), ce qui ne l'empêchera pas de faire réaliser des scores prometteurs à Mitterrand à La Réunion. On connaît la suite, le « Grand soir » n'arrivera que sept ans plus tard mais Joseph Mondon aura déjà fermé sa première parenthèse politique cinq ans plus tôt, en 1976.

Le journaliste Alain Junot et l'historien sociologue Raoul Lucas retracent quelques épisodes de l'histoire de La Réunion à travers le parcours de Joseph Mondon
Un extrait du livre :



Le 17 mai en présence du maire des Avirons Eric Ferrère, de Christian Landry, président de la société savante de l'Académie de l'île de La Réunion, de l’évêque émérite et membre titulaire de l'Académie Gilbert Aubry, l'universitaire et sociologue Raoul Lucas a présenté son ouvrage consacré à Joseph Mondon, aujourd’hui âgé de 94 ans


