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Il porte plainte pour faire reconnaître l’engagisme comme crime contre l’humanité

Abady Egata-Patché et l’association La mémoire de Crève-coeur, engagés dans la lutte pour la reconnaissance des préjudices subis par la communauté indienne, ont déposé plainte auprès du parquet de Saint-Denis de La Réunion. Ils réclament la reconnaissance de l'engagisme subi par la communauté indienne comme crime contre l’humanité et comme source de discrimination encore aujourd’hui.

Ecrit par N.P – le lundi 10 janvier 2022 à 18H20

Sa démarche en justice vise à faire reconnaître comme crime contre l’humanité et comme source de discrimination aujourd’hui l’engagisme de ses ancêtres. Abady Egata-Patché, 78 ans, réitère la plainte qu’il avait initiée en 2015. Plus armé qu’à l’époque, il croit en ses chances de succès cette fois-ci.

Les esclaves affranchis remplacés par des travailleurs venus de la côte malabar

Sa plainte s’efforce de contextualiser le destin de ces milliers d’engagés venus à La Réunion depuis l’Inde. “L’Histoire, le progrès social et la Justice réclament aujourd’hui que soit reconnue la réalité de la souffrance des engagés, de leurs descendants, et la faute collective d’une communauté française qui a érigé en système, pendant près d’un siècle, l’exploitation et l’asservissement de travailleurs venus de la côte malabar de l’Inde pour remplacer dans les territoires d’outre-mer et particulièrement à La Réunion, la main-d’œuvre d’esclaves qui venait d’être affranchie”.

L’engagisme, une forme de “réduction à l’esclavage”

Comme l’esclave, l’engagé reste la propriété de l’engagiste par l’intermédiaire de son contrat. Le châtiment corporel reste de mise et les salaires, bien souvent, ne sont pas payés. 

Le fils d’engagé réclame ainsi aujourd’hui la reconnaissance de l’engagisme de la communauté malbar comme crime contre l’humanité, au même titre que l’esclavage.

« La population tamoule se trouve discriminée par la population réunionnaise »

Pour Abady Egata-Patché, la souffrance du temps de l’engagisme pèse encore lourdement aujourd’hui sur le quotidien de la communauté des descendants des engagés. “Seule la connaissance historique de l’origine de leur souffrance permettra à la communauté Malbar de sortir de cette logique de souffrance et de se sentir reconnue à part entière”, contient la plainte déposée fin décembre 2021 sur le bureau du procureur de la République.

La population tamoule victime de préjugés

La requête relate les souffrances qui résultent de l’ignorance de l’histoire : la communauté tamoule n’a de visibilité au sein de la population métissée de La Réunion qu’à travers des pratiques culturelles souvent folklorisées, selon son argumentaire.

À La Réunion, aucune langue indienne n’est en usage dans un contexte sociétal où prédomine le recours au créole, langue majoritaire, et le français, langue officielle.

« La communauté Tamoule a ‘perdu’ son identité collective, et les tentatives de la rétablir se heurte à l’opposition d’une population définitivement tournée vers la modernité occidentale », ajoute-t-il alors que « la colonisation a eu pour effet un véritable ethnocide des populations en provenance de l’Inde. »

Et, “entre autres conséquences de cet ethnocide, la descendance des engagés va progressivement perdre la majeure partie du patrimoine culturel de ses ancêtres.”

Cela s’exprime par la perte de la langue maternelle, la perte des repères culturels et la rupture avec les liens entretenus avec l’Inde, développe-t-il cette plainte dont il espère qu’elle rencontrera un écho plus favorable que celle initiée en 2015.

Sur douze pages, Abady Egata-Patché tente de convaincre le procureur de la République. Il est notamment question des « conséquences contemporaines » de l’engagisme. Voici un extrait de la plainte :

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