Hydrocarbures, plomb, anciennes décharges… l’État recense des terrains sensibles dans cinq communes de La Réunion

La consultation publique lancée jusqu’au 7 mai par la préfecture sur les Secteurs d’information sur les sols (SIS) remet en lumière un sujet discret mais sensible : celui des terrains marqués par d’anciennes pollutions. Le Port, Saint-Paul, Saint-Louis, Saint-Pierre et La Plaine-des-Palmistes sont concernées. Derrière l’approche réglementaire, la cartographie révèle surtout l’empreinte durable de décennies d’activités industrielles, pétrolières ou d’anciens centres d’enfouissement.
L’information est passée relativement inaperçue. Pourtant, elle touche directement l’aménagement du territoire. Depuis le 7 avril, l’État consulte le public sur plusieurs projets de Secteurs d’information sur les sols, les fameux SIS. Ces périmètres désignent des terrains pour lesquels les services publics disposent d’éléments attestant d’une pollution passée ou résiduelle. L’objectif affiché est double : « améliorer l’information du public sur l’état des sols » et « garantir l’absence de risque sanitaire et environnemental » lors de futurs projets immobiliers ou économiques.
Concrètement, lorsqu’un terrain est classé en SIS, un changement d’usage — construction de logements, d’un établissement recevant du public ou d’activités nouvelles — peut nécessiter des études complémentaires et des mesures adaptées. Autrement dit, avant de bâtir, il faut vérifier ce que le passé a laissé sous terre.
Le Port, mémoire industrielle de l’île
Sans surprise, Le Port concentre plusieurs dossiers emblématiques. En s'appuyant sur les documents officiels qui proviennent du portail officiel Géorisques, la plateforme nationale d’information sur les risques naturels, miniers, technologiques et environnementaux en France, on peut retracer les différents sites à La Réunion où une pollution est toujours présente. Ce site public est piloté en partenariat entre le ministère de la Transition écologique et le BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières), l’établissement public français de référence dans les sciences de la Terre.
Dans ces documents sont mentionnés l’ancienne centrale thermique EDF de Port-Ouest, où des études ont mis en évidence des contaminations des eaux en hydrocarbures totaux et solvants chlorés. D’anciens dépôts pétroliers, des canalisations de transport d’hydrocarbures ou encore la décharge de la Rivière des Galets figurent également parmi les sites suivis.
Pour cette dernière, une étude évoquait un « impact important sur les nappes d’eaux souterraines » en raison de la perméabilité du terrain, ainsi qu’un risque pour le milieu naturel en cas d’inondation.
Le Port apparaît ainsi comme le territoire où l’héritage industriel est le plus marqué.
Saint-Paul : une station-service sous surveillance
À Saint-Paul, c’est notamment l’ancienne station-service Total de la Chaussée Royale qui retient l’attention. Lors du remplacement de cuves en 2009, une pollution aux hydrocarbures avait été découverte. Des terres souillées avaient dû être excavées, tandis que la nappe souterraine montrait initialement des traces d’hydrocarbures volatils avant amélioration après travaux.
Un rappel qu’au-delà des grandes friches industrielles, des sites du quotidien peuvent eux aussi laisser une empreinte durable.
Saint-Louis : plomb et hydrocarbures
Dans la zone industrielle du Bel Air à Saint-Louis, l’ancienne centrale d’enrobage à chaud exploitée par la Société Industrielle Routière (SIR) a également été inscrite dans les dispositifs de suivi. Les diagnostics ont relevé une zone présentant des traces de plomb ainsi qu’une pollution aux hydrocarbures au niveau d’un ancien groupe électrogène.
L’État a choisi de maintenir la mémoire de ce passé en classant le terrain afin de « conserver la mémoire d’une pollution résiduelle du site, notamment en cas de changement d’usage ».
Saint-Pierre : les traces des grandes friches du Sud
Dans le Sud, plusieurs emprises historiques ressortent. L’ancienne usine de Grand-Bois figure dans les inventaires en raison de la présence passée d’huiles, produits chimiques ou transformateurs contenant des PCB. D’autres sites liés aux hydrocarbures ou à l’activité industrielle apparaissent également autour de Saint-Pierre et Pierrefonds.
Ici encore, le sujet dépasse la seule pollution : il interroge la reconversion de vastes friches en zones d’habitat ou d’activité.
La Plaine-des-Palmistes : même les zones rurales concernées
Le dossier montre enfin que la problématique n’est pas réservée aux zones urbaines. À La Plaine-des-Palmistes, l’ancienne décharge d’ordures ménagères de la Ravine Sèche figure parmi les sites recensés.
Une preuve supplémentaire que la question des sols pollués concerne aussi les territoires ruraux, où d’anciens modes de gestion des déchets ne répondraient plus aux standards actuels.
Transparence tardive ou prévention utile ?
Derrière cette consultation publique, l’État tente surtout de mieux intégrer l’histoire environnementale des terrains dans les projets futurs. Une démarche technique, certes, mais qui touche à des enjeux très concrets : logement, urbanisme, santé publique et valorisation foncière. On se rend compte que sous certaines parcelles de La Réunion, le passé industriel continue parfois de peser lourd.


