Produire de l'eau potable sans jamais interrompre le service : le pari de la future usine de Bellepierre

La première pierre d'un chantier stratégique pour l'alimentation en eau potable de Saint-Denis a été posée ce mercredi 24 juin à Bellepierre. Portée par la CINOR, la réhabilitation complète de l'usine de traitement d'eau potable (UTEP) doit permettre de sécuriser durablement l'approvisionnement de plus de la moitié des habitants de la capitale réunionnaise, tout en maintenant la production pendant toute la durée des travaux.
Vieillissante, cette infrastructure dont les premières installations remontent au début du XXe siècle sera progressivement remplacée par une usine de nouvelle génération reposant sur la filtration membranaire, une technologie plus performante et plus résiliente face aux épisodes de fortes pluies et aux effets du changement climatique.
Une usine vieillissante appelée à répondre aux besoins de demain
Pour Ericka Bareigts, maire de Saint-Denis et vice-présidente de la CINOR, cette modernisation était devenue indispensable. "On était vraiment sur une station qui était trop ancienne, techniquement plus au niveau des exigences d'aujourd'hui. Nous avons voulu la projeter avec l'évolution démographique. Aujourd'hui, elle alimente la moitié de la population de Saint-Denis et demain ce sera 65 %", rappelle-t-elle.
Au-delà de l'augmentation de capacité, le projet vise également à renforcer la sécurité de l'alimentation en eau, notamment en période cyclonique, grâce à des installations plus performantes et à des capacités de stockage renforcées.
Un défi technique : reconstruire sans jamais couper l'eau
L'une des principales difficultés du chantier réside dans son organisation. Les travaux seront réalisés alors que l'usine continuera à produire de l'eau potable quotidiennement. Pour relever ce défi, la CINOR, accompagnée de la Société du Canal de Provence en assistance à maîtrise d'ouvrage, a retenu un marché de conception-réalisation découpé en plusieurs phases afin de garantir la continuité du service public.
Les premiers travaux de démolition ont débuté en décembre 2025. Une première tranche de la nouvelle usine devra impérativement être mise en service avant le 31 décembre 2027. Les autres phases s'échelonneront ensuite jusqu'en 2030.
La filtration membranaire au cœur de la future usine
Le choix technologique s'est porté sur l'ultrafiltration membranaire, un procédé capable d'éliminer 99,99 % des bactéries, virus et parasites grâce à des membranes dont les pores ne mesurent que 0,02 micron. Cette technologie présente plusieurs avantages majeurs : elle garantit une qualité d'eau constante, même lorsque la Rivière Saint-Denis est fortement chargée en matières en suspension après les pluies, tout en occupant beaucoup moins d'espace que les installations actuelles.
Près de 3.000 m² de terrain seront ainsi libérés. L'usine bénéficiera également d'une automatisation poussée, avec un pilotage en temps réel de la qualité de l'eau et des opérations de maintenance.
Autre innovation, une partie des eaux issues du traitement sera réutilisée pour des usages non alimentaires, notamment l'arrosage des espaces verts, réduisant ainsi la consommation d'eau potable. "Même en temps de cyclone, on pourra continuer à produire de l'eau. Nous allons aussi réutiliser une partie de l'eau issue du filtrage pour arroser nos jardins. C'est une usine qui va sécuriser le CHU, les Dionysiennes et les Dionysiens pour les quarante prochaines années", souligne Ericka Bareigts.
Un investissement de plus de 30 millions d'euros
Le coût global de l'opération dépasse 30,4 millions d'euros. Le financement repose sur plusieurs partenaires, dont la CINOR, maître d'ouvrage du projet, mais aussi le Fonds européen de développement régional (FEDER), qui apporte 10 millions d'euros, soit près d'un tiers du coût total. L'État et l'Office français de la biodiversité participent également au financement.
Présent lors de la cérémonie, Patrice Boulevart, 9e vice-président de la Région Réunion chargé de la prévention des risques, a rappelé les enjeux de cette modernisation dans un contexte de changement climatique. "Sécuriser notre approvisionnement en eau n'est pas une option, c'est une nécessité. Avec le changement climatique et les contraintes qui pèsent sur nos ressources, il est indispensable d'anticiper l'avenir et de travailler pour les générations futures", insiste-t-il.
Un projet qui accompagne la transformation de l'entrée ouest de Saint-Denis
Au-delà de son aspect technique, la future usine de Bellepierre s'inscrit dans un vaste programme de restructuration de l'entrée ouest de Saint-Denis.
Le secteur accueillera également l'extension du CHU, la future gare du téléphérique vers La Montagne, un parking relais ainsi qu'une gare routière. L'intégration architecturale et paysagère de la nouvelle usine a d'ailleurs été pensée pour accompagner cette transformation urbaine.


