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Hantavirus, transmission humaine, cas contacts… Tout comprendre de l’enquête mondiale qui fait craindre un nouveau choc sanitaire

Ecrit par Lény-Huayna Tible – le mardi 12 mai 2026 à 17H33
Photo d'illustration

Trois morts à bord d’un navire de croisière, plusieurs malades hospitalisés dans différents pays, des dizaines de cas contacts suivis par les autorités sanitaires et une possible transmission interhumaine. Depuis plusieurs jours, le foyer d’hantavirus détecté sur le MV Hondius provoque une inquiétude mondiale. Si l’OMS appelle au calme, l’affaire ravive les souvenirs du Covid-19 et replace sous les projecteurs un virus ancien, méconnu mais parfois redoutable. Origine, fonctionnement, propagation, risques réels, présence en France, enquête sur les ornithologues néerlandais et réponses des autorités… Tout comprendre sur le dossier sanitaire qui mobilise désormais plusieurs États.

Il ne s’agit pas d’un "nouveau Covid", répètent les experts. Pourtant, l’hantavirus suscite depuis plusieurs jours une vive inquiétude après l’apparition d’un foyer épidémique à bord du navire MV Hondius, parti d’Argentine. Plusieurs passagers sont morts, d’autres ont été hospitalisés, et l’Organisation mondiale de la santé a lancé une alerte sanitaire tout en estimant le risque de propagation mondiale "faible".

Au départ, il ne devait s’agir que d’une croisière scientifique dans les mers australes donc. Le 1er avril, le MV Hondius, navire d’expédition polaire battant pavillon néerlandais, quitte Ushuaia, à l’extrême sud de l’Argentine, avec à son bord 112 passagers et plusieurs dizaines de membres d’équipage.

L’itinéraire prévoit une traversée vers les îles subantarctiques puis l’Atlantique Sud. Mais quelques jours après le départ, plusieurs passagers développent de fortes fièvres, des douleurs musculaires et des difficultés respiratoires. Très vite, l’état de certains malades se dégrade brutalement.

Trois personnes meurent. Plusieurs autres sont hospitalisées en urgence après des évacuations sanitaires complexes organisées depuis les Canaries et le Cap-Vert.

L’histoire des ornithologues au cœur de l’enquête

Très rapidement, les autorités sanitaires internationales concentrent leurs investigations sur un couple néerlandais passionné d’ornithologie.

Leo Schilperoord, 70 ans, et son épouse Mirjam effectuaient depuis plusieurs mois un voyage naturaliste en Amérique du Sud avant d’embarquer sur le Hondius. Selon plusieurs médias européens et argentins, l’homme serait aujourd’hui considéré comme le possible "patient zéro" du foyer épidémique.

Le couple aurait participé, peu avant le départ, à une excursion ornithologique près d’Ushuaia. Le site intrigue particulièrement les enquêteurs. Il s’agit d’une vaste décharge sauvage connue des passionnés d’oiseaux car elle attire le "caracara de Darwin", un rapace rare de Patagonie.

Mais le lieu est également infesté de rongeurs sauvages.

"Il est courant que les ornithologues visitent les décharges car il y a beaucoup d’oiseaux là-bas", explique le guide local Gastón Bretti au média argentin Ansa Latina.

Les autorités argentines soupçonnent désormais une contamination liée aux excréments de rats pygmées à longue queue, porteurs potentiels du virus des Andes, l’une des formes les plus dangereuses connues à ce jour.

Un virus découvert pendant la guerre de Corée

Le hantavirus n’est pourtant pas un virus nouveau.

Son histoire commence dans les années 1950, pendant la guerre de Corée. Plus de 3.000 soldats américains et coréens développent alors une mystérieuse maladie associant forte fièvre, hémorragies et insuffisance rénale sévère.

Les chercheurs finissent par identifier un agent pathogène inconnu, baptisé "virus Hantaan", du nom d’une rivière coréenne.

Depuis, les scientifiques ont découvert toute une famille de hantavirus répartis sur plusieurs continents. Chaque souche est généralement associée à une espèce spécifique de rongeur sauvage.

Campagnols, souris, rats ou mulots peuvent héberger le virus sans eux-mêmes tomber malades.

Comment le virus se transmet réellement

Contrairement à certaines croyances, le danger ne vient pas principalement des morsures.

Les rongeurs infectés excrètent le virus dans leurs urines, leurs selles et leur salive. Lorsque ces déjections sèchent, elles peuvent se transformer en microparticules invisibles dispersées dans l’air.

L’être humain se contamine alors principalement par inhalation.

Les infections surviennent souvent dans des lieux fermés et mal ventilés comme des greniers, caves, hangars agricoles, remises ou bâtiments abandonnés.

Les professionnels exposés aux rongeurs figurent parmi les populations les plus à risque.

Pourquoi la souche des Andes inquiète autant

Le foyer détecté sur le Hondius inquiète particulièrement les spécialistes car il pourrait impliquer le virus des Andes.

Cette souche sud-américaine reste aujourd’hui la seule pour laquelle une transmission interhumaine a clairement été documentée.

C’est précisément ce point qui alimente les craintes internationales depuis plusieurs jours.

Selon les premières investigations, certains passagers contaminés n’auraient pas eu de contact direct avec des zones infestées de rongeurs avant leur maladie. Les autorités sanitaires étudient donc l’hypothèse d’une transmission secondaire entre passagers à bord du navire.

À ce stade, aucune conclusion définitive n’a toutefois été annoncée.

Ce que l’on sait du foyer du MV Hondius

Au 11 mai, l’OMS recensait sept cas confirmés et deux cas suspects liés au navire. Trois décès ont été enregistrés ces derniers jours. Le bilan s'est alourdi ce mardi 12 mai, passant à 5 décès.

Les contaminations concernent plusieurs nationalités et plusieurs pays européens.

Les autorités sanitaires françaises ont confirmé qu’une passagère française figure parmi les cas graves actuellement hospitalisés en réanimation. Son état s’est "dégradé" dans la nuit du dimanche 10 au lundi 11 mai avant une stabilisation médicale, rapportent plusieurs médias français, dont Libération.

Plusieurs dizaines de cas contacts font désormais l’objet d’un suivi médical renforcé dans différents pays européens.

Selon le gouvernement français, qui doit tenir une conférence de presse ce mardi 12 mai, les personnes identifiées comme "à haut risque" ne présentaient pas encore de symptômes lundi soir 11 mai, selon les informations du Monde.

Le navire, lui, poursuit actuellement sa route vers Rotterdam avec un équipage réduit.

Des symptômes trompeurs au départ

L’hantavirus commence souvent comme une simple grippe.

Fièvre, fatigue intense, douleurs musculaires, maux de tête, troubles digestifs ou toux apparaissent dans les premiers jours.

"Au début, les symptômes ne sont pas du tout spécifiques", rappelle l’infectiologue Anne-Claude Crémieux, citée par France Info. Puis l'état de certains patients peut "s’aggraver extrêmement brutalement".

Selon les souches virales, deux formes sévères existent.

En Europe et en Asie, les hantavirus provoquent principalement des fièvres hémorragiques avec syndrome rénal. En clair, les reins sont alors fortement touchés et des hémorragies peuvent apparaître.

Sur le continent américain, certaines souches provoquent surtout un syndrome pulmonaire aigu extrêmement grave.

La mortalité peut atteindre 30 à 60 % dans les formes pulmonaires les plus sévères, selon l'ANRS.

L’OMS tente d’éviter la psychose

Face aux comparaisons de plus en plus nombreuses avec le Covid-19, l’Organisation mondiale de la santé tente de calmer les inquiétudes.

Le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a estimé mardi 12 mai que le risque mondial restait "faible".

"C’est un incident que nous considérons comme sérieux, mais le risque pour la santé publique est bas", a-t-il déclaré lors d’une prise de parole à Madrid.

L’organisation reconnaît toutefois que de nouveaux cas pourraient apparaître dans les prochaines semaines en raison du temps d’incubation du virus.

L’OMS insiste aussi sur un point important. L’hantavirus ne possède pas, à ce stade, le même potentiel pandémique que le SARS-CoV-2.

Une conférence de presse très attendue en France

À Paris, le gouvernement français organise ce mardi 12 mai à 16 h 45 (heure de Paris) une conférence de presse consacrée au dossier sanitaire.

La ministre de la Santé Stéphanie Rist doit être entourée de virologues, infectiologues et épidémiologistes afin de détailler les mesures de suivi mises en place pour les cas contacts et les protocoles hospitaliers.

On y revient, mais les autorités françaises veulent surtout éviter un emballement similaire à celui observé lors des débuts du Covid.

Des cas existent déjà en France

La France connaît déjà des infections à hantavirus, principalement dans le quart nord-est du territoire.

Le virus Puumala y circule régulièrement depuis plusieurs années. Santé publique France recense plusieurs dizaines de cas chaque année, essentiellement liés à des expositions en milieu rural ou forestier.

À ce jour, aucun foyer particulier n’a été signalé à La Réunion.

Pourquoi les scientifiques restent extrêmement vigilants

Derrière cette affaire spectaculaire se cache une inquiétude plus profonde des chercheurs.

Le changement climatique, la destruction des habitats naturels et la multiplication des contacts entre humains et animaux sauvages augmentent les risques d’émergence de nouvelles zoonoses.

Certaines flambées d’hantavirus apparaissent après des pullulations massives de rongeurs favorisées par des conditions environnementales particulières.

Autre difficulté majeure, il n’existe aujourd’hui ni vaccin largement disponible ni traitement antiviral spécifique universellement efficace contre les hantavirus.

La prise en charge repose essentiellement sur les soins intensifs et le traitement des complications respiratoires ou rénales.

Les autorités sanitaires rappellent enfin plusieurs règles de prévention simples mais essentielles. Ne jamais balayer à sec un local fermé susceptible d’avoir été infesté par des rongeurs, aérer longuement les lieux inhabités, humidifier les surfaces avant nettoyage et porter gants ainsi que protections respiratoires adaptées.

Car derrière l’affaire du Hondius, une réalité s’impose une nouvelle fois aux autorités sanitaires mondiales. La plupart des grandes menaces infectieuses modernes proviennent désormais du monde animal.

Etiquettes : Hantavirus | Pandémie | virus

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