Flamboyants ! : quand le maloya rencontre la bomba et le jazz

Imaginé comme un voyage spatio-temporel entre La Réunion, la Nouvelle-Orléans et Porto Rico, le spectacle de théâtre musical Flamboyants ! du collectif Tilawcis tisse des liens en trois territoires créoles survivants de l'esclavage. Lors de la première vendredi soir au Fanal, l'énergie positive communicative des comédiens et la mise en scène rythmée ont conquis le public.
C'est après avoir découvert les vestiges de la culture créole qui subsistent à la Nouvelle-Orléans en Louisiane (États-Unis), la cité berceau du jazz et du gombo (le rougay sosis local), que Florient Jousse, comédien, auteur et metteur en scène de Flamboyants !, a eu l'illumination : la créolité traverse les époques et transcende les frontières.
Vendredi 3 octobre, le Fanal (Cité des Arts, Saint-Denis) a fait salle comble pour la première de Flamboyants !, le spectacle de théâtre musical de Florient Jousse et de son collectif Tilawcis. Une affluence copieuse comme l'assiette d'un restaurant créole de NOLA (l'acronyme par lequel les Américains désignent New Orleans) et qui a surpris un peu tout le monde, confortant les coproducteurs (CDNOI, Cité des Arts, festival Komidi et Albertine Foundation) qui ont soutenu cette création originale.

Flamboyants comme le costume de carnaval de Big Chief Juan Pardo (40 kg de plumes rouge et de tissus épais cousus à la main), musicien américain probablement tout droit sorti du quartier populaire de Treme, les personnages du spectacle apparaissent puis surgissent de derrière un rideau translucide (et spatio-temporel !) sur lequel sont projetés des images animées et des textes, en l'occurrence la traduction des parties en espagnol et en anglais de la pièce.
Regards croisés sur le monde créole post-esclavage
Car il n'y a pas que la Nouvelle-Orléans de Big Chief Juan Pardo et de Lawson Ota (un universitaire de Louisiane spécialiste du créole) qui a fait battre plus vite le cœur du metteur en scène Florient Jousse : Porto Rico et sa bomba, la musique traditionnelle du pays, cousine du maloya directement issue des esclaves d'Afrique de l'Ouest qui ont enrichi les plantations de cet archipel des Grandes Antilles, s'octroient une place mélodieuse dans le spectacle, grâce aux voix ancestrales et solaires de Marién Torres Lopez et de Ivelisse Diaz.
C'est Frédéric Madia, pilier bénédictin des maloyèr de Madiakanou, qui pose la pierre qui sous-tend l'édifice de Flamboyants !, lorsqu'il affirme que le bois de son instrument est un pont vers l'histoire de l'humanité, traversée par la musique et le chant. Avec son compère Zélito Déliron, Frédéric Madia rythme le spectacle, entre propos sur les sociétés créoles post-esclavage et humour péi, tout en accompagnant Florient Jousse, voyageur perdu entre différentes époques, dans sa quête identitaire.
Promis au grand saut au-dessus la mer pour se frotter à d'autres publics, dont celui des États-Unis, le collectif Tilawcis rejouera Flamboyants ! avant de s'envoler vers d'autres mondes créoles : rendez-vous le 10 octobre (20h) au Téat Plein Air de Saint-Gilles et le 11 octobre (20h) au Théâtre des Sables à l'Étang-Salé.




