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Etang-Salé : Trois ans de prison requis contre le médecin accusé d'agression sexuelle

Un médecin généraliste de l'Étang-Salé a été jugé hier par le tribunal de Saint-Pierre pour des faits d'agression sexuelle sur une patiente lors d'une consultation. Dôté d'une personnalité atypique, l'homme a donné du fil à retordre aux magistrats autant qu'à ses avocats. Le Parquet a requis une peine de trois ans de prison, dont deux avec sursis, mais également l'interdiction de pratiquer la médecine durant 5 ans. Le délibéré est attendu le mois prochain.
Ecrit par Gaetan Dumuids – le vendredi 23 juin 2023 à 09H51

Le 16 septembre 2019, Julie* se rend chez son médecin généraliste qui la suit depuis l'enfance à l'Étang-Salé. La jeune femme, qui avait alors tout juste la vingtaine, pratique un sport de contact et prépare son concours d'entrée dans la Police. Trois mois avant, elle a eu un accident durant son activité sportive et a subi un traumatisme crânien. Elle se rend donc chez son médecin de famille pour obtenir un renouvellement de son arrêt maladie.

Il est midi passé lorsque le tour de Julie arrive. Henry va alors dire à ses secrétaires qu'il a "une bonne nouvelle, vous êtes libérées." Une fois dans le cabinet, le médecin va vouloir faire passer un électrocardiogramme à la patiente et lui demande d'enlever son soutien-gorge. C'est là qu'il va lui caresser puis embrasser un sein. La jeune femme va tousser pour signifier sa gêne et le médecin va vouloir regarder sa gorge. Julie ferme les yeux et sent soudain la langue du docteur dans sa bouche.

Julie ne comprend pas ce qu'il se passe et se retrouve en état de sidération. Le docteur ne s'arrête pas et demande à la patiente de se mettre sur la balance. Il va alors lui caresser les fesses en tenant des propos obscènes sur son physique. Julie va alors quitter la salle complètement tétanisée de peur. Sur les conseils de sa famille et de son compagnon, elle va déposer plainte le lendemain.

Quelques jours plus tard, Julie va se rappeler d'une autre situation intervenue quelques mois plus tôt juste après son accident. Le médecin s'était rendu chez sa grand-mère pour une consultation à domicile. La jeune femme dormait à l'étage lorsque quelque chose de froid sur son buste l'avait réveillée. C'était Henry qui lui avait levé le t-shirt pour poser son stéthoscope sur sa poitrine.

Après son dépôt de plainte, Julie va être auscultée par un expert psychologique. Celui-ci va confirmer un choc psychologique majeur et un état post-traumatique chez la jeune femme. À côté de cela, une autre femme interrogée va également avouer avoir connu une telle situation avec le médecin, mais ne va pas porter plainte.

Une personnalité troublée et troublante

À la barre du tribunal, Henry va réaliser ce qui s'apparente à un numéro théâtral. Il passe du rire aux larmes en une fraction de seconde, n'hésite pas à interrompre les magistrats, tant et si bien que même ses représentants doivent constamment le contrôler. Après chaque réplique, il se tourne vers les journalistes, comme pour attendre une approbation. La présidente du tribunal le rappellera à l'ordre également sur ce point.

"J'ai un côté paternel, surtout avec mes secrétaires. J'ai fait une bêtise : j'ai donné trop d'arrêts de travail", affirme-t-il avant de répéter en boucle durant le procès que "c'est mon erreur", avoir donné trop d'arrêts de travail de complaisance. "Les choses se sont gâtées lorsque j'ai arrêté de donner des arrêts de travail" lâche-t-il afin de laisser sous-entendre qu'il s'agit d'une vengeance.

Il n'hésite pas à soupçonner un complot orchestré par un médecin concurrent. Bien qu'il ait tenté de jouer la carte du secret médical pour ne pas répondre à certaines questions, Henry ne va pas hésiter à parler de la bipolarité de l'autre patiente qui a témoigné. Il va même affirmer que ce jour-là, elle lui aurait "demandé de la violer".

"Si on l'écoute, la victime a réussi à tromper tout le monde"

"Que tire-t-on de cette audience ? Quand on le regarde, on a honte. Quand on l'écoute, les réponses tapent toujours à côté. Je l'applaudis, il passe du rire aux larmes en une seconde, tout en regardant la presse. La victime a déposé plainte pour un refus ? C'est ridicule ! Si on l'écoute, la victime a réussi à tromper tout le monde : sa famille, les enquêteurs et l'expert psychologique", souligne Me Julien Barraco qui représente la partie civile.

Pour la représentante du ministère public, les déclarations du médecin sont très changeantes et parcellaires, tandis que celles de la victime "sont très claires et répétées dans le temps. Ces déclarations sont corroborées par les signes de traumatisme décelés par l'expert. Je veux aussi retenir son absence de recul et de prise de conscience. Un médecin qui a failli ne peut plus exercer la profession". C'est pourquoi elle requiert une peine de trois ans de prison, dont deux avec sursis, ainsi qu'une obligation de soin psychologique et l'interdiction d'exercer pendant 5 ans.

Après avoir évoqué la période difficile vécue par son client, Me Jérôme Maillot va rappeler l'affaire de Farid El Haïry, cet homme qui a passé 20 ans en prison avant que son accusatrice se rétracte. "Là aussi, l'expert psychologique parlait de cohérence dans le témoignage de la victime. Il faut faire attention à ce que l'expert psychologique ne devienne pas un préjugé. Les événements ont pu se produire comme elle le dit, mais ils ont pu également ne pas se produire comme elle le dit. Je n'ai aucune certitude. Factuellement, je ne peux pas dire ce qui s'est passé. Là, on a fait un dossier bâclé", argue-t-il.

Le  jugement a été mis en délibéré au 13 juillet.

* prénom d'emprunt

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