Étang-Salé : Durant une patrouille, un policier surprend son ex avec un homme

Le 29 décembre 2021, Mathilde* va déposer plainte contre son mari Julien*. Après plus de 20 ans de mariage, elle lui a annoncé qu'elle le quittait. Alors qu'elle allait partir, Julien lui a arraché les clés des mains, lui causant une légère blessure. Elle explique que quelque temps avant, Julien avait mis du soda dans son réservoir afin que la voiture ne puisse plus démarrer et lui avait fait croire à un problème moteur.
Un peu plus d'un mois après, alors qu'il est en patrouille dans L'Étang-Salé, Julien va voir la voiture de son ex-femme. Il se rapproche du véhicule et voit Mathilde en compagnie d'un autre homme. Hagard, il rentre dans son véhicule et s'en va. Mais ayant relevé la plaque d'immatriculation du véhicule de l'amant, il va utiliser des intermédiaires pour demander à des collègues dans l'Hexagone de consulter le SIV (Système d'immatriculation des véhicules), au prétexte qu'il est en panne dans l'île.
"Il dit qu'il veut la protéger, mais il continue à la dénigrer"
Rapidement, l'audience tourne au déballage des années de conflits et des sales coups entre les deux, où des épisodes de violences réciproques ont eu lieu. Mathilde va accuser son ex de l'avoir manipulée pendant des années, notamment en la poussant à bout et la laissant s'énerver devant les enfants. De son côté, Julien va expliquer que Mathilde a toujours eu des faiblesses psychologiques et qu'il a toujours essayé de la protéger.
Pour expliquer son geste du 29 décembre 2021, Julien affirme qu'il voulait "la sécuriser, comme elle est insomniaque et que c'était dangereux de la laisser conduire. Surtout, elle avait menacé de se projeter contre un mur avec la voiture."
De son côté, Mathilde va expliquer que c'est lors du confinement qu'elle a compris qu'elle était "au bout du rouleau. J'ai mis du temps à me rendre compte qu'il y avait quelque chose qui n'allait pas. J'avais toujours espoir que les choses s'arrangent." C'est ce doute permanent qui va la pousser à retirer sa plainte, avant de la redéposer.
"Pourquoi elle retire sa plainte ? Ça s'appelle l'emprise. Il y a également la peur de son statut de policier. Il dit qu'il veut la protéger, mais il continue à la dénigrer par SMS. La police judiciaire a dû l'appeler pour lui dire d'arrêter, car une procédure est en cours. Systématiquement, il va inverser ce qu'il lui fait subir. Quand elle était avec lui, les problèmes d'insomnie ne le dérangeaient pas lorsqu'il fallait aller chercher les enfants. Mais quand elle veut partir, elle est folle", affirme Me Tina Diot pour la partie civile.
"Monsieur ne peut pas être accusé de tous ses maux"
Pour le Procureur Olivier Clémençon, le recel de fichier est bien caractérisé puisque le prévenu l'a avoué en garde à vue. "Le comportement de harcèlement, je pense qu'on est dedans. Monsieur n'acceptait pas cette décision. Il n'acceptait pas une rupture qui arrivait, ce qui a provoqué un comportement irrationnel. Qu'il soit la cause des problèmes de Madame, je ne peux pas le dire. Mais qu'il les a aggravés, ça je peux l'affirmer", souligne-t-il avant de requérir une peine de 6 mois de prison avec sursis et l'interdiction d'exercer une fonction publique pendant un an.
Me Farid Isse, qui assure la défense de Julien, estime que "l'infraction ne tient pas pour une raison : l'ancienne procureure avait demandé un rappel à la loi. Il est poursuivi pour recel d'information, mais comment être le receleur de quelqu'un qui n'a rien fait avec ces informations ?"
"Sur le harcèlement moral, on veut faire monter la mayonnaise avec les petits faits du quotidien qui se sont accumulés. Il est nécessaire de prouver une altération réelle, physique ou morale, de la santé de la victime. Monsieur ne peut pas être accusé de tous ses maux et de toutes ses souffrances", ajoute l'avocat qui demande la relaxe.
Le jugement a été mis en délibéré au 29 février 2024.


