Environnement et High Tech : Quand l'ananas devient cuir et tissu

1493 est l’année où Christophe Colomb découvre l’ananas lors de sa fameuse expédition qui « lui fit découvrir l’Amérique » mais aussi la Guadeloupe. Le fruit est acheminé alors en Europe dès le début du XVIème siècle pour orner les tables et ravir les papilles des rois et nobles d’antan, grands amateurs de fruits exotiques C’est également à cette époque que sa culture est introduite en Afrique.
Le mot ananas est dérivé de Nana, un terme amérindien qui signifie littéralement dans le dialecte local « fruit délicieux ». Cette plante herbacée que nous connaissons bien à la Réunion peut mesurer jusqu’à 1,5 mètre en tous sens et les cultivateurs doivent attendre entre 14 et 20 mois avant de pouvoir récolter des fruits sur les plans semés.
Mais savez-vous que des chercheurs agronomes et des entreprises high tech ont découvert des faces cachées de notre si bon fruit...et c’est sa peau, et ses feuilles , en réalité qui intéressent les start-up innovantes, promesse d’une filière écologique en devenir... Et pourquoi pas à la Réunion ?
L'ananas en quelques chiffres et contexte pour notre île
30 millions de tonnes d’ananas sont produits par an dans le monde ces dernières années. Selon la FAO*, cette production devrait augmenter de 2 % par an pour atteindre 37 millions de tonnes en 2030[. Les principaux pays producteurs d'ananas incluent le Costa Rica, l'Indonésie, les Philippines, le Brésil, et la Chine.
3 millions de tonnes par an est la production d'ananas estimée sen Afrique Le Nigéria est le principal producteur africain, contribuant à environ la moitié de cette production avec 1,5 million de tonnes. Les autres pays producteurs notables incluent le Kenya, l'Angola, le Cameroun et la Guinée[
29 032 tonnes d’ananas sur une superficie de 1 762 hectares représente celle de la France, qui est le chiffre le plus signifiquement en 2022 qui compte principalement sur ses territoires d’outre mer au climat plus adaptée notamment en Guyane, Martinique, Guadeloupe, La Réunion et Mayotte.
7 000 tonnes d'ananas Victoria par an est celle de notre île, dont environ 2 000 tonnes sont exportées, principalement vers la métropole. Cependant nos agriculteurs doivent faire face à à nombreux défis majeurs qui impactent leur production et leur rentabilité comme les conditions climatiques extrêmes, l’augmentation importante des coûts de production, la pression urbaine et le foncier agricole, la transition écologique et énergétique ou encore la nécessité de conquérir de nouveaux marchés par de développement des unités de transformation industrielle pour maximiser les opportunités de marché.
L'évolution des aides publiques européennes et des leviers qu'elles représentent est essentielle pour accompagner les agriculteurs dans leur transition vers des systèmes diversifiés et agro-écologiques.
Alors l'ananas s'adapte et devient textile, cuir et beauté
En effet, les nouvelles technologies d'exploitation de la peau d'ananas se concentrent principalement sur la création de matériaux durables et écologiques, ainsi que sur des applications variées dans les domaines de la mode, de la cosmétique et de l'alimentation. Voici un aperçu des principales innovations :
- un textile durable : Piñatex est un textile innovant fabriqué à partir de fibres de feuilles d'ananas. Développé par Dr. Carmen Hijosa, ce matériau est une alternative végétalienne au cuir traditionnel. Le processus de fabrication commence par l'extraction des fibres des feuilles d'ananas, un sous-produit de la récolte des ananas aux Philippines. Ces fibres sont ensuite transformées en un textile non tissé, qui est finalisé en Espagne. Piñatex est non seulement durable et sans produits chimiques toxiques, mais il est également polyvalent et peut être utilisé dans la mode pour des vêtements, des sacs et des chaussures.
- un cuir végétal : en Bretagne un artisan, Clément Colin, développe des produits artisanaux basés sur un cuir végétal à partir de peau d’ananas.. Son processus de tannage comprend 16 étapes, allant de l'enlèvement des chairs à la teinture et au lustrage. Ce cuir est utilisé pour fabriquer des portefeuilles, des porte-cartes et d'autres articles de maroquinerie. Cet inventeur-créateur se distingue par l'absence totale de produits chimiques dans son processus, ce qui rend son matériau particulièrement écologique.
- un produit de beauté : la bromélaïne, une enzyme présente dans l'ananas, possède des propriétés exfoliantes et hydratantes. Elle aide à nettoyer les pores, éliminer les cellules mortes et hydrater la peau. Des produits comme des masques faciaux et des exfoliants naturels sont fabriqués à partir de la peau d'ananas, offrant des bienfaits pour la peau tels que la régénération et la lutte contre le vieillissement cutané.
Enfin des études ont montré que les déchets de transformation de l'ananas, tels que les épluchures, peuvent être valorisés pour produire du biogaz et du digestat, contribuant ainsi à une gestion plus durable des déchets. Ces sous-produits sont riches en matières organiques et en nutriments, ce qui les rend utiles pour des applications agronomiques et énergétiques.
Ces innovations montrent comment la peau d'ananas, souvent considérée comme un déchet, peut être transformée en produits de haute valeur ajoutée, contribuant ainsi à une économie circulaire et à la réduction de l'impact environnemental.
Terminons par une belle citation africaine, qui met en valeur la patience comme vertu essentielle dans l’agriculture et enseigne le respect des cycles naturels :
« Avec de la patience, il n’y a rien qu’on ne puisse atteindre. »
* FAO (organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture)


