Entre-Deux: Dépossédée de son exploitation, une agricultrice vit dans le flou

"J'ai l'impression de me retrouver face à un mur". Les mots de Annie Rose Ledoyen sont la preuve d'une grande déprime. L'agricultrice de l'Entre-Deux a tout perdu à cause d'un enchaînement improbable d'erreurs.
En 2006 et comme beaucoup de Réunionnais, Annie Rose reste figée au lit à cause du chikungunya. Le début d'une spirale négative. Ne pouvant plus être autant opérationnelle sur son exploitation de couveuse, son activité en pâtit immédiatement.
Les échéances qu'elle doit honorer à sa banque sont de plus en plus difficiles à respecter. L'exploitation est placée en redressement judiciaire. Arrive le premier ennui procédural. "Le mandataire financier désigné pour notre entreprise a liquidé l'exploitation au bout de trois mois seulement. Il a pris en compte le code du commerce au lieu du code rural qui offrait six mois", raconte-t-elle.
Plus tard, son exploitation et le terrain qui va avec sont mis en vente et c'est la société Crête d'Or qui rafle une parcelle qu'elle avait tenté d'acquérir quelques années auparavant, explique l'agricultrice qui détaille, au passage, l'insistance dont aurait fait preuve la société de production de volailles. Elle va jusqu'à parler de "harcèlement".
A l'aide de ses avocats, Me Georges-André Hoarau et Isabelle Lauret, l'agricultrice apprend en menant l'enquête que la société Crête d'Or a utilisé l'une de ses filiales "Couveuse d'Or" pour contracter l'achat du terrain. "Crête d'Or étant une société anonyme, nous explique l'agricultrice, elle n'avait pas le droit de signer de tels actes".
Le soutien du député Vlody
Malgré la dépossession présumée irrégulière de son outil de travail et de ses terres, Annie Rose Ledoyen a continué à travailler dans sa couveuse "comme si de rien n'était", bien déterminée à résister. Crête d'Or demande à son tour des dommages et intérêts à l'agricultrice, à hauteur de 250.000 euros, en raison du préjudice que le groupe estime subir en ne pouvant occuper les lieux.
Le tribunal de Saint-Pierre doit fixer les deux parties très prochainement, la date n'étant pas encore arrêtée. Ce matin, l'agricultrice a reçu la visite du député Jean-Jacques Vlody. "Il était important de soutenir Mme Ledoyen", retient l'élu de la 3e circonscription, car il exemplifie selon lui le cas de dépossession dont sont victimes de nombreux professionnels. "C'est un soutien qui me fait chaud au coeur", se réjouit Annie Rose Ledoyen. "Face à Crête d'Or, j'ai vraiment l'impression d'être le pot de terre contre le pot de fer. Et je ne m'appelle pas Caillé ou je ne sais qui d'autre, ce n'est pas évident".


