Du Pas-de-Calais à La Réunion, le "parcours du combattant" d’une enfant victime d’inceste

Violée par son beau-père entre ses 10 et 12 ans dans la région de Boulogne-sur-Mer, une adolescente du Pas-de-Calais a dû parcourir avec sa mère et quelques proches les 11.000 km la séparant de La Réunion, où son agresseur a été arrêté il y a deux ans, pour enfin assister à son procès.
Elle a hésité à venir et à témoigner jusqu’au jour-même de l’audience. Mais, comme si ce long voyage à La Réunion était enfin l’occasion de tourner cette page traumatisante de sa vie, Lara*, 16 ans, a pris son courage à deux mains et raconté aux juges le calvaire qu’elle a subi dans le cocon familial alors qu’elle n’était qu’une enfant.
Pour cette adolescente originaire du Pas-de-Calais, cet épilogue judiciaire intervient au terme d’un véritable « parcours du combattant », a raconté son avocate Me Julie Ritaine-Martel, lors du procès de son violeur présumé qui s’est tenu ce mercredi 25 et jeudi 26 mars devant la cour criminelle départementale de La Réunion. L’accusé, beau-père de la victime à l’époque des faits, avait quitté le Nord de la France pour venir s’installer à La Réunion, avant d’y être arrêté en avril 2024.
"Le beau-père parfait"
Avant cela, celui qui était le compagnon de sa mère depuis qu’elle avait quatre ans s’était transformé « en bourreau » à partir de la période du confinement, courant 2020. Des attouchements d’abord, puis des actes de pénétration ensuite, seront subis par la petite fille pendant près d’un an.
« Elle a eu d’autant plus de mal à révéler les faits que cet homme était le beau-père parfait, compagnon aimant, apprécié dans son travail et son cercle proche » poursuit l’avocate du barreau de Boulogne-sur-Mer. Opticien dans cette ville, l’homme d’une quarantaine d’années, déjà père de trois filles d’une première union, jouit d’une excellente réputation.
Mais alors que Lara sombre dans la dépression, c’est l’annonce du projet de mariage entre sa mère et son tourmenteur qui va la décider à libérer sa parole auprès de sa demi-sœur. « Mais il a nié les faits, a tenté de la faire revenir sur ses accusations, et la police à Lille n’a pas été très diligente à prendre sa plainte », poursuit la partie civile.
"La réactivité de la justice à La Réunion"
Finalement, c’est la mère de Lara qui va se muer en enquêtrice, et parvenir à arracher des aveux à son ex-compagnon, qu’elle enregistre lors d’une conversation téléphonique. L’homme va alors quitter l’Hexagone, saisissant une opportunité de mutation à La Réunion.
« Ce n’était pas pour échapper à la justice, sinon je serais parti à l’étranger », se défend l’accusé, « mais c’était pour mettre de la distance et démarrer une nouvelle vie », explique-t-il.
L’enregistrement de sa confession est transmis à la police de Saint-Pierre, où il s’est installé. Le suspect est arrêté, mis en examen et écroué, la partie civile saluant « la réactivité de la justice à La Réunion ».
L’enquête va par la suite permettre à une autre victime de cet homme de se faire connaître : une ancienne pensionnaire de son club d’escalade, victime d’attouchements en 2012 alors qu’elle avait 14 ans. Elle aussi a accepté de témoigner, par visio-conférence depuis la métropole, à l’occasion de ce procès.
"On est dans cette île paradisiaque, mais pas pour des vacances..."
Mais pour la mère et les proches de Lara, il était essentiel de pouvoir assister en personne à cette audience, malgré la longue distance à parcourir et les frais que cela a occasionnés. « On est dans cette île paradisiaque qu’on savait à peine mettre sur une carte, malheureusement pas pour des vacances mais pour évoquer des faits horribles. Mais c’est important qu’on soit là pour les soutenir », explique Jennifer, une amie de la mère de Lara.
L’accusé, décrit comme « un détenu exemplaire », a reconnu les faits à l’audience, expliquant « travailler sur cette part sombre » qui l’a poussé à s’en prendre par deux fois à des mineures. « Il a réalisé l’horreur des actes qu’il a commis, il s’est livré avec honnêteté et il est prêt à en assumer les conséquences », a plaidé son avocate saint-pierroise, Me Victoria Rouxel.
Douze ans de réclusion
Plus tôt, l’avocate générale avait réclamé douze ans de réclusion criminelle à l’encontre de l’accusé, « qui s’en est pris à des victimes innocentes et a voulu sauver sa peau en partant à La Réunion, en sachant qu’il allait être rattrapé. »
Après en avoir délibéré, la cour criminelle a suivi les réquisitions, prononçant la peine de douze ans de réclusion requise. Un verdict accueilli avec soulagement par la partie civile, et qui permettra peut-être à Lara, sa mère et leurs proches de rentrer dans les Hauts-de-France avec le sentiment que justice a été rendue. Même si c’était à l’autre bout du monde, bien loin de chez elles.
*Le prénom a été modifié


