Débrayage au Crédit Agricole : les syndicats alertent sur les salaires et l’avenir de l’emploi

Un mouvement de débrayage national a été suivi ce mercredi dans les 39 caisses régionales du Crédit Agricole. À La Réunion, malgré la pluie, des salariés ont débrayé devant le siège régional et des agences, à l’appel de la CFE-CGC et de Sud Solidaires. Les syndicats dénoncent des suppressions de postes à venir, des écarts de rémunération avec la métropole et l’impasse des négociations annuelles obligatoires (NAO).
Pour Alain Nativel, délégué syndical SNECA et président de l'union régionale CFE-CGC, le mouvement répond à un double constat :
“Nous faisons face à deux problématiques majeures. La première est salariale. Lors des dernières négociations annuelles obligatoires, la hausse proposée est de 0,4 %, ce qui est en-dessous de l’inflation locale.”
Selon le représentant syndical, les écarts de rémunération entre La Réunion et l’Hexagone restent par ailleurs importants. “À poste équivalent, les salariés réunionnais sont payés en moyenne 8 000 euros de moins par an que leurs collègues en métropole, alors même que le coût de la vie est plus élevé ici.”
Une situation confirmée, selon lui, par un rapport d'un cabinet d’expertise présenté en comité social et économique en octobre 2025, qui classe la caisse régionale de La Réunion-Mayotte "parmi les moins bien rémunérées du réseau, une fois neutralisés les éléments variables et la vie chère".
La seconde inquiétude porte sur le projet national “Efficacité 2030”, "destiné à réduire les coûts du groupe. Ce type de projet vise essentiellement les ressources humaines et l’informatique. Concrètement, cela signifie des suppressions d’emplois. "Nous demandons l’ouverture de négociations pour anticiper et accompagner cette transformation”, explique Alain Nativel, rappelant que la caisse régionale dégage chaque année entre 35 et 40 millions d’euros de bénéfices, "8 milliards d'euros au niveau national".
Un mouvement national décliné localement
Le mot d’ordre est porté par une intersyndicale nationale regroupant notamment la CFE-CGC et Sud Solidaires. La CFDT et Force ouvrière ont, elles, quitté l’intersyndicale au niveau national.
“Les négociations sont aujourd’hui bloquées, aussi bien au niveau national que régional. Localement, les NAO n’ont même pas commencé”, regrette Alain Nativel.
À La Réunion, sur environ 900 salariés que compte la caisse régionale, les syndicats estiment que plus d’une cinquantaine d’agents ont suivi le débrayage, entre le siège et les agences, même si aucun chiffre officiel n’a encore été communiqué.
« La reconnaissance n’est pas à la hauteur »
Même constat du côté de Matthias Ramsamy, délégué syndical SUD CAM – Sud Solidaires : “C’est un mouvement national avec des revendications locales. Aujourd’hui, la reconnaissance du travail des salariés n’est pas à la hauteur de leur engagement. Les NAO sont au ras des pâquerettes alors que les salariés donnent beaucoup.”
Le syndicaliste pointe également un dialogue social “à l’arrêt depuis près de quatre ans” localement et des projets conçus, selon lui, sans prise en compte des spécificités ultramarines. “On nous annonce des départs à la retraite sans remplacement. À l’horizon 2030, ce sont jusqu’à 30 % des postes qui pourraient disparaître. L’intelligence artificielle prend une place croissante et nous demandons que ces projets soient co-construits avec les représentants du personnel.”
Une mobilisation appelée à se poursuivre ?
Si aucun rendez-vous avec la direction n’était prévu ce jeudi, les syndicats espèrent que la mobilisation exercera une pression suffisante pour rouvrir les discussions.
“Le but, c’est de se réunir et d’avancer ensemble”, souligne Alain Nativel, qui n’exclut pas un durcissement du mouvement en l’absence d’avancées, tant au niveau local que national.
Pour Matthias Ramsamy, le caractère inédit de la mobilisation est en soi un signal fort. “Le Crédit Agricole n’a pas l’habitude de faire grève. Voir les 39 caisses régionales mobilisées, et des salariés dans la rue à La Réunion malgré la pluie, montre qu’il y a une vraie motivation et un malaise profond.”


