[COUP DE GUEULE] La justice est-elle publique ou confidentielle ? A zot minm i conné…

Cela n’arrive pas souvent mais là, je ne peux faire autrement que présenter mes plus plates excuses (même si ce n’est pas ma faute) aux lecteurs de Zinfos 974.
En raison de l’incurie de certains personnels, comme en raison d’un défaut structurel grave, je ne pourrai ce jour vous rendre compte de ce qui s’est passé ce matin au tribunal correctionnel de Champ-Fleuri !
Comme disait Jacques Baudoin, "Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu !" J’essaie de la tourner en dérision mais dur-dur les enfants.
Une qui murmure, l’autre qui chuchote, on est mal barrés !
Déjà, au lieu de la seule affaire prévue au rôle de l’audience, l’huissier m’apprend qu’il y en a une seconde, une histoire de blanchiment d’argent. Je me pourlèche d’avance les babines… Tiens ! Fume, c’est du belge.
L’accusé avance à la barre et se plante devant le micro. Bien élevé le gars. Tu parles… La présidente explique pourquoi cet homme est traduit en justice. Mais trois faits malencontreux (très) empêchent de savoir de quoi il est question : la clim’ camoufle le moindre bruit ; dehors, les élagueurs font un boucan d’enfer ; enfin, la présidente remue les lèvres, on le voit bien, mais on n’entrave que dalle.
Quand c’est au tour de l’accusé de s’exprimer, même topo, gazouillis sur un nid de scolopendres !
Entre l’une qui murmure et l’autre qui chuchote, les mouches s’en donnent à coeur joie.
Heureusement, heureusement que Me Girard, avocat de l’accusé, était là pour surmonter les ronflements pointant discrètement ici et là.
Me Girard s’est lancé dans un long monologue pour dire à quel point la justice est parfois mal fagotée ; ce en quoi nous ne pouvons que l’approuver. Voix claire, haute, puissante, il n’a nul besoin de microphone, mais… mais de quoi parle-t-il au juste, ce cher homme ? Car nous ne savons toujours pas de quoi il s’agit.
Pour contrer l’homme du barreau, la procureure s’est lancée dans un petit spectacle où ses feuillets-mémoires voltigeaient comme des plumes de martins se battant allègrement. La procureure, qui connaît ses effets scéniques sur le bout des doigts, a même sorti son smartphone et un Code de procédure pénale épais comme une fondue savoyarde pour clouer le bec à son adversaire.
Et un bon gargarisme, hein ?
L’affaire a été retenue et les débats ont pu continuer. À savoir qu’un silence de plomb a continué de peser sur une salle d’audience dans laquelle les débats sont censés être publics. À savoir audibles.
Il y a, chez les avocats comme chez les personnels de Justice, des silencieux. Je leur suggère un bon gargarisme le matin. Ou alors in’ tisane gros momon : 3 quarts de rhum-charrette, 1 quart de miel et 1 dernier quart de citronnelle. Car tout le monde sait bien que dans 1 litre créole, il y a… 5 quarts. À défaut de leur donner de la voix, ça les mettra de bonne humeur. Je sais, je fulmine en moucatant.
J’ai bien demandé à l’huissier s’il pouvait couper cette satanée clim’, chose que le président Molié lui demande régulièrement avant chaque séance. Geste d’impuissance : il n’en a pas le droit sauf ordre express de la présidente.
Je citais le président Molié qui, lui, n’a nul besoin de micro. Voix de stentor et humour à fracturer les zygomatiques d’un dépressif ; on l’entend de loin.
Je suppose que la présidente et l’accusé, à moins de 2 mètres l’un de l’autre, n’en ont rien à secouer des auditeurs.
J’ai quitté la salle alors, en me disant qu’il y avait une autre affaire au rôle, l’histoire de 4 Dalton, de minables escrocs présumés ayant fait quelque 70 victimes en quelques mois autour de l’île.
Désolé les amis. Vous savez combien j’aime vous dérider les neurones avec mes fariboles correctionnelles. Mais pour ça, encore faut-il que j’entende ce qui se dit dans le prétoire !
Si vous saviez à quel point je suis confus. Mais aussi outré, en rogne, en pétard, bandé en 36 comme dit gramoune…
À la prochaine…


