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[Communiqué] « L’abattage des requins doit être considéré comme la dernière option, uniquement quand tout le reste a échoué »

Communiqué de presse du Dr Afonso suite à sa mission à La Réunion, traduit en français par Didier Derand, président de VAGUES.

Ecrit par N.P. – le vendredi 24 mai 2024 à 15H44
Image d'illustration

Comme la Réunion, la ville de Recife (Brésil) est confrontée à un grave problème d’attaques de requins, avec 67 accidents et 27 décès depuis 1992, principalement imputables au requin-tigre et au requin-bouledogue. Dans cette ville, la gestion des risques liés aux requins s’est concentrée sur les méthodes non létales, car les populations de requins sont largement décimées par la surpêche et le fait de soumettre ces espèces à un stress supplémentaire contribuerait à causer de graves dommages écologiques et socio-économiques. En effet, pour chaque homme tué par un requin, dix millions de requins sont tués par l’homme. Il convient de noter qu’en tant que prédateurs supérieurs, les requins sont des éléments essentiels des réseaux trophiques marins et qu’ils nous fournissent d’importants services écosystémiques qui seraient irremplaçables si les requins étaient retirés de l’océan.

La méthode brésilienne consiste à capturer des requins potentiellement dangereux sur des côtes dangereuses et à les transférer vers des eaux du large, où ils sont marqués et relâchés. Des dispositifs de suivi permettent de connaître les déplacements des requins transférés après leur remise à l’eau, afin de déterminer s’ils retournent dans les zones dangereuses après leur remise à l’eau. Les données recueillies ont démontré que les requins se déplaçaient vers d’autres régions après avoir été transférés, ne représentant plus aucune menace pour les utilisateurs de l’océan au large de Recife. En outre, cette méthode a permis de réduire de 97 % le taux local d’attaques de requins, offrant ainsi une solution écologique efficace pour atténuer le péril requin.

La combinaison d’engins de pêche hautement sélectifs et à faible mortalité pour capturer les requins autour des zones dangereuses avec la translocation des requins vers des zones au large, loin des gens, est reconnue comme une alternative innovante et tournée vers l’avenir aux programmes de contrôle des requins létaux. C’est pourquoi d’autres pays où le risque requin est un problème historique (comme l’Australie) ont testé une telle stratégie afin de réduire le péril requin tout en protégeant la santé et l’équilibre de leurs écosystèmes marins nationaux. Des preuves scientifiques ont démontré que l’élimination des requins peut entraîner la perte d’habitats importants tels que les récifs coralliens que les ressources halieutiques utilisent comme nurseries, la détérioration de la biodiversité et de l’abondance des espèces, ainsi que l’affaiblissement de la résistance au changement climatique et à l’érosion côtière, provoquant ainsi des effets en cascade imprévisibles sur le bien-être socio-économique. C’est pourquoi il est impératif que l’abattage des requins soit considéré comme la dernière option de gestion à mettre en place uniquement lorsque tout le reste a échoué.

Le faible potentiel de rebond des populations de requins, dû à leur maturité sexuelle tardive et à leur faible fécondité, rend ces espèces extrêmement vulnérables à l’épuisement des stocks. Étant donné que les processus écologiques marins se développent lentement, il est très probable que les effets de l’élimination des requins ne seront perceptibles qu’après plusieurs années, ce qui signifie que les générations futures seront largement exposées aux conséquences de l’élimination des grands prédateurs de l’environnement. Si l’on veut que les objectifs de développement durable des Nations Unies que nous sommes tous engagés à atteindre soient pleinement réalisés, il faut mettre en œuvre dès maintenant des mesures adéquates pour minimiser l’impact de l’homme sur les écosystèmes marins. Cela implique nécessairement que les grands prédateurs tels que les requins soient protégés dans toute la mesure du possible, même dans des circonstances extrêmes telles que des scénarios d’attaques de requins. Compte tenu des connaissances actuelles sur la valeur écologique des requins et de la nécessité de restaurer les populations de requins dans le monde entier, on devrait se sentir obligé de prouver que l’élimination des requins est la seule solution possible avant de mettre en œuvre des méthodes létales pour atténuer le péril requin sur les côtes où il existe toujours.

André S. Afonso

Chercheur Assistant

Université de Coimbra (Portugal)

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