COI : la présidence française ravive les tensions autour de Mayotte

La France, à travers La Réunion, s'apprête à prendre la présidence tournante de la Commission de l'océan Indien (COI) le 8 juin prochain à Moroni. Une transition diplomatique qui pourrait relancer le sensible dossier de Mayotte, toujours revendiquée par les Comores. En toile de fond, l'influence grandissante de la Russie dans la région et son soutien affiché à certaines revendications territoriales inquiètent également les chancelleries
La passation de la présidence tournante de la Commission de l’océan Indien (COI) entre les Comores et la France, par l’intermédiaire de La Réunion, s'annonce sous haute tension diplomatique, selon nos confrères d'Africa Intelligence. Prévue le 8 juin prochain à Moroni lors du 40e Conseil des ministres de l'organisation régionale, cette transition pourrait replacer au premier plan l'épineuse question de la place de Mayotte au sein de l'institution.
Une délégation française conduite par la ministre déléguée à la Francophonie, Éléonore Caroit, doit officialiser la prise de fonction française après une année de présidence comorienne. Mais derrière cette alternance institutionnelle se cache un désaccord de fond entre Paris et Moroni sur le statut de Mayotte, département français depuis 2011 mais toujours revendiqué par les Comores.
Depuis plusieurs mois, la diplomatie française affiche sa volonté de renforcer l'intégration de Mayotte dans les mécanismes régionaux de coopération. Une orientation perçue comme une ligne rouge par les autorités comoriennes. Le président Azali Assoumani multiplie ainsi les prises de position pour rappeler que son pays continue de considérer l'île comme faisant partie de son territoire national.
Le sujet avait déjà provoqué des crispations lors du sommet des chefs d'État de la COI organisé en avril 2025 à Antananarivo. Emmanuel Macron y avait plaidé pour que Mayotte et La Réunion occupent toute leur place dans les programmes de l'organisation. Une déclaration immédiatement dénoncée par Moroni, qui y voyait une remise en cause du droit international tel qu'il l'interprète.
Deux visions s'opposent. Paris met en avant le principe d'autodétermination et rappelle que les Mahorais ont, à plusieurs reprises depuis les années 1970, choisi de rester français. Les Comores s'appuient quant à elles sur le principe de l'intangibilité des frontières héritées de la décolonisation, une position soutenue par l'Union africaine et plusieurs résolutions de l'Assemblée générale des Nations unies.
La Russie en arrière-plan
En toile de fond, un autre acteur attire désormais l'attention des observateurs régionaux : la Russie. Moscou chercherait à tirer parti des différends territoriaux qui traversent l'océan Indien pour renforcer son influence diplomatique, toujours selon Africa Intelligence. Le Kremlin a notamment affiché son soutien à la revendication malgache sur les îles Éparses. L'annonce de l'ouverture prochaine d'une représentation diplomatique russe aux Comores nourrit également les interrogations sur un rapprochement entre Moroni et Moscou. Dans les milieux diplomatiques, certains s'interrogent sur l'éventualité d'un appui russe aux positions comoriennes concernant Mayotte.
Lire aussi : Zone économique commune et stockage d'hydrocarbures : Madagascar et la Russie renforcent leur relation
Au-delà du dossier mahorais, la présidence française intervient dans un contexte régional marqué par plusieurs différends territoriaux. Maurice revendique toujours Tromelin, tandis que Madagascar continue de réclamer les îles Éparses. Pour certains observateurs, toute évolution sur l'un de ces dossiers pourrait fragiliser l'ensemble de la position française dans l'océan Indien.
La situation est d'autant plus sensible que la COI traverse une période de transition interne après le départ anticipé de son secrétaire général malgache, remplacé provisoirement par son compatriote Ibrahim Norbert Richard. Dans ce contexte, la présidence française devra naviguer entre coopération régionale et tensions diplomatiques persistantes.
À quelques jours du rendez-vous de Moroni, la question de Mayotte apparaît ainsi comme le principal sujet susceptible de compliquer la prise de fonction française à la tête de l'organisation régionale. Un dossier que ni Paris ni Moroni ne semblent disposés à abandonner.


