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Club hippique de Bourbon : Plus d'argent dans les caisses, une plainte déposée contre l'ancien dirigeant

Une plainte contre X et contre l'ancien directeur du Club hippique de Bourbon a été déposée début juin par l'actuel président du centre équestre. Il s'agit d'une plainte pour abus de confiance, faux et usage de faux, suite à la découverte de malversations financières, selon la présidence du club. Les finances du centre équestre sont passées de près de 2,5 millions d'euros à quelques milliers d'euros en l'espace de deux ans. Le centre équestre demande son placement en redressement judiciaire.
Ecrit par Julien Delarue – le jeudi 22 août 2024 à 14H16

Nouvelle tempête en vue pour l'un des plus anciens centres équestres de l'île. Le Club Hippique de Bourbon, association autrefois située à côté de l'aéroport Roland Garros et désormais installée à Sainte-Marie, demande début septembre son placement en redressement judiciaire. Cette mesure est considérée par l'actuelle présidence du club comme une protection nécessaire pour évaluer les dégâts financiers qui auraient été laissés par l'ancien directeur, licencié depuis pour faute grave.

Il faut remonter au mois de février dernier pour comprendre la situation. L'ancien président du club a démissionné, ce qui a débouché sur l'élection d'un nouveau bureau et de Quentin Guillermo en tant que président, lors d'une assemblée générale extraordinaire. « Nous avons consulté les comptes et nous nous sommes rendu compte qu'il n'y avait plus d'argent », explique-t-il. Une des principales raisons ? Le déménagement du club de l'aéroport vers Sainte-Marie, ainsi que les travaux d'aménagement. « Sauf que rien n'est conforme », ajoute-t-il.

« Nous avons constaté plusieurs non-conformités sur le chantier de terrassement, qui a coûté 925.000 euros. » Le lieu choisi à Sainte-Marie se trouve à Terrain Elisa. Autrefois propriétaire, le centre équestre est désormais locataire d'un terrain de 4 hectares. Le seul problème est un dénivelé de 17 mètres qui a nécessité des travaux d'aménagement. « Sauf qu'il n'y a eu aucune supervision, aucun maître d’œuvre pour diriger les travaux. Par exemple, des murs ont été érigés sans soutènement. Au moment de la livraison du chantier, l'entreprise nous a réclamé encore de l'argent », s'indigne Quentin Guillermo.

 

Le chantier du Club Hippique de Bourbon est toujours en cours

 

Alerte après analyse des comptes

 

Bien décidé à comprendre ce qui s'est passé, il a fait analyser les comptes du club par un cabinet d'expertise comptable. Plusieurs anomalies ont été relevées. « Est-ce pour cela que l'ancien directeur a soudainement demandé une rupture conventionnelle de son contrat ? », se demande-t-il. Résolu à démêler cette affaire, le président du Club Hippique de Bourbon a fait appel à un avocat. « Nous avons licencié l'ancien directeur pour faute grave et déposé une plainte au pénal », précise Me Géral. Ce licenciement n'a fait l'objet d'aucun recours devant les prud'hommes. « M. Guillermo, quant à lui, n'est pas resté inactif et a cherché à mettre de l’ordre dans les papiers et les finances du club, que son prédécesseur avait totalement délaissés, les laissant entre les mains de l'ancien directeur. »

Me Géral, avocat et Quentin Guillermo, président du Club Hippique de Bourbon.

 

« De mon côté, j'ai déposé plusieurs mains courantes à la gendarmerie », poursuit Quentin Guillermo. Par ailleurs, le président du club explique qu'il a retrouvé, dans un véhicule du club utilisé pour transporter les chevaux, des grenades à plâtre, nécessitant l'intervention des services de déminage, ainsi que des munitions et un "gumball" (pistolet à balles en caoutchouc) dans un logement de fonction. « Nous sommes dans un club hippique où des enfants sont présents », rappelle-t-il.

Début juin, la plainte a été déposée sur le bureau de la procureure de la République de Saint-Denis pour abus de confiance et faux et usage de faux. Selon l'avocat et le président du club, le préjudice financier est particulièrement lourd. « Nous avions de l'argent sur les comptes, près de 2,5 millions d'euros. Aujourd'hui, il ne reste plus que 3.000 euros. Le chiffre d'affaires a chuté, passant de 350.000 euros par an à 150.000 euros. Sur les 250 licenciés, beaucoup sont partis en raison des relations tumultueuses instaurées par l'ancien directeur. »

 

Il ne reste plus rien des 3,5 millions d'euros de la vente d'un terrain

 

L'association disposait de fonds importants avant son déménagement. En 2020, le club avait rencontré des difficultés financières, l'obligeant déjà à se placer en procédure de redressement judiciaire. L'association avait alors vendu un terrain près de l'aéroport pour un montant de 3,5 millions d'euros, de quoi éponger le passif et repartir sur des bases beaucoup plus saines.

« Nous en sommes à près de 1,9 million d'euros de travaux, et nous nous posons beaucoup de questions », indique le président du club. Au-delà du terrassement du terrain, la construction du club-house a vu son coût chuter de 300.000 euros à 100.000 euros. « Cela s'est produit après la réalisation d'un constat d'huissier et la visite de la commission de sécurité sur le site. » Le président s'interroge sur le montant total des travaux réalisés sans supervision. D'autant que, dans le même temps, l'ancien directeur disposait d'une entreprise individuelle lui permettant de facturer en tant qu'« apporteur d'affaires », selon l'avocat du Club Hippique.

« Nous nous interrogeons sur d'éventuelles commissions sur des factures de prestations d'entreprises », ajoute Me Géral. De plus, l'état des comptes semble révéler l'utilisation des moyens de paiement du club à des fins personnelles, pour un montant de plus de 25.000 euros (restaurants, courses alimentaires, achat de bijoux, vins...) en moins de deux ans.

 

"Quand on veut faire abattre son chien, on dit qu'il a la rage"

 

Nous avons tenté de joindre par téléphone l'ancien directeur du Club. Nous avons simplement pu échanger par SMS avec lui. Sur la plainte déposée, il donne son point de vue : "Je ne suis pas au courant d'une éventuelle procédure dans ce sens. Il y avait une comptable et un président, certes démissionnaire depuis, ainsi qu'un Comité directeur. Que vous soyez au courant d'une procédure et pas moi, est déjà une très grosse faute en soi. Il faut toujours un responsable à un naufrage causé par d'autres. L'architecte et l'entreprise en charge de monter les boxes en première ligne, et le cyclone Belal qui a privé le Club Hippique de la subvention FEDER promise au plus mauvais moment, nous écrit-il, avant de poursuivre, quand on veut faire abattre son chien, on dit qu'il a la rage. Il faut bien que quelqu'un paie. J'ai travaillé comme un damné pendant 3 ans et demi pour sauver le Club, j'avais 52 jours de congés payés pas pris fin février au moment de mon burnout, et en travaillant 14 h/jour, 7/7 jours, j'ai fait ce que j'ai pu et tout donné pour ce club jusqu'à ma santé (sic)."

Invoquant aujourd'hui des problèmes de santé plus graves et une situation personnelle délicate, il nous précise avoir "tout consigné dans un dossier", et assure que "les vrais responsables devront répondre de leur actes et leurs écrits."  

 

300.000 euros de passif

 

Tous ces éléments financiers ont poussé le président du club à demander protection auprès du tribunal judiciaire de Saint-Denis. Avec un passif estimé à un peu moins de 300.000 euros, il espère mettre de l'ordre dans les finances du club, la désignation d'un administrateur judiciaire, et surtout connaître l'état exact des créances en cours auprès des entreprises. « Nous allons enfin connaître le montant réel des travaux, car rien n'est clair », espère Quentin Guillermo.

En attendant, le Club Hippique de Bourbon continue ses activités. Créé en 1958 et devenu une association en 1974, les récentes journées portes ouvertes ont permis d'enregistrer près de 70 nouveaux licenciés. « Nous devons en avoir près de 200 pour atteindre l'équilibre », conclut le président du club, qui espère bien que l'histoire de ce centre continue.

 

Depuis le changement de présidence, le Club Hippique de Bourbon a pu enregistrer l'arrivée de 70 nouveaux licenciés.

(Photos Alexandre Robert)

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