Cétacés : Vers un renforcement des règles d’observation ?

Si l’option de restreindre les règles d’approche des cétacés, et en particulier des baleines lors de l’hiver austral, n’est officiellement pas encore envisagée, elle est clairement sur la table pour le sous-préfet de Saint-Paul, Philippe Malizat. “L’ouverture de la saison est tardive cette année, pour autant les conditions seront différentes par rapport à l’année dernière. La Réunion est un territoire exceptionnel pour la découverte de la faune marine. C’est le seul en France où l’approche des mammifères marins est possible, avec un équilibre à trouver entre avantages et inconvénients. En 2023, l’approche était facile, car les groupes de baleines étaient nombreux. Mais avec moins d’animaux cette année, la pression sur le plan d’eau sera plus forte, avec autant de bateaux, mais moins de baleines”, souligne le haut-fonctionnaire. “Nous verrons en fin de saison si des modifications à la législation sont nécessaires”, poursuit le sous-préfet de Saint-Paul.
Pour vérifier la bonne application des consignes, les contrôles vont se multiplier durant tout l’hiver austral. “Monsieur le préfet nous a demandé d’être vraiment attentifs au respect de la législation sur l’observation des baleines. Le nombre de tortues marines blessées ou tuées nous interpelle aussi, et ces opérations viseront aussi à faire respecter la limitation de la vitesse à cinq nœuds dans la zone des 300m. Au moins huit missions par semaines sont prévues sur la côte”, prévient le sous-préfet. L’effort sera surtout porté sur les plaisanciers et les particuliers, les professionnels ayant assuré dans leur extrême majorité qu’ils respectent les règles.
Des activités humaines qui impactent les animaux
Avec une sortie baleine dans le top-tier des activités à faire sur l’île durant ces grandes vacances, les autorités et les scientifiques ne cachent pas leur inquiétude de voir les cétacés directement impactés par ce regain d’activité. “Un baleineau a besoin de prendre 70kg par jour en tétant sa mère. En le sollicitant en permanence, on gêne son alimentation. De plus, cela peut entraîner des comportements de défense chez les adultes. Depuis plusieurs années, on observe une maturité sur ces questions de la part des usagers, mais il y a un problème quantitatif. La situation n’est pas soutenable dans les années à venir”, souligne Charline Fisseau, chargée d’étude au CEDTM (Centre d’Étude et de Découverte des Tortues Marines).
D’ailleurs, la formation Oméga permet aux plaisanciers et aux touristes qui le souhaitent une piqûre de rappel des consignes sur les baleines, tout en incluant un module sur les tortues marines.
1156 baleines observées en 2023
Si les premières tendances montrent que 2024 ne sera sans doute pas aussi riche que 2023 en observations, Globice tient à rappeler qu’il est difficile de déterminer à l’avance le nombre de baleines qui rejoindront nos côtes. “Nous essayons d’affiner nos prévisions en enrichissant nos modèles, mais nous devons toujours prendre des précautions”, résume Jean-Marc Gancille, le responsable communication de l’association. D’ailleurs, Globice vient de terminer le comptage exact du nombre de cétacés. “Nous avons pu observer 1156 individus lors de 855 observations. Au moins 360 adultes ont été aperçus avec au moins un baleineau, poursuit Jean-Marc Gancille, et 530 baleines ont pu être identifiées grâce au programme de science participative Kodal”.
L’association ne compte pas en rester là et propose désormais aussi une application mobile pour signaler les baleines aperçues depuis la côte. “Nous avons eu près de 14 000 téléchargements, avec en moyenne 4000 utilisateurs par jours. Nous en sommes très satisfaits. Cela va permettre de recueillir des données supplémentaires, en plus d’offrir une carte aux gens qui veulent faire des observations depuis le bord de mer. L’une des meilleures, car elle est non envahissante”.

Image : DMSOI


