Bruno Retailleau, ministre de l'Intérieur : "Mayotte est totalement dévastée"

De retour de Mayotte, les ministres démissionnaires de l'Intérieur et des Outre-mer, Bruno Retailleau et François-Noël Buffet, ont tenu un point presse à la préfecture de La Réunion. Le ministre de l'Intérieur évoque une île « dévastée ».
Les mines sont sombres en préfecture de La Réunion. Après une visite de quelques heures sur le terrain à Mayotte, les deux ministres démissionnaires dressent un constat implacable de la situation.
« Nous avons effectué une reconnaissance aérienne et participé à une réunion de crise aujourd’hui. Nous sommes allés au cœur du désastre. Le constat est très clair : l’île est totalement dévastée », déclare Bruno Retailleau. Aucun endroit de Mayotte n’a été épargné, et le ministre souligne qu’il est crucial de se projeter rapidement sur la reconstruction, bien que l’urgence humanitaire prime encore.
Pas d'état d'urgence
Interrogé sur un éventuel état d'urgence, Bruno Retailleau a balayé l'idée pour le moment. « Aujourd’hui, il n’apporte rien. En revanche, un couvre-feu pourra être instauré si nécessaire », précise-t-il, ajoutant que le préfet de Mayotte disposera de tous les moyens pour agir.
La question de l’accès à l’eau, essentielle, a été abordée. Un retour à 50 % des capacités est attendu sous 48 heures, avec une augmentation à 75 % dans les jours suivants. En parallèle, la distribution d’eau importée sera organisée par un binôme préfet-maire, qui mettra en place des points de regroupement pour la population. Le préfet de La Réunion, Patrice Latron, a également annoncé qu’un dispositif de traitement de l’eau a été déployé et sera opérationnel dès jeudi, permettant de traiter entre 200 et 250 m³ par jour.
Jusqu'à 10 vols par jour dès la fin de semaine
Chaque jour, un A400M transportera des bouteilles d’eau et de la nourriture, des éléments indispensables pour faire face à la catastrophe. Le gouvernement a mobilisé 10 tonnes de bâches pour l’habitat temporaire, et d’autres tentes ainsi que des structures modulaires seront acheminées dans les jours à venir. Les autorités locales prévoient un pont aérien d’une ampleur exceptionnelle, avec trois rotations hier, quatre aujourd’hui, et sept prévues demain, dont trois avec des avions civils. En fin de semaine, un second A400M sera opérationnel, avec une cadence atteignant entre sept et dix vols par jour. Reste que l'ouverture totale de l’aéroport est une priorité absolue pour effectuer des vols d’états.
Le port est opérationnel, et la liaison maritime entre Petite-Terre et Grande-Terre a été rétablie. Quant à L’hôpital, touché par les intempéries, il reprend progressivement son service. « Il sera renforcé jeudi par un hôpital de campagne », précise Bruno Retailleau
Sur le plan de la sécurité, la situation est jugée sous contrôle, bien que l’instauration d’un couvre-feu par le préfet de Mayotte reste une option envisageable. Ce dernier pourra, si nécessaire, prendre autorité sur l’ensemble des services de l’État. Concernant l’état de catastrophe naturelle, il sera examiné en urgence.
Reconstruction de l'île
François-Noël Buffet a également insisté sur la gravité de la situation. « Il n’y a pas de capacité d’hébergement suffisante. Les bâtiments en dur sont moins touchés, mais tout le reste est dévasté. Nous devons agir dans un contexte extrême pour trouver des solutions immédiates aux sinistrés », a-t-il déclaré. Il a annoncé qu’une mission interministérielle est en préparation pour la reconstruction de l’île, soulignant qu’il faudra intégrer une notion de temps long dans cette démarche. Bruno Retailleau rajoute : « On fera en sorte que l’habitat soit plus résistant lors de la reconstruction, et qu’on évite les erreurs du passé. Tout l’État est mobilisé ».
Le directeur de la sécurité civile a ajouté que toute la chaîne logistique est pleinement mobilisée face à ce désastre d’une ampleur inédite. Un hôpital de campagne, déployé par la sécurité civile, sera opérationnel dans sa configuration complète d’ici la fin de la semaine. Les renforts humains s’organisent également, avec 1 200 personnels supplémentaires prévus dans les prochains jours.







