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Bête comme un pigeon de la savane

Ecrit par zinfos974 – le vendredi 30 mars 2012 à 15H54

Au cours de mon enfance en Afrique, une expression des vieux Sénégalais m’emplissait de perplexité. Pour parler d’un individu peu réfléchi, incohérent, voire franchement idiot, mes amis disaient :
"Celui-là, il est plus bête qu’un pigeon de la savane !"

Je n’ai jamais osé demander ce le pourquoi de cette expression… de peur d’encourir le même reproche. Il m’a fallu des années pour être au fait de la subtilité. Ce n’est que récemment, pendant mes vacances africaines, alors que je déambulais dans la savane, que je saisis toute la subtilité de la chose.

Au milieu d’une clairière, un groupe de pigeons sauvages picorait benoîtement quand, de derrière les fourrés, surgit un splendide chat sauvage que personne n’avait entendu venir. Le félin bondit sur la horde ailée, laquelle s’envola sans demander son reste. Le bond extraordinaire du chat, toutes griffes dehors, resta un pur exploit sportif.

Quelques secondes plus tard, les pigeons au complet revenaient se poser exactement au même endroit ! Ces stupides bestioles avaient gardé le souvenir des graines qu’elles picoraient mais totalement zappé le danger. Le manège se produisit plusieurs fois et les volatiles débiles revenaient se poser là où leur existence était en péril. La cinquième fois, le chat eut sa part de butin, amplement méritée en fin de compte : deux d’un coup ! Un ami sénégalais m’expliqua que les pigeons de la savane n’ont pas de mémoire. Ce fut la révélation...

De retour dans mon île, j’eus aussitôt l’occasion de me dire que les pigeons de la savane n’existaient pas qu’en Afrique. Il y avait ici même un groupe de gens qui, depuis des années, des décennies, s’acharnait, à grands coups de subventions publiques, à tenter de créer une graphie créole sans rime ni encore moins de raison.

Ils venaient d’échouer dans leur troisième tentative ? Qu’à cela ne tienne, ils allaient essayer une quatrième fois. Des leçons précédentes, ils n’avaient rien retenu ! Zéro. Z’œuf. Au ki ! Zéro calebasse la fumée Grand-Bois. L’inutilité mainte fois prouvée de leurs pitoyables essais précédents n’avait servi à rien. Comme les pigeons sans mémoire, ils récidivaient.
En Provence, où l’on n’est charitable que du bout des lèvres, pour parler d’un fada, on dit : "Il est bien brave…" Avant d’ajouter fielleusement "le pauvre !"

Plus sérieusement, avec les 55 000 euros que ces braves pigeons viennent encore de soutirer à leurs financiers publics habituels (pour aller admirer les pécaris de Guyane), notre association humanitaire aurait pu offrir 300 000 repas chauds aux petits élèves malgaches.

Christian Vittori

 

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