Revenir à la rubrique : Patrimoine

Beaufonds, la vieille usine

L'établissement sucrier de Beaufonds à Saint-Benoît, est aujourd’hui désaffecté. Situé à 200 mètres de la mer, il était desservi par la Marine de la Rivière des Marsouins depuis sa création jusqu’au début du XXe siècle. Cette usine a été, pendant 180 ans, le poumon de la région Sud-est, lui apportant stabilité et intérêt jusqu'à sa fermeture en 1995.
Ecrit par zinfos974 – le samedi 15 août 2009 à 08H00

Aucune image à la une trouvée pour cet article.

La sucrerie de Beaufonds, a été construite entre 1827 et 1834 par la famille Hubert Delisle déjà propriétaire de l’usine de Beaulieu. Joseph Michel De Guigné s’en porte acquéreur en 1843. Il aménage et équipe le domaine  entre 1843 et 1864 jusqu’à que celui-ci devienne un pôle important de la côte au Vent.
En cette deuxième moitié du XIXe siècle, la concurrence du sucre de betterave et les difficultés liées à l’équipement des usines, en matériel de plus en plus performant (machines à vapeur anglaises) et par la même plus coûteux  provoquent une première crise du sucre. De Guigné se trouve dans l’obligation de contracter des emprunts et d’hypothéquer une partie des terres du domaine. Il décède en 1867, ses héritiers se trouvent alors liés par de grosses échéances pour lesquelles ils ne peuvent respecter les engagements.

 

L’usine de Beaufonds est alimentée en eau par la rivière des Marsouins, amenée par un canal à ciel ouvert issu de l’Ilet et traversant les hameaux de Bras-Canot et de Bras Fusil. Elle fonctionne également grâce à des machines à vapeur utilisant charbon de bois et bagasse.  En 1874, contre une compensation de 300 000 francs, les héritiers De Guigné sont dessaisis de leurs biens qui deviennent ceux du Crédit Foncier Colonial comme bon nombre d’autres domaines et sucreries de cette époque. Au fil des années, le nom du Crédit Foncier Colonial évolue pour devenir en 1956, la Société des Sucreries d’Outre-mer, puis la Compagne Française de Sucreries en 1964. Elle quitte La Réunion en 1972 après avoir revendu les terres et les usines.

 

Le directeur de Beaufonds, Pierre Chapuiset Lemerle et son directeur-adjoint Maurice Manglou poursuivent la modernisation engagée. Dans le grand mouvement de centralisation des usines de l’île commencée au début du XXe siècle, Beaufonds et Ravine Creuse de Saint-André fusionnent en 1970 et rejoignant ainsi le Groupe Quartier Français (1972) avec pour objectif une production sucrière grandissante qui est alors de 25 000 tonnes à l’année. Henri Lougnon  perpétue encore la modernisation, en établissant des quotas de répartition des cannes à sucre vers les usines sucrières de l’Est jusqu’à fabriquer 120 tonnes de sucre à l’heure à Beaufonds.

 

Lors de son arrivée dans le groupe Quartier Français, un énorme retard technique est constaté. Maxime Rivière, Directeur de Quartier Français, s’investit personnellement à Beaufonds dans la démarche d’adaptation aux nouveaux objectifs. De nombreux investissements sont nécessaires, le premier apport est de 500 000 francs CFA. Il sera suivi par plusieurs autres venant du réinvestissement dans la sucrerie des bénéfices de l'année. Cette démarche favorise les relations et amène dirigeants, techniciens, employés et ouvriers à se rapprocher, œuvrant dans une même dynamique, dans le but de produire plus et surtout d’échapper le plus longtemps possible à la centralisation qui est pourtant inévitable.

 

La répartition des productions agricoles par usine et le respect des quotas de brassage des cannes à sucre entrainent une augmentation des tonnages. Ainsi, en quelques années, l’usine passe d’une capacité de réception de 230 000 tonnes de cannes à 330 000 tonnes et la production de sucre de 26 000 tonnes, grimpe à son tour à 38 000 tonnes.
Pourtant, la Société Sucrière du Nord-est, propriétaire de Beaufonds, se trouve confrontée aux impératifs de réduction de coûts auxquels elle doit faire face. De 1976 à 1985, la filière sucrière se trouve de nouveau dans l’impasse. L’activité du groupe se centralise sur le site de Beaufonds sous la direction générale de Xavier Thiéblin, avant de s’orienter vers le Gol à Saint-Louis. Il reste 3 usines dans l’île.

 

En 1994, la Société Léonus Bénard Sucrerie - Distillerie du Gol et la Sucrière du Nord-est fusionnent. Puis devient la Sucrière de la Réunion, nouvelle dénomination sociale, filiale du groupe Quartier Français et propriétaire de l'usine du Gol. Beaufonds atteint, lors de sa dernière campagne 1995, un broyage  moyen de 385 tonnes de cannes à l’heure et fabrique 80% des besoins locaux en sucre blanc. Ainsi, les différentes adaptations et les diversifications de production n’ont pas empêché ce centre de production performant de disparaitre à son tour.

 

Lorsque l'usine de Beaufonds arrête de fonctionner, le calendrier affiche : 21 novembre 1995, il est 5 heures du matin. La fabrication du sucre est transférée à l’usine du Gol située à l’extrême Ouest de l’île. La Raffinerie de Rivière du Mât, appartenant elle aussi au groupe Quartier Français, s'est installée sur le domaine de Beaufonds depuis 1984. La plate forme continue à réceptionner les cannes des plaines environnantes.
Depuis la fermeture de Beaufonds, les livraisons de cannes se partagent entre la sucrerie de Bois Rouge au Nord-est, gérée précédemment par le Groupe Bourbon et Adrien Bellier qui a  passé le relai à l’Union des Sucreries et Distilleries Agricoles, et l’usine du Gol appartenant au groupe Quartier Français au Sud-ouest de l’île.

Sources : - Quartier Français, une histoire réunionnaise de 1923 à aujourd'hui par FélixTorres.Océan Editions
-Le Patrimoine Des Communes De La Réunion.Auteur:Collectif- Editeur : Flohic- Collection:Le Patrimoine Des Communes De France- Parution : 21/11/2000
-Daniel Vaxelaire : Le grand livre de l'histoire de La Réunion : Orphie, 2003. - 2 vol.

 

Etiquettes :

Dans la même rubrique

0💬
Tri :