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Aux assises, le procès du ti-père accusé de la mort de Gabriel : « Frapper, c’est une méthode d’éducation »

Ce mardi, au deuxième jour du procès d'Haymerick Gonfo, la mère de Gabriel n'est pas venue témoigner, malgré l'importance de sa déposition. La cour a décidé de poursuivre l'audience - alors que la défense avait plaidé un renvoi de l'affaire - dévoilant des détails poignants sur les maltraitances subies par l'enfant. Haymerick Gonfo risque 30 ans de réclusion criminelle et ne reconnaît pas les faits.

Ecrit par Isabelle Serre – le mercredi 12 juin 2024 à 06H16

Ce mardi, au deuxième jour du procès d’Haymerick Gonfo, celle qui était attendue à la barre pour donner sa version des faits et expliquer le contexte familial dans lequel son fils, Gabriel trois ans, a perdu la vie, n’est pas venue. L’avocat de l’accusé, Me Julien Baracco, a demandé à ce que l’audience criminelle soit renvoyée, ce témoignage étant capital. Mais après en avoir délibéré, la cour a décidé que l’audience allait se poursuivre. La présidente a donc lu les différentes dépositions de la mère de famille âgée de 27 ans en juillet 2021. Elle avait notamment indiqué qu’elle « découvrait le comportement violent de son conjoint », qu’elle fréquentait depuis quelques mois. A part une fessée à Lorenzo qui avait provoquée une discussion au sein du couple – « c’est pas l’éducation que je veux donner à mes enfants », rien n’avait alerté la mère.

 

Rien n’avait alerté la mère de Gabriel

 

Quelque temps plus tard, celle-ci avait précisé que son fils Killian qui pleurait beaucoup depuis la disparition de son jeune frère avait avoué « s’en vouloir ». Car avant le décès, il avait vu Haymerick Gonfo donner des coups à Gabriel avec un manche à balai « jusqu’à ce qu’il se casse ». La veille, la grand-mère paternelle avait témoigné à la barre son inquiétude : « je n’ai pas pu le sauver ». Quant au traitement infligé à la fratrie par leur nouveau ti père, les deux oncles étaient également persuadés que les trois enfants étaient battus. Le père de Gabriel était aussi sur le point de faire un signalement alors que l’établissement scolaire que fréquentait Lorenzo qui avait relaté « que sa mère le frappait », avait transmis au parquet de St-Denis une information préoccupante.

Interrogé, Haymerick Gonfo a indiqué qu’il n’était pas présent lorsque Gabriel avait fait « une chute de la baignoire ». C’est à son retour des courses que Killian l’avait informé que son frère était tombé et avait saigné. Rien de grave pour l’accusé qui ne voyait pas d’inconvénient à ce que les enfants restent seuls à la maison, ce que faisait la mère également quand elle n’avait pas d’autres solutions.

 

« Pour les punir, je leur attachais les mains« 

 

Dans la soirée, Gabriel aurait soudain eu des difficultés à respirer. L’accusé explique être descendu avec l’enfant qui convulsait dans ses bras au Leader Price situé en face du domicile et où sa conjointe travaillait. Aucun coup de balai sur la tête du marmaille selon lui, plutôt des coups avec le manche au niveau des mollets au cours de la matinée du 1er juillet « parce que l’enfant avait renversé son lait sur le lit ». Et plus tard, dans la même journée, des coups de ceinture « parce que Gabriel avait recraché un bouchon qui était brûlant ». La salle est parcourue de frissons. « Oui, parfois pour les punir je leur attachais les mains. Oui, j’ai donné un coup au visage de Killian un jour avec ma bague, mais sans faire exprès. J’ai été éduqué comme ça. Pour moi, frapper c’est une méthode d’éducation ».

 

« C’est moi qui faisais tout dans la maison, j’étais exaspéré« 

 

Les parties civiles n’ont pas manqué de faire remarquer à l’accusé qu’entre sa garde à vue, ses différentes auditions devant le juge d’instruction et les multiples courriers écrits au cours de sa détention provisoire, ses versions ont n’ont cessé d’évoluer. Haymerick Gonfo, sanglé dans une chemise blanche à manches longues, cheveux et barbichette soignés, reconnaît s’être beaucoup occupé des enfants en l’absence de leur mère et avoir été dépassé par les évènements : « c’est moi qui faisais tout, j’étais exaspéré ». Mais quant au coup mortel porté au niveau de la nuque de Gabriel, il ne sait pas. Pourtant, le médecin légiste a été formel : la fracture située à l’arrière du crâne a provoqué une hémorragie qui a entraîné le décès de l’enfant. Une fracture qui ne pourrait être imputée à une chute mais à un coup violent porté avec un objet contondant. Une analyse du professionnel qui pourrait correspondre à ce que Killian a indiqué aux policiers lors de son interrogatoire : « il a donné plusieurs coups avec un bout de bois sur la tête de Gabriel. Et il m’a dit en pleurant pendant que mon frère était dans l’ambulance de ne rien dire », a confié l’enfant.

 

La projection des photos des blessures sur le corps du défunt provoquent l’effroi

 

D’autres lésions ont été répertoriées sur l’ensemble du corps de Gabriel. Des blessures externes, des blessures internes que le légiste estime datées de 4h à 6h avant le décès. L’effroi saisit une fois encore la salle d’audience à la vue des photos des lésions et des marques ensanglantées que présentait Gabriel ; dont une sur le front. Pire, le médecin précise que le comportement de la petite victime, entre le moment où les blessures lui ont été infligées, et son décès n’était pas normal. « Il a du souffrir » avait commenté sa grand-mère paternelle à la barre.

Ce mercredi, les parties civiles, la mère de Gabriel représentée par Me Jean-Jacques Morel, les deux frères défendus par Me Guillaume Motos pour l’Arajufa et le père de la victime dont les intérêts sont défendus par Me Marie Briot particulièrement incisive lors de ses questions à l’accusé pour lui faire reconnaitre que ses coups ont, selon toute logique, été mortels (en vain) vont plaider. Ce sera ensuite le tour d’Antoine Tur, l’avocat général, de donner son avis et de proposer une peine au jury populaire s’il estime qu’Haymerick Gonfo est responsable de la mort de Gabriel même s’il n’avait pas l’intention de le tuer et de violences régulières infligées à la fratrie. L’audience devrait se terminer avec la plaidoirie de Me Julien Baracco en défense et les derniers mots de l’accusé.

Le verdict devrait être connu en fin de journée. Haymerick Gonfo encourt 30 ans de réclusion criminelle.

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